‹ Les fausses enviesChapitre 6 sur 23 · LE MAISTRET, ISABELLE, GILLE · texte numérisé non relu

LE MAISTRET, ISABELLE, GILLE

Isabelle, sans' voir son mari. Quel est l'insolent qui m'appelle ainsy ? ^

Cille.

C'est pargué moy. Oh ! vous allez voir beau jeu» On vous apprendra à nous bailler des soufflets.

Isabelle. (Elle le soufflette,)

Tiens, faquin, voilà pour t'apprendre à vivre. Sçache qu'oit ne parle pas ainsy à une femme comme moy... Ah! voilà, mon cher petit mad!

Eh! qui vous croyoit de retour? Bonjour^, mon fils.

Le Maistre.

Ah! perfide, est-ce ainsy que vous traitez un homme qui vous aimoit ?

GiLLE.

Cent fois plus que vous ne le- méritez, entendezvous?

Isabelle.

Qu'est-ce à dire?

Le Maistre.

Je n'ignore pas, ingrate, vos intrigues avec le beau cavalier...

GiLLE.

Qui vous... Tant y a que je m'entends bien.

Le Maistre.

Ouy, ouy, je ne suis que trop convaincu !

Qu'est-ce donc que tout cela signifie ?

GiLLE.

Assommez-la toujours, vous vous expliquerez

après.

Le Maistre, »

Ça ne seroit pas honneste, mon amy..«. Ce que

je veux dire, infâme? Et vpus avez encore PefFron-

terie d'avoir la hardiesse de m'insulter par cette

lettre !

Isabelle, à part,

Ciel! je l'avois bien dit à Léandre, que cela causeroit du grabuge.

Le Mâistre, mf(/a/z/ la main sur la garde

de son épie.

Je ne sçais à quoy il tient que je ne vous embroche toute vive I

GiLLE.

Queu fureur!

Isabelle.

Je voudrois bien sçavoir, Monsieur, quel est l'insolent qui vous a ai.nsy démonté la cervelle.

C'est moy, entendez-vous?... Soutenez- moy,

nostre maistre !

Isabelle.

C'est vous, monsieur Cille?

Cille.]

Ouy, c'est moy qui lui ay fait entendre que vous lé faisiez cocu.

Isabelle.

Âhl Je suis incapable de celai

GiLLE, au maisîre.

Elle tremble.... Courage.... Oh ! parguenne, nous élriperons vostre galant, et vous aussy !

Isabelle.

Oh ! mon cher petit mari, ne le croyez pas. Ce coquin de Cille, c'est un monstre, c'est un imposteur. Que je suis malheureuse !

{Elle pleure.)

Le Maistre.

Ne croyez pas m'attendrir par vos larmes.

Isabelle, en fureur.

Eh bien, Monsieur, puisque cela est ainsy, je vais le prendre sur un autre ton. Sçachez que je prétends faire expirer ce coquin sous le bâton, ou il se dédira de cette calomnie.

Cille.

Oh! Nous sommes deux^ et vous n'en ferez rien.

Isabelle.

Et si vous estes assez hardy, mon petit cœur, pour vous y opposer, je vous donneray, avec tout

le respect que je vous dois, vingt coups de pied dans le ventre, je vous mettray la teste en marmelade, et je vous arracheray les deux yeux. Entendez-vous, mon cher amy... Mais j'espère que vous ne m'obligerez pas d'en venir à cette extrémité.

Le Maistre, effrayé.

Mais... si cela vous fait plaisir.

Cille.

Comment donc !

Isabelle.

Et quand }e l'auray étrillé comme il le mérite,

je me justifieray auprès de vous, si je le juge à

propos.

Le Maistre.

Vous pouvez vous contenter.

Cille.

Vous mollissez.

Isabelle.

Mon cher mari n'est jamais autrement devant moy. Il a beau, dans la violence de sa passion, vouloir se roidir, cela ne dure pas une minute... Et voilà comme il faut traiter les mauvais rapporteurs.

{Elle le rosse vivement.)

GiLLE.

Ah! monsieur nostre maistre, monsieur nostre maistre ! Elle m'estropie ! elle m'assomme !

Le Maistre.

Que veux-lu que j'y fasse?

Isabelle.

Eh bien, misérable faquin, parlerez-vous encore une autrefois contre vostre maitresse ?

GiLLE.

Eh non ! morguenne non ! Je vous demande pardon ; c'est vous-mesme qui écrivez des impertinences.

Isabelle.

Moy, infâme!

Le Maiste, en tremblant.

Et mais, vostre lettre vous condamneroit , si j'avais l'esprit mal fait; elle parle assez clairement.

Isabelle.

Je veux bien suspendre encore ma colère pour quelques moments, afin de m'éclaircir de tout cela, sauf à la reprendre ensuite.

Le Maistre. (// luy pfrésenie la lettre.)

Tenez, lisez!

Isabelle.

Voyons donc cette lettre et ce qu'elle chante. {Elle lit,') (( Madame Tiremonde, sage-femme du Chastelet et gouvernante des pays bas , dit absolument que je suis grosse^ parceque je suis enflée et que j'ay les cotilledons de la matrice relaschez. (Hélas ! cela n'est que trop vray !) Outre cela, je ressens des douleurs dans le ventre; mais je ne vous en veux pas de mal, parceque vous n'en estes pas cause^ mon cher, »

Le Maistre.

Voilà de quoy il s'agit. Je n'en suis pas cause ! Qu'avez-vous à dire à cela ?

GiLLE.

Voyons comment elle sortira de là !

Isabelle.

C'est cela qui vous indispose ainsy contre moy 1 Il faut donc bien éplucher ses paroles avec vous. Vous n'en estes pas cause. C'est à dire la cause présente. Ce n'a pas esté vostre intention que je souffrisse des coliques aussy violentes, lorsque....

Le Mâistre.

Non vraiment, je pensois bien alors à toute

autre chose.

Ah ! je vous crois, et je pense que vous auriez bien versé des larmes à chaque cri que je faisois.

Le Maistre. ^

Hélas ! ouy.,. j'en pleure presque au seul récit.

Isabelle.

Les tranchées que j'avois dans le ventre..;

GiLLE.

Eh bien, Monsieur, avois-je tort? Elle avoue tout, comme vous l'entendez.

Le Maistre.

Comment, elle avoue tout ?

Gille.

Ouy! Ne dit-elle pas qu'elle avoit des tranchées dans le ventre ?

Le Maistre.

La peste soit du butor !

Isabelle.

Ah ! monstre, qui empoisonnes ainsy mes pa-

rôles, je t'étrangleray... Me voilà donc hors de soupçons sur cet article.

Le Maistre.

A la bonne heure; mais lisez jusqu'au bout.

« Léandre, mon voisin. ..

Mais vous passez un mot essentiel. Il y a : Mon

cher Léandre.

Isabelle.

Nullement, Monsieur ; voîcy comme il faut lire ma lettre : Vous n'en estes pas la cause, mon cher. C^est â vous que je donne ce nom de tendresse. Ensuite^ après un gros point, il y a : Léandre vient quelquefois me voir. Cela est-il défendu ?

Le Maistre.

Non, on voisine, sans y entendre de mal.

Isabelle, continuant de lire.

Nous nous sommes associés à la loterie. Je croy que cela peut se permettre.

Le Maistre.

Sans doute. Je n'y trouve pas à redire.

Isabelle.

Vous auriez très-grand tort, surtout lorsque l'on est né heureux comme M. Léandre. Il y gagne presque toujours. Il a mesme eu le gros lot avec M"* de Cuissemollei et une preuve parlante de son bonheur, c'est ce qui est dans la suite de ma lettre : Nous avons mil écus ensemble. '

Le Mâistre.

Ah ! voilà le hic.

Isabelle.

Qu'est-ce à dire ?

Dame ! lisez donc. Vous avez mis lès eus en-

semble. ^

Isabelle.

Comment donc ? Nous avons gagné mille écus

ensemble ; cela est clair, voilà ce que cela veut

dire.

Le Maistre.

Mais cela est écrit d'une manière qui n'est

point équivoque.

Isabelle.

Oh ! Monsieur, il faut donc me faire mon procez parceque je ne sçais pas l'ostografe.

GiLLK.

Morguenne! je ne suis qu'un sot. Voilà une futée commère !

Le Mâistre.

Mais ce n'est pas tout, achevez la lettre.

Il n'y a plus que deux mots : Adieu, mon petit bonhomme. Hélas ! y a-t-il rien de plus tendre, de plus caressant ?

Le NfAISTRE.

Le terme de bonhomme est insultant. On sçait ce qu'il signifie.

Isabelle.

Pour moy, Monsieur, qui ay esté élevée avec toute la modestie imaginable, je ne luy connois pas d'autre signification que celle que je viens de vous dire. D'ailleurs, on ne condamne pas les intentions et je n'ay jamais eu celle de vous faire cocu.

Le Maistre.

La chose est un peu douteuse.

Isabelle.

Vous n'estes pas persuadé de ma sagesse? Que je suis malheureuse ! Je parois donc criminelle à vos yeux? J'en mourray de douleur avec le fruit que je porte dans mes entrailles. Hy, hy, hy !

Le Maistre.

Ah ! je ne puis tenir contre ces larmes. Va, mon petit cœur^ je suis très-persuadé que tu n'as point fait faux bon à ton honneur.

Si cela est, il faut que vous m'accordiez une

grâce.

Le Maistre.

Oh ! vous n'avez qu'à demander.

Isabelle.

C'est, Monsieur, de donner tout à Theure cent coups de bâton à Gille pour avoir voulu vous gaster l'esprit sur mon chapitre.

Le Maistre.

S'il ne tient qu'à cela pour sceller la paix entre nous, je vous obeiray volontiers; je vous prie

mesme de vouloir bien ra'aider dans cette petite correction.

Isabelle.

Ah I mon cher mari, de très-grand cceur I

{Ils rossent GilU, qui crie de îoaUs ses forces, les callebute tous deux et s'enfait.)

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