‹ Les fausses enviesChapitre 5 sur 23 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

LE MAISTRE, GILLE. (// sort brusquementy heurte le Maistre et le cullebute. )

Le Maistre.

Peste soit du brutal !

GiLLE.

Que le diable emporte le triple cocu qui m'a enfoncé !

\ Le Maistre.

Je parie que c'est ce butor de GilLe qui m'a jeté les quatre fers en l'air.

GiLLE.

Ma foy, Monsieur^ pariez^ je suis de moitiez.

Le Maistre.

Que la galle te ronge, coquin! Voilà une belle réception que tu me fais !

GiLLE.

Monsieur y j'en suis bien fasché !

Le Mâistre.

Quoique je croye estre blessé, je suis moins en colère de ma chute que des propos insolens que tu as laschés. Certain mot de triple cocu a cruellement blessé mon oreille, et je trouve qu'il est de très-mauvais augure pour moy.

GiLLE.

Fy donc, Monsieur 1 est-ce que vous auriez quelque méfiance sur la conduite de M^® Isabelle?

Le Maistre.

Non pas autrement. Mais...

Tenez, Monsieur, je vais vous apprendre un secret pour sçavoir certainement si vous estes cocu ou non; mais c'est un secret des plus sûrs.

Le Maistre.

Quoique je ne soupçonne pas la vertu de madame ma femme^ je serois curieux d'apprendre un si beau secret.

GiLLE.

Il est immanquable. Mais motus au moins !

Le Maistre.

Oh! tu peux compter sur ma discrétion^

GiLLE.

Vous n'en sonnerez mot à personne ?

Le Maistre.

Très-sûrement.

GiLLE.

Eh bien! vous n'avez qu'à... me mettre coucher une demi-heure seulement avec M^** Isabelle, et vous pouvez estre alors très-certain que vous

serez cocu.

Le Maistre.

Peste soit du faquin! Je devois bien m'attendre à quelqu'impertinence pareille de la part de ce maraud. Tu mériteriois, mon amy, cent coups de bâton pour ton insolence. C'est bien à un gredin comme toy à porter les vœux aussy haut ! Torchesen tes barbes, misérable paysan.

GiLLE.

Eh ! parguenne, Monsieur, ce seroit à M"* Isa-

belle à torcher les .siennes si favois eu la liberté d'avoir rhonçeur de sa réjouissance*

Le Maistre.

Si tu ne cesses tes prc^os, je t'assure que je vais te rouer de coups.

GiLLB.

Diantre ! vous estes donc devenu bien furieux depuis que vous avez esté voir la guerre?

Le Maistre.

Il faut bien heurter avec les loups. Je suis un terrible homme sur le chapitre de la bravoure. Sçais-tu bien, mon amy, qu'il ne s'en est pas falUi l'espaisseur d'un festu qu'on ne m'ait pris pour le roy de Corse».

GiLLE.

Ma foy, tant pis pour vous. J'ay entendu dire à nostre magister que si ce beau roy d*Êcorce estoit attrapé, il seroit pendu. Vous avez donc fri$é la corde?

(I. ht baron de Neuhof, qui prit la qualité de roy de Corse. Voyez les Révolutions de Gênes.

[Hùte ât OtiBULLvm.)

Le Maistre.

Non, coquin, non. Mais les Corsiens disoieiit que je ressemblois fort à ce monsieur le roy Théodore.

GiLLE.

Oh ! ma foy, si vous aviez esté roy, je n'aurois pas esté des derniers à vous appeller vit de cire. Mais vous nous en contez. Au surplus, qu'est-ce donc qui vous a fait revenir sitost de ce pays-là?

Le Maistre.

Cette lettre que j'ay reçue de ma femme.

Gille.

Elle est donc bien pressée de ses nécessités ?

Parguenne, n'y a t'ilpas d'autres hommes que vous

dans Paris ? Est-ce que je ne suis pas le coq de la

maison?

Le Maistre.

Tu ne diras jamais que des impertinences.

Tiens animal, lis cette lettre, et tu verras si j'ay eu tort de prendre la poste pour revenir icy.

Gille. (// /// la lettre.)

(c Madame Tiremonde, sage femme du Chas- <( telet et gouvernante des pays bas, dit absoluce ment que je suis grosse, parceque je suis enflée,

« et que j'ay les cotilledons de la matrice relas- « chez. Outre cela, je ressens bien de la douleur « dans le ventre. Mais je ne vous en veux point « de mal, parceque vous n'en estes point la cause : « mon cher Léandre, nostre voisin, vient quelquece fois me voir ; nous nous sommes associez à la i< lê^erie, nous avons mil écus ensemble. Adieu, « mon petit bonhomme. »

Et c'est à cause de cette lettre que vous estes party en poste pour venir voir vostre femme ?

Le Maistre.

Sans doute, n'en trouves-tu pas assez de sujet?

GiLLE.

Ouy dà, pour vous en retourner plus viste que

vous n'estes venu.

Le Maistre.

Comment?

GiLLE.

Et parguenne, monsieur nostre maistre, vous n'avez pas le sens commun 1 M"* Isabelle se moque de vous, à vostre nez, et vous ne le voyez

pas.

. Le Maistre.

Tu extravagues.

GiLLE.

Primo. Qu'est-ce que cela veut dire les cotillons de la marquise relaschez?

Le Maistre.

Ehl mon amy, il y a cotilledons; ce sont apparemment des termes de l'art , des mets t:onsacrez.

GlLLE.

Aux chaircuitiez ?

Le Maistre.

Eh non 1 à la chirurgie.

GiLLE.

Passe donc pour les cotillons, mais écoutez bien cecy. (// ///.)

« Je ressens bien de la douleur dans le ventre, a mais je ne vous en veux pas de mal, parceque « vous n'en estes pas la cause. »

Morguenne I cela est clair comme le jour. Ça ne

veut-il pas dire que ce n'est pas vous qui avez fait

cet enfant-là?

Le Maistre.

Cela seroit-il possible ! Et qui donc l'auroit fait à ma femme?

GiLLB.

Il n'y a qu'à lire tout de suite. (// lit.) « Mon « cher Léandre vient souvent me voir. Nous avons « mis les eus ensemble. » Âvez-vous quelque chose à dire à cela?

Le Maistre.

Ah Ciel ! les cornes me viennent à la teste!

GlLLE.

Vous n'avez jamais mieux parlé, la lettre le dit

bien positivement; et d'ailleurs, qu'est-ce qu'un

bonhomme? N'est-ce pas un habitant de .Cor-

nouailles?

Le Maistre.

C^y ! je serais effectivement cocu ?

GlLLE..

Voyez le grand malheur! Il y en a qui valent bien mieux que vous et qui le sont.

Le Maistre.

Faut-il dorénavant que l'on me montre à deux

doigts?

Cille.

Eh! n'auroit-on pas raison? ça est très-significatif.

Le Maistre.

Significatif?

GiLLE.

Dame, ouy, ma mère me l'a dit du moins, et qu'on vouioit signifier par là qu'il entroit deux chevilles dans le mesme trou.

Le Mâistre.

Ah ! dans la fureur qui me rend furieux, je jure de ne jamais mettre le pied dans ma maison que je n'aye fait la plus terrible vengeance de ma femme et du perfide Léandre, qui m'a ravi l'honneur.

GiLLE.

Par ma foy, Monsieur, le plus sûr et le plus court seroit d'imiter ces bons bourgeois de Paris, qui sont si pacifiques.

Le Maistre.

Ah ! quel lâche conseil ! Non, si je trouve ce traître, je veux luy donner un si terrible coup de pied dans le ventre, et qui l'enverra si haut, qu'il aura plus peur de la faim que de la chute.

GiLLE.

Houla ! queu coup de pied I

Le Maistre.

Mais non. Il est indigne de mon indignation.

D'ailleurs^ je ne doute point que ce ne soit ma femme qui ait fait les avances. C'est sur elle que doit tomber toute ma rage.

GiLLE.

Ce sera bien fait. {A part.) Je veux me venger de deux soufflets qu'elle m'a baillés il y a huit jours.

Le Mâistre.

Il n'y a pas d'obstacle que je ne surmonte pour parvenir à ma vengeance. Si tous les potentats de l'Europe vouloient s'y opposer, je les hacherois menus comme des atomes, je réduirois leur trône en poudre si fine que j'en ferois du tabac d'Espagne. Mais il est temps que ma colère éclate. Heurte à ma porte... appelle Isabelle... Tu verras de quelle manière je vais la traiter.

GiLLE.

Ouy, ouy, nous en verrons de belles! Si elle s'avise de monter sur ses grands chevaux, elle vous fera, par la morguenne ! entrer dans un trou de souris.

Le Mmstre.

Obéis sans répliquer, maraud l

GiLLE.

Holà ! hau l nostre maîtresse, et viste, et viste, on vous demande et on vous ordonne...

Page 1