‹ Les fausses décrétalesChapitre 6 sur 7 · LES CONCILES · texte numérisé non relu

LES CONCILES

Je me hate de conclure.

J ai montre ce qu il faut penser des fausses decretal es , fausses dans la forme, et non dansle fond, et quin ont pu etre acceptees que parce qu elles ne contenaient rien de contraire a la doc trine universellement acceptee dans 1 Eglise a 1 epoque ou elles ont paru.

J ai montre que Melchior Cano, que Bellarmin, que Liguori, qui ont peutetre accorde trop de confiance aux fausses decre tales, que la critique n avait pas encore remises a leur place, n appuyaient pas leur doctrine exclu-

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sivement sur elles , mais encore snr 1 Ecriture, sur les temoignages authenliques des Peres et de la tradition.

J ai fait remarquer, d accord avec vous, mon Pere, que des temoignages non autlientiques ne peuvent pas faire rejeterune verite d aillenrs appuyeesur d autres temoignages, lorsque ceux-ci sont parfaitement authentiques.

J ai montre par des citations des Peres, par des citations de I Ecriture sainte, qui ne sont pas extraites des Jausses decrclales , sans doute, que la primaute de Pierre, primaute d lionneur, primaute de juridiction , pri maute de puissance, souverainete spirituelle, en un mot, a ete etablie par Jesus-Clirist lui-meme, et qu elle a passe a ses successeurs.

Ici, la raison est parfaitement d accord avec la croyance de 1 Eglise, et c est pourquoi, sans s appuyer sur les fausses decretnles, saint Thomas d A-

quin, cite par Fenelon dans leTraitedont

nous venous de parler (i), a dit :

Le Souverain Pontife ayant ete institue par le Christ chef (ou tete) detoute FEglise, c est a lui qu il appartient surtout d emettre le symbole de foi, de meme que d assembler le Concile ge neral... L emission du symbole ap partient a Fautorite de celui a 1 autorite duquel il appartient de determiner finalement les choses qui sont de la foi, afin qu elles soient tenues par tous d une foi inebranlable... Le Seigneur a dit a Pierre, qu il a constitue Sou verain - Pontife : Tai prie pour toi, Pierre, afm que ta foi ne defaille pas, et y lorsque tu seras converti, confirme tes freres. Et la raison de cela est, qu il ne doit y avoir qu une seule foi dans 1 Eglise , selon cette parole de saint Paul aux Corinthiens (1 ad Cor. i) :

(1) De Romanipontificisauctoritate, cap. xvu. Saint Thomas, 2. 2. Qucest. \, art. X.

// fait I que tons vous clisiez la meme chose, ft qu il ny ait pas de schismes jxirmi nous. Unite qui ne pourrait pas etre conservee , si , lorsqu une question de foi s eleve, elle n etait pas decidee par celui qui est a la tete de toute 1 Eglise, de facon que son jugement soit tenu fermement par toute I Eglise. C est pourquoi ii appartient a la seule autorite du Souverain- Pontife de donner une nouvelle deter mination du symbole (de definir ce qui ne Vest pas], de meme qu il lui appartient de faire tout ce qui regarde I E glise universelle, comme la convoca tion d un Concile general, etc.

Mais interpretons-nous bien 1 Ecriture, interpretons-nous bien les textes des Peres ? ne tirons-nous pas des con clusions qui vont au-dela des pre misses ?

11 me reste a vous montrer, mon Pere, que 1 Ecriture sainte et la tradition

sont entendues par les Conciles oecumeniques comme par 1 ecole romaine, pour avoir acheve ma demonstration.

II est certain que, lorsqu un Concile oecumenique est d accord surun point avec le Pape, il ne peut plus rester aucun doute. S il en restait, il n y aurait plus rien de sur dans 1 Eglise, 1 infaillibilite de 1 Eglise n existerait pas , il n y aurait pas d Eglise divinement instituee, la foi serait nulle.

Il est done impossible, mon Reve rend Pere , que vous ne m accordiez pas ce point.

Ici les fausses decretales n ont rien a voir, les falsifications ne peuvent rien faire, les textes interpoles sont impuissants : le Concile cecumenique legitimement assemble et confirme par le Pape ne peut errer en matiere de foi et de moeurs.

Eh bien ! consultons les Conciles oecumeniques.

Je ne parle pas du grand Concile de INicee , car votis contesteriez 1 authenticite du canon arabe qui est favo rable a la juridiction universelle du Pontife remain; mais il y a celui de Sardique , qui est considere com me la continuation et le complement de INi cee, et dont plusieurs canons confirment 1 usage d en appeler au Pontife romain dans les causes relatives aux eveques. On pent discuter la porteede ces appels; mais il n en restera pas moinsqu ilsexistaient, et qu a Teveque de Rome , par consequent, etait recon nue, au quatrieme siecle , une autorite que n avait mil autre eveque.

Le concile de Chalcedoine s est tenu au sixieme siecle, en 54 1. Ce n est pas a vous , mon Pere , qui avez lu et qui aimez a lire la savante Histoire des Conciles du D r Hefele, qu il faut apprendre ce qui s est passe a ce Concile qui a

u les definitions dc foi du pape saint

Leon le Grand, qui a vu rejeter par le Pape le canon ou il pretendait mettre le patriarch^ de Constantinople sur le meme rang que 1 eveque de Rome, et qui a demande auPape la confirmation de ses Actes, toutes clioses qui supposent une primaute bien superieure a la primaute d honneur, trois siecles cwant 1 apparitioii des fausses decre tal es.

Faut-il vous rappeler encore le sixieme Concile cecumenique, que vous avez rendu celebre, et qui ne fait aucune objection a la lettre dans laquelle le pape saint Agathon declare que la foi n a jamais failli sur le siege de Pierre, et que I autorite de 1 Eglise remain e, comme etant celle du Prince de tons les apotres , a toujours ete acceptee et suivie par toute 1 Eglise catholique du Christ et par tons les Conciles generaux; cujus ductorita tein, ut~ pote (ipostolorurn omnium Principis,

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semper omnis cutholica Chris ti Ecc esid) el unwers files Sy nodi amp lee tenl es

in cunctis sccuti sunt?

line petite reflexion en passant.

Vous, mon Pere, qui savez si bien I histoire d Honorius, pourriez-vous dire comment il se fait que le patriarclie de Constantinople, Sergius, s est adresse a ce Pape, dans la question du monothelisme, pour le prior d imposer silence aux deux parties, si 1 autorite de 1 eveque de Rome , dans toute 1 Eglise, n etait pas reconnue a cette epoque? Honorius vivait dans la pre miere moitie du septieme siecle, et c est un patriarche de Constantinople, deux siecles aw tit le premier mensonge fbnda/nental dont vous parlez (page 4), qui s adresse a lui pour faire un acte d autorite aussi considerable en matiere de foi ! II me semble, mon Pere, qu il y a la une petite difficulte, a laquelle vous auriez du songer.

Nous arrivonsau treizieme siecle, au Concile de Lyon, tenu en 1274 pour la reunion cles Grecs , et le grand logothete jure au nom de 1 empereur, les deputes eveques jurent en leur nom et au nom de leurs collegues absents, cette profession de foi , en presence des Peres du Concile, dans la quatrieme session :

La sainte Eglise romaine possede la souveraine et pleine primaute et principaute dans toute 1 Eglise catholique : sancta Romana Ecclesia summum et plenum primatum et principa- Liun super unwersam Ecclesiam catholicarn obtinet; elle reconnaitavecautant de verite que d hurnilite qu elle 1 a recue, ainsi que la plenitude de puis sance, du Seigneur meme, dans la personne du bienheureux Pierre , prince ou chef des apotres , dont le Pontife remain est le successeur. Et comme elle est plus obligee que les autres a

defend re Ja verite de la foi, les ques tions qui s elevent sur la foi doivent etre decidees par son jugement : si (]ns& de fide fuerint subortae quxstioncs suo detent judicio dcfiniri. Quiconque se sent lese peut en appeler a elle dans les affaires qui regardent le for ecclesiastique, et on peut recourir a son ju gement dans toutes les causes qui ressortent du tribunal spiritual. Toutes les Eglises lui sont subordonnees, tons leurs prelats lui doivent obeissance et respect. La plenitude de la puissance lui est propre. a cela pres qu elle admet en partage de sa sollicitude les autres Eglises, dont elle a honore plusieurs, et principalement les Eglises patriarcales, de divers privileges, sauf toujours sa prerogative , tant dans les conciles generaux que dans quelques autres.

Ce texte est form el : il faut, mon Pere, abandonner votre systeme , ou refuser de reconnaitre 1 autorite des

Conciles oecumeniques en matiere de foi. Direz-vous que le Concile de Lyon a ete trompe par les fausses decretales-p Mais les Peres de ce Concile les auraient-ils admises comme authentiques, qu ils uepouvaient, en vertu de Finfaillibilite promise a 1 Eglise, etre trompes par elles en matiere de foi et de moeurs.

Le Concile oecumenique de Flo rence, tenu en 14^9, egalement pour la reunion des Grecs, est plus positif encore, s il est possible :

Nous definissonS) disent les Peres, que le Saint- Siege apostolique et que le Pontife romain ont la primaute sur 1 univers entier, et que le Pontife romain lui-meme est le successeur du bienheureux Pierre, prince des Apotres, et le vrai vicaire du Christ, le chef de toute 1 Eglise, et le pere et le docteur de tous les a chretiens; et qu a lui dans la per-

sonne du bienheureux Pierre a ete transmis par Notre-Seigneur Jesus- Christ le plein pouvoir de paitre, de regir et de gouverner FEglise universelle ; de meme que cela se trouve aussi dans les actes des Conciles cecumeniques et dans les sacres canons. Diffinimus Sanctani dpostolicam Sedem et Romanurn Pontificetn in universum orbein tenere primatum, et ipsum Pontificem Romanian successorcm esse beati Petri Principis ^postolorum, et verum Chris ti fricarium, totiusque Ecclesise caput, et om nium Christianomm pair em et doctorem existere ; el ipsi in beato Petro pascendi, regendi ac gabernandi universalem Ecclesiam a Domino noslro Jesu Chrislo plenatn potestaiem traditam esse; qiiemadmoclum etiam (et?) in gestis cecumcniconun Conciliomrn et in sacris caiwnibus confine tur.

Ce texte est-il clair, mon Pere? Est-

ce simplement la primaute du Pape qu il defmit comme verite de foi, ou la pleine souverainete spirituelle, d ou decoule si logiquement 1 infaillibilite doctrinaie, que le docteur Doellinger a pretendu y voir une falsification?

Les adversaires de 1 infaillibilite pontificate apercoivent des falsifica tions dans tout ce qui les contrarie. Le docteur Doellinger, voyant bien que le texte est formel , et qu avec le mot etiam il signifie evidemment que le plein pouvoir est reconnu au Pape, comme il I a ete aussi dans les actes des Conciles oecumeniques et dans les ca nons, a done pretendu, dans ces derniers jours, qu il yavait etet nonetia/si dans le texte original, ce qui permettrait de traduire : Le Pape a le plein pouvoir, etc., dans le sens re connu par les Conciles cecumeniques et par les sacres canons; c est a dire qu il aurait un plein pouvoir restreint.

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Cette seule contradiction suffirait pour montrer qu il faut entendre el dans le sens d!eU am; mais il y a plus :

c est que le texte original , souscrit par 1 empereur Paleologue et par les eveques grecs, ainsi que par le Pape et par les eveques latins, existe encore a Florence, ou tout le monde peut le voir ; c est que des exemplaires authentiques existent dans plusieurs autres bibliotheques publiques de 1 Europe, et que tous portent ETIAM !

Ainsi la chicane du docteur Doellinger n a about! qu a prouver tine chose, savoir : Que, de 1 aveu de ce docteur que vous suivez avec trop de confiance, mon Pere, le Concile de Florence s est prononce en faveur du plein pouvoir du Pape sur toute FEglise, plein pouvoir qui emporte 1 infaillibilite doctrinale.

L ecole roiDaine a-t- elle done tort

de soutenir ce qu a soutenu le Concile cecumenique de Florence?

Direz-vous , comme cherche a le faire entendre le D r Dcellinger, que ce Concile n est pas oecumenique? Vous n en serez pas plus avance ; car il est certain que, depuis quatre siecles, ce Concile est tenu pour tel dans toute 1 Eglise, de sorte qu il faut ou que toute 1 Eglise se trompe depuis quatre sie cles, ou que ce Concile ait vraiment ete cecumenique.

C en est assez, n est-ce pas? mon Pere, et notre foi peut se rassurer, et la croyance, presque universelle, des catholiques, peut etre definie dogmatiquement : il est prouve qu elle repose sur des bases solid es, inebranlables, indiscutables, comme Test 1 infaillibilite de 1 Eglise.

Dans votre premiere let Ire, mon Pere, vous avez voulu montrer qu il fallait s arreter, parce qu il etait

prouve qu un Pape avail failli dans la foi ; on vous a demontre qu Honorius Q a pas failli, et, qu eut-il failli comme docteur prive, il n a pas enseigne Hiercsie ex cathedra.

Dans votre deuxieme letlre, vous essay ez de montrer que la croyance a I infaillibilite. et meme a la souverai-

nete spirituelle du Pape, ne repose que sur des falsifications ; je crois vous avoir demontre que vous vous trompez et qu on vous a trompe.

Voila done, mon Reverend Pere, deux coups fi-appes a faux : c est malheureux pour vous, sans doute, mais je m en rejouis pour la cause du Saint- Siege, car ces coups etaient adroitement diriges et fortement lances; leur impuissance ne fait que fortifier la these que vous vouliez renverser.

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