‹ Les fausses nouvelles de la grande guerreChapitre 23 sur 52 · I. Les Allemands exigeaient · texte numérisé non relu

I. Les Allemands exigeaient

En 1914, le monde entier.

En 1915, la Belgique seulement.

En 1916, Anvers.

Eh 1917, le statu quo.

En 1918, ??

(Manchette àw Journal, 30 décembre 1917).

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tispice pour le programme des distractions n'hésite pas. Il campe un joueur de boules aux robustes biceps. Il le met dans la position qu'adoptent les plus habiles « boulistes » lorsqu'ils ont l'intention délibérée de gagner la partie. Et comme boule, il lui glisse entre les paumes — il n'était que d'y songer — le globe terrestre ! !

A la Grande-Bretagne, lorsqu'elle veut jouer, on donne un globe aussi, mais ce n'est plus le même. C'est dans la Ga^^fette des Ar demies que les envahisseurs insèrent un croquis spirituel, et bien fait, n'est-ce pas, pour affecter les populations de Belgique et du nord français. Dans un premier tableau, on voit l'Angleterre qui joue au ballon. C'est le classique John Bull avec son petit polo sur l'oreille et son pantalon retroussé. Comme il s'amuse ! Son ballon est superbe. C'est le monde, la terre entière avec le tracé des longitudes et des latitudes. Et en travers des océans, on lit, en grosses majuscules : Greater Britain : la plus grande Angleterre. Mais dans le deuxième tableau, quelqu'un trouble la fête. C'est le soldat allemand qui s'avance, les mains dans les poches et la cigarette aux lèvres. Le gros John ne se méfie pas. Michel avance la tête et, avec un minimum d'effort, plante la pointe de la cigarette dans la baudruche qui éclate. Et voilà ce que feront, de l'impérialisme britannique, les Allemands vainqueurs !

En attendant ces beaux jours, ils marchent à pas d'ogres. Une composition montre les bottes du Kaiser posées, l'une sur Warsaw (Varsovie) l'autre sur Calais. Déjà ! London n'est pas très loin et Guillaume va avancer son pied. Autour du cuir impérial, les corbeaux volent.

Le bon goût germanique se reconnaît bien là, mais mieux encore, on le retrouve dans ce petit calendrier intime édité sous le titre : Die Lûgen- Nachrichten unserer Feinde. « Les nouvelles

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mensongères de nos ennemis ». Deutsches Abort Papier. « Papier allemand pour les cabinets ». Sur chaque feuille, il y a un extrait du Times ou bien du Tetnps ou de quelque autre journal de l'Entente. Ce sont, paraît-il, de fausses nouvelles lancées par les .^lliGs.

Nous l'avons dit, c'est quotidiennement que, pendant des années, les peuples de la Quadruple- Alliance et les neutres se virent mettre sous les yeux des dessins mensongers, analogues à ceux dont nous venons de détailler quelques spécimens. Pendant le même temps, les Alliés et certains neutres répondirent par l'ironie et l'esprit à ces contre-vérités innombrables. Ce fut une émulation chez nos humoristes et ils ne furent jamais pris de court. Veut-on, pour mémoire, quelques légendes de bonne humeur, concernant la fausse nouvelle allemande ? Nous n'avons qu'à choisir dans une inépuisable matière.

Bureau de tabac berlinois. Dialogue entre un client et la tenancière :

— Je voudrais une blague.

— Il n'en reste plus une seule. On en a tant débité ces derniers temps...

{Ruy Blas).

Deux Allemands se rencontrent à la promenade.

— Que fus afé krossi, mein Gott !

— Ne le tites pas, mon fentre est en karton, pour faire groire que nous afons beaucoup à manger.

(H. Boursiac, Excelsior).

Guillaume II et le Kronprinz au téléphone :

Guillaume. — Allô... Vous dites? Encore un de mes sousmarins coulés ! Je n'en suis pas à un bateau près, nous en monterons d'autres.

(R. Gamier, <f°).

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Dans un hôpital, un blessé, la tête entourée de bandages, converse avec une visiteuse et l'infirmière :

— Alors, paraît que les Boches lancentÛQ fausses nouvelles même sur le front ?

— J'vous crois, ma bonne dame, ils nous bourrent le crâne.

(Harley, d<').

Quelques officiers allemands, au rapport, reçoivent d'un chef un ordre formel :

— Et rappelez-vous, Messieurs, que vous avez le droit d'écrire, mais pas la vérité.

[Rny Blas).

Bethmann-HoUweg sous un vitrail représentant l'Allemagne en pleurs, avec le philactère : A la Martyre :

La maison Bethmann-Hollweg.

Un magasin de mensonges qui reste ouvert à toute heure.

(Lucien Métivet, Le Journal).

Un mitrailleur allemand, dans sa tranchée, voit venir une vague de gaz asphyxiants :

— Et l'agence Wolff prétend que nos ennemis manquent de gaz.

(Lortac, La Presse).

Guillaume II chez son bottier :

— Vous m'aviez dit que ces bottes mç feraient toute la campagne !

— Votre Majesté m'avait dit qu'Elle serait à Paris fin août. Elle aurait dû me prévenir qu'il lui fallait des bottes... à revers.

[RuyBlas).

Guillaume II, très démoralisé, écrit à l'Impéra-

trice. Derrière lui se tient debout une victoire grimaçante et déplumée :

... En France, la victoire continue à nous sourire. [Rigolboche, édité sur le front).

Canards ! canards ! !

Un officier de la garde prussienne ouvre une cage d'où s'envolent des canetons :

. La jeune Garde va donner.

(L. Mark).

Le Kaiser prédicateur. — Guillaume II en chaire et prêchant devant un auditoire de fidèles assoupis :

J'endors mon peuple par des boniments asphyxiants : qui dort dîne.

[Le Petit Var).

La propagande chez les neutres. — Guillaume II et le kronprinz désolés. Ils ont crevé leur grosse caisse et près de la cymbale, un canard (Wolff) fait chorus aux lamentations impériales :

L'Empereur. — Nous avons frappé trop brutalement. La grosse caisse est crevée.

(Ricardo Flores, Le Journal).

A l'étranger, même abondance de joyeux croquis et devis. Le Numéro de Turin se distingue parmi les rieurs. WolfF, toujours WolfF lui fournit des occasions de sarcasmes quotidiens, tels que celui-ci :

— Vous voyez ce monsieur ? C'est l'homme qui a gagné le plus de batailles et fait le plus grand nombre de prisonniers.

— Qui est-ce ?

— Le directeur de l'agence WolÉf.

En Catalogne, les amis de la France inventent sans trêve les légendes les plus drôles, les mieux faites pour ridiculiser l'Allemand. Signalons le zèle

de l'excellente revue La camp ana de Gracia (Barcelone) qui représente un jour, sur la pointe d'un mât pour télégraphie sans fil, un gros Allemand soufflant des bulles de savon : Victoria ! Victoria! le dessin ayant pour légende: Télégraphie sans fil et sans vergogne, ou : comment ils fabriquent leurs victoires. Et n'oublions pas, en Espagne, le courageux organe La Ra^on (Madrid) qui fustigea le Germain sans merci et qui, notamment en juin 1915, par un dessin très heureusement inspiré, résuma en quelques traits les raisons qui firent trop longtemps de l'Espagne un pays hésitant à fixer ses préférences. Sous la pancarte : Wolff y Compania : Criadero de Canards. Surte a todo et mundo. Patentado^ un marchand de canards entraînait un superbe animal en disant : « Celui-là, le meilleur, je le réserve à l'Espagne ! » *

Mais il faut savoir se limiter, désigner seulement le très jovial numéro de La Baïonnette (numéro spécial du 6 juillet 1916 : Les Canards) et reporter le lecteur, qui serait tenté d'étudier la pyrotechnie spirituelle des dessinateurs alliés, à la formidable collection des quotidiens et des revues dont les munitions ne furent jamais épuisées.

Pour qui désirerait, de même, se donner une vue, réduite mais encore très variée, sur la production française en estampes, dessins et divers procédés graphiques, une visite s'impose à ce Musée de la Grande Guerre dont nous parlions aux premiers paragraphes de ce chapitre.

M. et M""* Henri Leblanc, deux grands patriotes, deux généreux citoyens, conçurent l'idée de ce musée dès le 31 juillet 1914, à la veille de la guerre inévitable.

« Ma femme et moi, disait trois ans plus tard

I. Voir chapitre viii, toute la partie relative à la culture des fausses nouvelles allemandes en Espagpe.

M. Leblanc, décidâmes de réunir les journaux et les publications périodiques racontant au jour le jour la sanglante tragédie, pour les mettre plus tard à la disposition de nos amis. Bientôt nous joignîmes à cette petite collection les livres et les dessins inspirés par le grand drame. Leur nombre s'augmentant, il nous apparut qu'il fallait élargir notre plan primitif. Nous résolûmes alors de constituer un musée documentaire où, non seulement les savants, les lettrés, les artistes, les historiens pourraient venir poursuivre leurs travaux, mais encore où les ignorants même trouveraient matière à réchauffer leur enthousiasme. Il va sans dire que nous n'avions pas à faire un choix parmi les innombrables publications nationales on étrangères ».

Aux éléments français, alliés et neutres s'ajoutent régulièrement en ce musée de la guerre dont la valeur documentaire sera en effet inestimable, ceux qui proviennent, par la Suisse, des pays ennemis. Tout est méthodiquement classé et les catalogues ont été, à la présente date', pour partie établis. Lorsqu'ils seront complètement terminés-, lorsque, bien longtemps après la signature des traités, le musée recevra la dernière pièce relative à la guerre, sera constituée la bibliothèque la plus précieuse pour l'histoire de notre temps. Le ruban de Verdun ^ est là, et aussi le ruban de la victoire de Craonne(?).

Médailles, bibelots de guerre, journaux illustrés, photographies, photogravures de tous pays, alliés et ennemis, s'accumulent pour raconter aux temps futurs la grande guerre de culture contre kultur*.

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