‹ Les faux autographes de Madame de MaintenonChapitre 2 sur 2 · partie de la première fût apocryphe · texte numérisé non relu

partie de la première fût apocryphe

- âs —

Le n"* 398, adressé à madame de Brinon, est daté : (( Ce 17 mars 1696. » M. Lavallée a sans doute oublié qu'il a publié cette lettre une première fois^ comme tant d'autres, dans les Lettres historiques et édifiantes^ où elle est datée : « 16 mars ». La différence de date n'est pas la seule que Ton puisse signaler dans les deux versions. Les variantes de ponctuation ne sont pas les moins im** portantes : elles ont pourtant leur prix dans des textes' classiques, comme le sont, à bon droit, les lettres de madame de Maintenon. Dans l'édition de 1856, elle écrit : « Voilà madame de Guise morte en quatre jours, et nous vivons encore! nous ne devrions penser qu'à la mort. » Dans l'édition de 1866, M. Lavallée fait dire à madame de Maintenon : « Voilà madame de Guise morte en quatre jours et nous vivons encore I nous ne devrions penser qu'à nous préparer à mourir » . Laquelle des deux versions est authentique et conforme aux copies des dames de Saint-Gyr?

Le n^ UOOy qui provient des archives du château de Mouchy, est donc sûrement authentique. Il est daté: a Ghaillot, ce lundi à trois heures. » M. Lavallée ajoute entre parenthèses : « (29 mars 1696). » Je ferai observer que le 29 mars 1696 était un jeudi. Voici ce qui a induit M. Lavallée en erreur et ce qui prouve avec quelle légèreté il s'est acquitté de ses devoirs d'éditeur. La reine d'Angleterre écrit dans cette lettre à madame de Main* tenon : i Ce lundi. Quoique je ne doute pas que vous n'ayez fait un fidèle rapport au roi de ce qui s'est passé l'autre jour à Saint-Germain entre M. Talbot, vous et moi... )) Dangeau note dans son journal, à la date du: « Jeudi, 29 mars. Li reine d'Angleterre ayant su que Talbot, colonel anglais..., avait fait tenir quelques discours au roi d'Angleterre, qui auraient pu blesser )e roi,

la reine, dis-je, fit venir T.ilbot devant elle h Saint-Germain, madame de Maintenon présente... » Cette lettre doit donc vraisemblablement être datée du lundi 2 avril, et non pas du 29 mars, comme l'a cru M. Lavallée.

Le n* /i06 est daté: « Lundi de Pâques ^ 21 avril 1696. » Or, cette année-là, le lundi de Pâques tombait le 23 avril. C'est là une de ces erreurs que peut commettre un éditeur négligent comme Tétait La Beaumelle; mais comment peut-elle se trouver sur un autographe? On lit dans cette lettre des phrases comme celle-ci : et Le père Séraphin a soutenu son carême et le finit hier (c'est-à-dire le 20, jour de Pâques), de manière à faire pleurer bien des gens... 11 a pris congé du roi dans mon antichambre et en a reçu plus de louanges que tous les prédicateurs ensemble n'en ont donné à Sa Majesté depuis trente ans. » Dangeau écrit :, « Dimanche 22, jour de Pâques. Le roi fut fort touché du sermon du P. Séraphin; il le trouve un des meilleur^ prédicateurs qu'il ait jamais entendus, n Dangeau ajoute : « Le roi a donné à l'abbé de Caylus, frère du comte de Caylus, qui a épousé une nièce de madame de Maintenon, la charge d'aumônier du roi. » N'est-il pas surprenant que Dangeau fut, le 22 avril, jour de Pâques, mieux instruit que ne l'était madame de Maintenon le lundi de Pâques, d'une nomination qui concernait un de ses alliés ? Cela est pourtant vrai, si l'autographe de M. de Gambacérès est authentique, car elle écrivait dans cette lettre : <t Le père de la Chaise ne perd plus d'occasion de me voir, il vint m'annoncer hier que le roi prenait l'abbé de Caylus pour aumônier. »

Le n** UZ5^ adressé à madame de Brinon, est daté : (( Fontainebleau, 9 octobre 1696. » Celte lettre a déjà été publiée par M. Lavallée {Lettres historiques et

édifianteSy 1. 1, p. ^57), mais avec la date (le «septembre 1696 ». Il y a, entre les deux éditions^ comme toujours, des variantes de ponctuation, et dans ce cas-ci une plus grave. Qu'il nous suffise de prouver que cette Jeltre ne peut pas avoir été écrite en 1696. On y lit : « Il ne faut pas finir ma lettre sans vous parler du roi. Il a la goutte dont il est bien fâché, parce qu'il est obligé de garder la chambre. » En 1696, depuis le 17 «août jusqu'au milieu de septembre, le roi eut fort à soulfrir d'un anthrax au cou, mais Dangeau ne dit pas qu'à ce mal se joignit la goutte. Celte lettre ne peut donc pas avoir été écrite en septembre 1696. A-t-elle pu être écrite le 9 octobre ? Laissons parler Dangeau. Le roi arriva à Fontainebleau le û octobre : « Vendredi 5, le roi courut le cerf dans sa calèche à son ordinaire ; il devait ensuite aller tirer, mais la pluie l'en empêcha. Samedi 6, le roi dîna à onze heures, et puis alla tirer. Dimanche 7, le roi et Monseigneur allèrent tirer. Lundi 8, le roi, Monseigneur, les princes et les princesses coururent le cerf. » On voit qu'en octobre 1696, et particulièrement les jours qui précédèrent le 9, le roi n'eut pas la goutte et ne fut pas obligé de garder la chambre. Cette lettre n'a donc pas plus été écrite le 9 octobre qu'en septembre 1696. Madame de Maintenon dit en la terminant : a Nous avons peu gardé ici le roi et la reine d'Angleterre. /> M. Lavallée met en note : « Ils séjournèrent à Fontainebleau du 10 au 26». Avait-il oublié qu'il avait daté cette lettre une première fois : a Septembre 1696 », et en dernier lieu : « 9 octobre »? Ces quelques mots de madame de Maintenon peuvent servir à fixer la date de cette lettre, et elle pouvait écrire le 9 octobre 1697 : « Nous avons peu gardé ici le roi et la reine d'Angleterre » , car, arrivés h Fontainebleau le 24 septembre 1697, Jls en partirent

— Sole 8 octobre, afin de n'être pas présents à la déclaration de la paix de Ryswick. D*un autre côté, pas plus en 1697 qu'en 1696, le roi, à en juger par le journal de Dangeau, n'a eu la goutte dans le mois d'octobre, et n'a été obligé de garder la chambre. Faudrait-il donc nous mettre en garde contre les copies des dames de Saint Cyr?

Sous le n'* 4/i6, M. Lavallée a également réimprimé une lettre de madame de Maintenon à madame de Brinon datée: «1696 ». Cette fois encore il avait sans doute oublié qu'il avait déjà publié cette lettre en 1856, en la datant de : « Versailles, 7 mai 1697 » {Lettres historiques et édi fiantes^ t. I, p. /i80). Laquelle de ces deux dates est exacte? La mort de madame Pagon, qui y est mentionnée, pourrait aider à fixer la véritable date de cette lettre et déterminer si elle a été écrite en 1696 ou le 7 mai 1697? Dans l'édition de 1866, M. Lavallée -met en note : « Elle était morte récemment »; ce qui ne nous apprend rien. Nous nous permettrons de lui faire observer que si la lettre qu'il a publiée lui-même de madame de Maintenon à madame de Brinon du « 27 avril .1698 » est authentique, si la date en est exacte, madame Fagon vivait encore en 1698 et ne pouvait ôtre «morte récemment» le 7 mai 1697 (l).

. (1) Outre ces lettres à madame de Brinon, qui servent pourtant à BOUS faire admirer ses qualités d'éditeur, M. Lavallée a réimprimé, sans nécessité aucune, plusieurs lettres qu'il a empruntées à la Correspon-

Le n^ ktiS est daté : « Meiidon^ ce ik janvier 1697. » Dangeau, à cette môme date, écrit dans son journal : « Lundi 14, à Versailles, le roi alla dîner à Trianon et y mena la princesse (de Bourgogne).., Après le dîner... le roi alla dans son nouveau jardin, et la princesse demeura dans la maison avec madame de Maiute^ non. » En revanche, le roi, et aussi madame de Maintenon, étaient à Meudon le iU janvier 1696. La Beaumelle a donc commis une erreur? Mais pourquoi cette erreur est-elle reproduite par lautographe ?

Le n** 451 est manifestement faux. Il suffit de le lire pour en être convaincu. Cette lettre, datée de : « Saint-Cyr, ce 26 février 1697 », commence ainsi: a Je suis bien fâchée d'être si longtemps sans avoir l'honneur de vous voir, mais vous ne Tauriez pu sans venir à Trianon, et il ne faut pas paraître dans le lieu où nous faisons tous nos désordres. » On n'a qu'à ouvrir le journal de Dangeau pour s'assurer qu'avant et après cette date du 26 février 1697, le roi, après avoir été quatre jours h Marly, du 19 au 23, resta à Versailles jusqu'cau 6 du mois suivant, sans aller une seule fois à Trianon. Il y a, dans celle lettre, quelques lignes inintelligibles que M. Lavallée, qui a eu l'autographe sous les yeux, aurait dû prendre le soin d'expliquer : a J'ai fait lire votre ordon-

dance de Fênelon^ et dont il ne possède ni les copies ni les autographes. Mais, dans une lettre de madame de Maintenon de la collection de M. de Cambacérès^ datée : « Marly, 30 novembre 1696 », se trouve un flagornent de lettre de Fénelon, qui est peut-être inédit ; est-il authentique? Dans sa lettre de Marly, « 13 mai 1697 »^ madame de Maintonon transmet à l'archevêque de Paris une lettre de Fénelon au roi. Dans l'édition de Versailles, cette lettre de Fénelon est datée du 11 mai* M. Lavallée la date du 13, ce qui est une erreur manifeste. Il y a entre les deux éditions des variantes qu'il eût valu la peine d'indiquer, quoiqu'il ne soit pas douteux que le texte suivi par les éditeurs de Versailles suit le plus correct.

nance au réfectoire ; elle renversa plusieurs de nos filles à une seconde consultation à M. Dodart d. M. Dodart était le médecin de Saint-Cyr.

Dans le n*» 456, daté: «Ce 31 mai 1697», madame de Maintenon écrit : « Je n'ai osé, dans les deux visites que vous m'avez rendues, vous dire un mot sur votre douleur. » La duchesse de Noailles, douairière, était morte le 22 mai. Cette lettre est précédée par une lettre datée : « Ce 29 mai », qui, selon toute apparence, porte une date erronée, car si madame de Maintenon avait écrit à Tarchevêque le 29 mai, elle n'eût pas attendu jusqu'au 31 pour faire allusion à la perte qu'il aviiit faite de sa mère le 22.

Le n» /i83 est daté du 6 novembre 1697. Comment se fait-il que cette lettre se termine par un long post-scriptum du 2 décembre ?

M. Lavallée ne s'est pas contenté de réimprimer des lettres qu'il avait déjà publiées ; on a vu qu'il a emprunté des lettres à la Correspondance de Fénelon, Le numéro U de la quatrième partie (1698-1703) est une lettre de Racine à madame de Maintenon. M. Lavallée lui donne la date du : « 13 février 1698 », et il met en note : « Œuvres de Racine, t. V», sans désigner autrement l'édition à laquelle il a emprunté cette lettre. Dans l'édition que j'ai sous les yeux, publiée chez Lahure, par les soins de M. Jules Simon, cette lettre porte la date du h mars, et le texte diffère notablement de celui que vient de réimprimer M. Livallée. Nul doute que le texte de l'édition de Lahure ne soit correct. S'il a eu des raisons de ne pas le suivre, pourquoi M. Lavallée ne l'a-t-il pas dit? Cela eût mieux valu que d'écrire une longue note pour nous persuader que Saint-Simon ne fait que des contes et qu'il ne mérite aucune créance.

Le n** 17 est daté: «6 mai 1698 ». H commence «ainsi: « Je verrai madame i'ainbassadrice d'Angleterre vendredi chez M. de Pontchartrain, n Le vendredi après le 6 mai 1698 la cour était à Mariy. Nous ignorons si M. de Pontchartrain s'y trouvait, mais sûrement madame de Maintenon n'aurait pas vu Tambassadrice^d'Angleterrc le 9 mai 1698 chez le contrôleur général, et par une raison sans réplique : il y avait alors, en France, depuis la fin de janvier, un ambassadeur d'Angleterre, le comte de Portland, mais il est aisé de constater, et par les mémoires de Saint-Simon et par le journal de Dangeau, que lady Portland n'avait pas accompagné son mari. Si Dangeau et la Gazette de France ne sont pas jugés des autorités suffisantes en matière de présentations, on peut consulter un manuscrit qui se trouvait, il y a quelques années, à la Bibliothèque Impériale (SuppL fr.^ n° ^90) : Journal de l'ambassade extraordinaire de S, Exe, mylord Portland^ et Ton ne pourra pas mettre en doute que le 'i6 mai 1698 » il ne se trouvait pas, en France, d'ambassadrice d'Angleterre. J'ajouterai que, si lady Portland eût suivi son mari, il n'est pas vraisemblable que madame de Maintenon eût pu la voir chez M. de Pontchartrain (1). L'autographe porte donc encore une date

(1) Madame de Maintenon refusa de recevoir lord Porlland pendant le séjour qu'il Qt en France du 31 janvier 1G98 au 18 juin suivant. Guillaume lll désirait vivement que son ambassadeur pût la voir, et en réponse à une lettre de Porlland, qui est vraisemblablement perdue, il lui écrivait do sa main le 8-18 février: « Je serais très-fâché que voUs ne vissiez pas madame de Maintenon, mais \ù n'imagine pas que vous y réussissiez par l'entremise de la comtesse de Gramont, qui est si atlacliée aux intérêts de Saint-Germain. » Presque dans le même temps, le l**" mars, lord Portland écrivait au roi d'Angleterre : « Il me reste encore à voir madame de Maintenon, dont la réserve dans tout ce qui est relatif aux afTaires est si grande qu'elle ne veut voir aucun des ministres étrangers. Guillaume lli écrivait encore, le 12-22 mai: «Puisque vous ne m'ayez pas dit que vous avez vu madame 4e Maintpnon,

erronée, car il est impossible que celte leltrc ait été écrite le « 6 mai 1698 »; elle a dû être écrite le 6 mai 1699. On lit, en effet, dans cette lettre qui a peu de lignes : a M. de Luçon était un saint évoque ; nous verrons si le roi voudra y mettre Tabbé d'Aubigny. » J'ouvre Dangeau, et il m'apprend, à la date du : « 5 mai 1699 : M. l'évéque de Luçon mourut la nuit passée à Paris.» Le môme Dangeau m'informe également que le « samedi 9 mai, à Versailles, madame la duchesse de Bourgogne devait donner l'audience de congé à l'ambassadrice d'Angleterre ». Ainsi, madame de Maintenon a pu voir, chez M. de Pontcharirain, le vendredi 8 mai 1699, l'ambassadrice d'Angleterre, lady Jersey, qui, soit dit en passant, était catholique (1). Encore une fois, pourquoi l'autographe de celte lettre porte-t-il la date du 5 mai 1698? Il est vrai que- ce môme autographe, si nous en devons croire M. Lavallée, se termine par cette phrase que je prends la

je suppose qoe vous ne l'avez pas fait. » Cet incident du séjour de lord PorUand en France fut fort remarqué, surtout en Angleterre.

(1) Il pourrait bien être question de lady Jersey dans une autre lettre .de madame de Maintenon du 7 septembre 1699 : « J'ai lu au roi la lettre de madame de Gersay, et fort inutilement. »

Dangeau a des admirateurs fanatiques. Je voudrais bien qu'ils raVxpHquassent pourquoi cet annaliste incomparable a négligé de mentionner, non-seulement le départ de lord Jersey, mais encore son iiudience de congé. La Gazette de France nous apprend qu'il l'eut le 22 avril et qu'il était encore en France le 12 mai, mais il dut partir peu de jours après. Dangeau se contente d'écrire à la date du 21 avril : « Le roi nous dit hier à son coucher que le duc de La Force était à l'agonie.... Le roi nous ajouta que ce duc mourait bon catholique. On a ôté d'auprès de lui, depuis quinze jours, sa femme qui est une huguenote trèsopiniâtre. » La duchesse de La Force avait été arrêtée en 1689, parce qu'elle ne voulait pas changer de religion et enfermée dans le château d'Angers. Dans la crainte qu'elle empêchât son mari de se convertir à son lit de mort, elle fut conduite dans un couvent à Êvreux. Lord Jersey obtint qu'il lui fût permis de se retirer en Angleterre, et Tindal dit qu'elle quitta la France avec lady Jersey. Dangeau a oublié de noter ce fait, qui ne dut pas passer inaperçu *, Ss^int-Sin^oii le ipentionnef

liberté de recomixiander aux admirateurs de la belle langue de madame de Maintenon : « Je ne suis pas fâchée, monseigneur, que vous ayez des secrets avec le roi, mais j'aurais appris sans beaucoup de peine ce que vous lui aviez confié. 11 est bien juste d'avoir les dégoûts de la faveur quand on en a les honneurs, i)

Le n*» 18 est daté : « Saint-Cyr, le 24 mai 1698. » On y fait dire à madame de Maintenon : « Souffrez, monseigneur, que je vous remercie très-humblement de la manière obligeante dont je fus hier reçue chez vous. » Le 23 mai 1698, le roi était à Meudon, et si ce jour-là madame de Maintenon était allée à Paris, Dangeau n'eût pas manqué de le marquer, comme il Ta fait d'autres fois. Mais voici ce qui est plus grave. On sait que madame de Maintenon avait élevé la fille de son frère : « C'est votre enfant comme la mienne », écrivait-elle h la supérieure de Saint-Cyr. Qui donc croira que madame de Maintenon, telle que nous la connaissons par ses lettres véritablement authentiques, ait pu écrire à l'oncle du mari de cette nièce, et six semaines après son mariage, le 24 mai 1698: « Quelque opinion que j aie toujours eue du bonheur de la comtesse d'Ayen, j'avoue que je le trouve encore plus grand que je ne l'avais prévu, et que je désirerais ardemment qu'elle en fût un peu digne. Klle a des défauts que je n'ose confier à son mari, de peur de le dégoûter d'elle. Il s'en faut beaucoup que son esprit soit formé; elle aurait besoin d'avis continuels.... » De même on fait dire à madame de Maintenon, le 9 septembre suivant : « Le roi est charmé du régiment du duc d'Ayem.. Je ne suis guère contente de sa femme. » En revanche elle écrivait à l'archevêque, dans une lettre vraisemblablement authentique, le 3 avril précédent : « Je suis ravie de vous voir content de ma

nièce, que je vous conjure de nommer toujours la vôtre. Elle est véritablement modeste; elle craint Dieu, elle respecte ses ministres. Je vous charge, monseigneur, d'empêcher qu'on ne la gâte par trop de caresses, par trop d'ajustement, par trop de plaisirs, par trop de magnificence, et par tout ce reste qui est si dangereux. ))

Dans le n° 20 : « A Marly, ce 25 juin 1698 », on fait écrire à madame de Maintenon : « Le mauvais temps nous empêche de vous Voir à Marly. » Dangeau écrivait ce même jour : « Le roi partit de Versailles après son dîner et s'en vint ici, où il se promena tout le reste du jour » ; et il avait écrit la veille, 2h juin à Versailles : « Le roi donna, hier matin, une longue audience à Tarchevêque de Paris. »

Le n° 24 daté de: « A Marly, ce 19 juillet 1698 », se termine par ces mots : « Que vous êtes heureux, monseigneur, de remplir vos jours de bonnes œuvres! Il est dimanche, et nous allons jouer et nous promener. » La Beauraelle qui, le premier, a publié cette lettre, s'il avait ouvert le journal de Dangeau, y aurait vu que le 19 juillet 1698 était un samedi. M. Lavallée connaît le journal de Dangeau ; mais il ne le lit pas avec soin, car après ces lignes il met en note : « On lit à la date de ce jour [191 dans le journal de Dangeau : « Le roi devait se promener dans la forêt, etc. » Or c'est à la date du dimanche 20, que Dangeau a écrit les mots que cite M. Lavallée. A ces épigrammes il est aisé de reconnaître le style de La Beaumelle, ainsi que dans cet autre passage de la même lettre : a J'avais à répondre jV votre lettre sur la déclaration. On voit avec plaisir que vous l'approuvez. Vous réussirez toujours quand vous aurez des louanges à donner..... Je n'ai pas plu dans ma conversation sur les bâ-

timents, et ma douleur est d'avoir fâché sans fruit. On fait encore ici un corps de logis de 100000 francs: Marly sera bientôt un second Versailles. 11 n'y a qu'à prier et à patienter. » Dans son édition, La Beaumelle avait ajouté: « Mais le peuple que deviendra-t-il?» Cette pbrasc ne se trouve pas dans l'autographe du duc de Cambacérès, mais il porte la date du 19 juillet, dimanche.

Dans le n"" 25 du: a 28 juillet 1698», madame de Maiotenon se plaint d'avoir été- reçue à l'archevêché avec trop d'égardSj et de n'y avoir pas été traitée familièrement. Si madame de Maintenon a fait à Paris une visite à M. de Noailles, on ne peut la placer qu'entre le 19 juillet, date de la précédente lettre, et le 28, date de celle-ci. Or le 20 et le 21, le roi était à Marly; le 23 au soir il alla à Meudon où il resta jusqu'au 26 samedi à trois heures. Madame de Maintenon ne s'éloignait guère du roi que pour aller à Saint-Gyr, et si elle était allée un dimanche à Paris, peut-on supposer que Dangeau n'en eût pas fait mention?

Le n° 27 - « à Marly, 7 août 1698 » — a déjà été renvoyé par les éditeurs de la Correspondance de Fénelon à l'année 1697, et il est évident qu'ils ont eu raison de le faire. La Beaumelle s'est trompé; mais pourquoi l'autographe reproduit-il son erreur?

Dans la lettre datée: «Compiègne, 3 seplembi:el698», n^ 29, on fait dire à madame de Maintenon : « Je suis un peu plus environnée de grands qu'à l'ordinaire, et cette lettre ici est écrite à bien des reprises. Madame la duchesse de Bourgogne passe ses journées chez moi; le roi ne sort guère. » Ouvrons le journal de Dangeau : le roi était arrivé à Compiègne le 30 août; le dimanche 31: (( Le roi alla tirer l'après-dinée. Madame la duchesse de

Bourgogne alla à des couvents; Lundi !•' septembre : le roi dîna de bonne heure et alla au camp... Madame la duchesse de Bourgogne y vint à cinq heures; — Mercredi 3 : Le roi alla se promener avec madame la duchesse de Bourgogne... Le roi suivait dans son carrosse avec madame de Maintenon. » M. Lavaliée a fait suivre cette lettre de longues observations : « A voir, dit-il, les nouvelles indifférentes que madame de Maintenon donne à Tarchevêque de Paris, on ne croirait pas que, à cette d^te du 3 septembre, elle était avec toute la cour au milieu des fêtes du fameux camp de Compiègne. î> Cette contradiction n'a pas ouvert les yeux de M. Lavaliée, et au lieu de remplir ses devoirs d'éditeur en contrôlant les prétendus autographes du duc de Gambacérès, il a préféré se livrer à de ridicules invectives contre Saint-Simon.

Le n» 31 : « Compiègne, 9 septembre 1698 », fait dire à madame de Maintenon : « Quoique je sois assez mal, monseigneur, voici la meilleure journée que j'ai passée à Compiègne... J'allais hier faire mes dévotions aux Pilles de la Visitation avec madame la duchesse de Guiche. » La Beaumelle, qui ne pouvait pas consulter le journal de Dangeau, ne savait pas que le lundi 8 septembre: (» Madame la duchesse de Bourgogne alla à Tabbaye de Royaulieu ; madame de Maintgnon y était avec elle. » Qwand on voit dans le journal de Dangeau que le roi passait chaque jour des revues, on a de la peine à croire que madame de Maintenon ait pu écrire dans cette lettre : «Non, monseigneur, je n'ai point de repos ici. Le roi vient dans ma chambre trois fois par jour, et parla coupe tout ce que je pourrais avoir à faire. » N'est-il pas aisé de reconnaître le style de La Beaumelle dans les phrases suivantes : a Je conviens

que Dieu m'a fait la grâce de me rendre insensible aux honneurs qui m'environnent, et de n'en sentir que l'assujettissement et la contrainte, l'amour-propre est mort sur ce point-là; mais, monseigneur, celui qui fait aimer le repos et la liberté est encore bien vivant. .. Je voudrais m'occuper partout de bonnes œuvres. II me semble qu'une assemblée de charité me siérait mieux que d'aller au camp avec une princesse de douze ans; mais on veut tout par rapport à soi, et je vois avec douleur que le goût du bien ne vient pas, ni pour celui qu'on pourrait faire, ni pour celui qu'on devrait laisser faire aux autres. On me paraît moins dévot : on ne voulut point de vêpres hier. » La Beaumelle savait, en sa qualité de protestant apparemment, que le 8 septembre était la fête de la Nativité de la Vierge; M. La vallée le sait aussi. J'imagine qu'on ne l'ignorait pas à la cour, mais évidemment la solennité de cette fête n'empêchait pas le roi de s'occuper de ses troupes, ni les princes de se divertir. Dangeau, qui était pourtant un converti, n'en était pas scandalisé, semble-t-il, et il écrivait sans sourciller, dans son journal, le 8 : « Le roi alla de bonne heure au camp.,. Monseigneur le duc de Bourgogne fut toujours avec lui... Monseigneur courut le sanglier avec les chiens de trait, et puis courut le lièvre avec les chiens du comte de Toulouse. » Dans l'édition de La Beaumelle cette lettre en forme deux. Le faussaire les a réunies, mais ce changement et quelques retranchements rendent-ils cet autographe plus authentique ?

Il se pourrait que le n° 32, du « 12 septembre 1698 », ait été écrit en 1699, et ce qui le fait croire, c'est la phrase qui le termine : a Si M. le chancelier fait les lettres des évéques, nous ne serons pas longtemps en bonne intelligence avec Sa Sainteté. » Le 12 septembre

1698 9 le chancelier était Boucherai , qui n'était pas homme à déplaire au saint-siége, mais le 12 septembre 1699, le chancelier était Pontchar train, nommé depuis peu de jours , et dont les maximes gallicanes et et anti*ultramontaines étaient bien connues.

On lit dans le n° 33, en date du 27 septembre 1698 : « Je tâcherai, monseigneur, de faire parler au roi sur Tafi'aire qut vous embarrasse. Je crains de n'en pas trouver sitôt Toccasion, car Je ne lui parle presque plus, quoiqu^I soit dans ma chambre. Les traités de paix, les ordres qu'il faut donner en conséquence, la réforme des troupes : tout cela joint ensemble l'accable d'occupations. » Le roi était revenu le 2ti de Gompiègne, et se trouvait le 27 à Versailles. Dans le mois dé septembre 1698, le roi ne faisait pas de traités de paix; il n'avait pas d'ordres à donner en conséquence, ni à réformer des troupes. Mais il avait tout cela à faire le 27 septembre 1697, car le traité de Ryswick, qui avait été conclu le 21 septembre, avait été apporté le 26 à Fontainebleau, où le roi se trouvait. Pour aller au-devant de toutes les objections, j'ajouterai qu'il est vrai que le roi, le 27 septembre 1698, venait de conclure un traité, mais les mots de « traités de paix » peuvent-ils s'appliquer au traité de partage que le comte de Tallard était occupé à signer en Hollande ? Traité qui devait être tenu

secret, même des parties les plus intéressées; traité pu* rement éventuel, puisqu'il ne devait être exécuté qu'a^ près la mort du roi d'Espagne, et sûrement ce n'était pas en conséquence de ce traité, qui était virtuellement conclu par la dépêche et la déclaration du roi et du dauphin, en date du 14 septembre, que Louis XIV avait des ordres à donner le 27 septembre, et des troupes à réformer. Cette lettre est donc vraisemblablement au* thentique ; mais, cette fois encore, La Beaumelle a fait une erreur en datant de 4 698 une lettre qui n'a pu être écrite qu'en 1697. Comment se fait-il que l'autographe du duc de Cambacérës reproduise si fidèlement une erreur de La Beaumelle ?

Le n* 38, en date de « Fontainebleau, 22 octobre 1698 » , fait dire à maclàme de Maintenon : « Quand on est du conseil, monseigneur, on est mystérieux. Le roi nous a imposé silence sur ce qui se passa il y a quinze jours. Et, en vérité, c'est un bien pour moi, et encore plus pour eux, que je n'ose dire tout ce que je vis, et tout ce que j'en-* tendis. J'en suis tout affligée, monseigneur, non-seulement par rapport à l'affaire présente, mais pour toutes celles que ces messieurs auront à traiter. Cet échantillon me fait voir que je mourrais de douleur si j'assistais au conseil. Que les rois sont à plaindre ! » Madame de Maintenon a-t-elle écrit, a-t-elle pu écrire ces lignes qui n'ont pas laissé que d'étonner M. Lavallée T a J'i-gnore, dit-il dans une note, quelle affaire fut traitée dans le conseil où l'on appela madame de Maintenon. » Cette ignorance fait peu d'honneur à Tauteur d'une histoire de France qui a eu, prend-il le soin de nous apprendre, quinze éditions. Dangeau ne dit pas que le roi ait tenu conseil quinze jours avant le 23 octobre, mais on lit dans son journal à la date du 29 septembre 1698 i

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a Le roi prit médecine par pure précaution; Taprèsdinée il tint conseil. Monseigneur fut au conseil avec le roi, et ne sortit point de tout le jour. » Ce conseil, où il se peut que madame de Maintenon ait assisté, quoique Dan^eau n'en sache rien, fut tenu, n*en déplaise à M. Lavallée, à l'occasion d'un des événements les plus importants du siècle de Louis XIV. a Sire, écrivait d'Utrecht le comte de Tallard, le 26 septembre, l'on signa enfin avant. hier, à neuf heures du soir, à Loo, dans les formes ordinaires, le plus célèbre traité qui ait été fait depuis plusieurs siècles. Le comte de Portland a signé pour le roi d'Angleterre. Les États généraux ne seront en état d'en faire de môme que du 3 au 5 octobre... J'ai l'honneur d'envoyer à votre Majesté une copie du traité. » Ce traité fut sans doute communiqué au conseil tenu le 29 septembre 1698, et quand on le lit on comprend qu'avec ses étroits scrupules et son manque d'esprit politique, madame de Maintenon n'approuvât pas un traité par lequel Louis XIV renonçait pour son fils Monseigneur à la monarchie d'Espagne, et qui partageait les États de Charles II de son vivant, et dans la prévision de sa mort prochaine ; et ce traité, proposé par Louis XIV, se concluait avec l'usurpateur Guillaume in, l'Absalon, le nouvel Hérodel Ce traité, négocié avec le plus profond secret, que Guillaume III avait signé à rinsu de ses ministres, qui devait être tenu cachéy même au successeur désigné de Charles II, madame de Maintenon, qui était dans la confidence, y aurait fait allusion en écrivant à l'archevêque de Paris ! Aussi, je le répète, je croirais volontiers que La Beaumelle a fabriqué à tout hasard les premières lignes de cette lettre, ainsi qu'il en a inventé les dernières : « Le roi a été un peu incommodé, ces derniers jours, d'avoir trop mangé :

il y a bien des ragoûts nouveaux, et la gourmandise est à la mode. » Dangeau a si bien ignoré cette incommodité qu'il nous apprend dans son journal : «Le 15, le roi alla tirer; le 16, le roi courut Je cerf; le 17, le roi alla tirer; le 18, le roi alla tirer; le 19, le roi alla tirer; le 20, le roi courut le cerf; le 2i, le roi ne sortit point de tout le jour. 11 alla Taprès-dlnée rendre visite au roi et à la reine d'Angleterre, avec qui il fut assez longtemps. » Dans ce long entretien, Louis XIV leur fit part, sans doute, de ce traité qu'il venait de signer, et qui, établissant des liens si étroits entre lui et Guillaume ni, ruinait les dernières espérances de Jacques IL La Beaumelle n'a donc inventé cette prétendue incommodité, que pour placer une épigramme contre la gloutonnerie bien connue de Louis XIV.

Le n"" 40 : a Du 30 novembre 1698 » , adressé à madame de Brinon, avait déjà été imprimé par M. Lavallée (Ze/tres hist. et édif.^ t. I, p. 469), mais avec la date du 30 novembre 1697^ ce qui était une erreur manifeste, puisqu'il y est question de la Relation du quiétisme de Bossuet, qui fut publiée en 1698. M. Lavallée a corrigé cette erreur, mais pourquoi a-t-il retranché le dernier paragraphe de cette lettre, qui n'a pas moins de neuf lignes, et où il est question de la conversion de madame de Gaylus?

Le n** kl : « Ce 15 février 1699 », commence ainsi : « Je ne puis vous dire, monseigneur, à quel point je suis touchée de l'état où je vous ai vu aujourd'hui. » M. Lavallée nous apprend, d'après les mémoires plus que suspects de l'abbé Legendre, que « M. de Noailles versait des larmes quand il lui arrivait quelque échec». Il aurait mieux fait de consulter Dangeau, et il y aurait vu que le 15 février 1699 était un dimanche. Peut-on

aeutemènt supposer que l'archevêque de Paris, si régulier, ait trouvé le loisir d'aller un dimasobe à Versailles? Madame de Maintenon écrit ensuite : « On a travaillé avec M. Pelletier, et l'on s'en dédommage sur le logement de Marly. » Dangeau nous apprend que c'était le lundi que le roi travaillait avec M. Pelletier de Souzy. Il nous apprend aussi que c'était le lundi que Tarchevèque de Paris venait régulièreraentà Versailles. Cette lettre, qui n'a que peu de lignes^ en admettant qu'elle soit authentique, ne peut pas avoir été écrite un dimanche. Elle se termine ainsi : « On répète des danses dans mon cabinet, et j'ai plus d'envie de pleurer que de m^en divertir. )) Dangeau écrit dans son journal : « Vendredi, 13, le roi passa Taprès-dlnée chez madame de Maintenon, qui avait été malade toute la nuit... Madame la duchesse de Bourgogne, au sortir de la messe^ alla chez madame de Maintenon ; elle y dtna et y passa la jour* née ; elle devait aller à la comédie, elle n'y alla point -^ Samedi, ik, madame la duchesse de Bourgogne dtna chez madame de Maintenon et y passa toute l'aprôsdtnée, et le soir, elle se trouva mal et se mit au lit de fort bonne heure. — Dimanche, 15, madame la duchesse de Bourgogne fut un peu incommodée et se retira de fort bonne heure. » M. Lavallée, qui feuillette parfois Dangeau^ a lu sans doute les passages qui précèdent^ mais il ne laisse pas de mettre en note :* « Voyez le Journal de Dangeau, t. VII, p. 28 et suiv. », comme si, parce que le mercredi, 18, il y avait eu un bal à Marly^ on en devait conclure que le 15^ dimanche, on répétait des danses dans le cabinet de madame de Maintenon encore indisposée, et en l'absence de la duchesse de Bourgogne, qui était dans son lit.

. Dans le n"» 50 : « A Saint^Gyr, 25 avril 1699, n on lit :

« Je voudrais bien dîner avec vous« mais vous, vene? le lundi, et M. Ghamillard veut le mardi. » Ouvrons DaJ>geau : a Jeudi, 23^ à Meudon, madame de Maintenon sa trouva mal le soir et eut un violent frisson; vendredi^ 2A : le roij après la messe^ alla chez madame de Mainr tenon^ qui avait eu une grosse fièvre toute la nuit... Dès £ue madame la duchesse de Bourgogne fut éveillée, elle alla chez madame de Maintenon; elle ne sortit point de tout le jour, quoiqu'il fit le plus beau temps du monde. La fièvre de madame de Maintenon diminua considérablement l'après-dlnée ; mais les douleurs de son rhumatisme ne diminuent point; samedi, 25, à Versailles, le roi, après la messe, entra chez madame de Maintenon, qui avait mieux passé la nuit, et elle revint ici dès le matin.» Croira-t-on que ce niémejour, 25 avril, écrivant à rarchevéque de Paris, madame de Maintenon n'ait rien eu de plus pressé à lui dire que de lui parler du dîner qu'elle voulait faire avec lui le lundi suivant, c^'est-à-dire deux jours après.

Le n"" 52 est daté : a Ce k juin 1699. » L'autographe de cette lettre, comme de tant d'autres, M. Lavallée nous l'apprend lui-même, est loin d'être conforme au texte imprimé par La Beaumelle. Elle se termine par ces mots : « Je ne sais qui aura l'évôché de Luçon. » Dangeau note que le a samedi, 6 juin, à Versailles, le roi donna l'évêché de Luçon à l'abbé de Lescure, que nous ne connaissons point dans ce pays-ci; il est grand vicaire de l'archevêque d'AIhy. » Groil-on que la nomination d'un évêque, déclarée le 6, ne fut pas arrêtée, et connue de madame de Maintenon le /i?

Le n*» 53 : « A Marly, ce 7 août 1699 », commence ainsi : a Nous arrivons de Lucienne, nous nous en allons h la chasse, nous reviendrons à la promenade, et M. le

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duc de Bourgogne soupe dans ma chambre. Que ces jours-là sont différents des vôtres, monseigneur, qui entassez les bonnes œuvres les unes sur les autres ! » Ouvrons le journal de Dangeau : « Jeudi, 6^ à Marly : Le roi dina seul avec Madame et madame de Ventadour, et puis monta en carrosse avec elles et Monseigneur, et alla dans la plaine d'Archères, oîi il fit la revue de ses quatre compagnies des gardes du corps et des grenadiers à cheval. Au retour de la revue, il plut tant que le roi ne se put pas promener le reste du jour. — Vendredi, 7 : Le roi alla sur les hauteurs de Marly, où il avait fait venir ses quatre compagnies..., il en fit la revue encore plus exactement que le jour d'auparavant. » Cette lettre ne peut donc pas avoir été écrite le 7 août 1699, date que porte l'autographe de M. de Gambacérès.

On lit dans les premières lignes du n^ 55 : « A Marly, ce 22 août 1699, le roi est bien résolu d'acquitter le vœu du feu roi. » M. Lavallée met en note : « Cette résolution datait de l'année précédente. » Dangeau écrit, en effet, le 19 décembre 1698 : «Le roi a fait donner une somme considérable à messieurs de Notre-Dame de Paris pour un autel : c'était un vœu qu'avait fait le feu roi. » Je demande comment, le 22 août 1699, le roi pouvait être bien résolu d'acquitter un vœu qui avait été acquitté huit mois auparavant? Cette lettre a donc pu et dû être écrite en 1698, et voici ce qui le prouve : « La mort de madame d'Ëspinois {sic) a surpris, et c'est tout. )) M. Lavallée met en note : « Elle était morte subitement en arrivant à Versailles. » (Voyez Saint-Simon, t. III, p. 224.) J'ouvre les mémoires de Saint-Simon, et j'y lis que « madame la princesse d'Espinoy, la mère, mourut la veille ou le même jour que la duchesse de Richelieu)), et cela dans Tannée 1698. J'ouvre le journal

de Dangeau, que M. Lavallée a cette fois dédaigné, et j*y trouve que la duchesse de Richelieu mourut à Paris, le 20 août 1698, et que la princesse d'Espinoy, la mère, mourut à Versailles, le 18 août 1698. Celte lettre a donc été écrite le 22 août 1698; mais pourquoi Tautographe de M. de Cambacérès porte-t-il : a Ce 22 août 1699 »?

Ce qui prouve que cette lettre, n* 55, a dû être écrite en 1698, c'est qu'il y est question dos nouveaux convertis, auxquels, de l'aveu même de M. Lavallée, il est fait allusion dans les lettres du 27 septembre, du 6 et du 12 octobre 1698. C'est donc à Tannée 1698 qu'il faut également reporter le n'* 56 : « A Saînt-Cyr, septembre 1699 » , car il n'y est parlé que de mesures à prendre avec les nouveaux convertis.

La lettre du 2 novembre 1699, — n'* 62, — doit aussi être placée dans Tannée .1698, comme le prouvent les premiers mots : « Il n'y a qu'à prendre patience sur les affaires de Rome. » Or ces mots ne peuvent se rapporter qu'à la condamnation des Maximes des saints^ dont la nouvelle était arrivée le 22 mars 1699. Quelques lignes plus bas, madame de Maintenon parle d'une promotion d'évôques, dans laquelle avait été compris l'abbé Fleury. Il est certain que l'abbé Fleury fut nommé évéque de Fréjus à Fontainebleau, le 1*' novembre 1698. L'autographe de cette lettre est donc encore fautif, puisqu'il date de l'année 1699 une lettre qui n'a pu être écrite qu'en 1698.

Le n*" 63 : «5 novembre 1699», doit aussi avoir été écrit en 1698, comme le prouve le passage suivant : o Le roi est très-résolu de faire travailler à l'autel de Notre- Dame. » Les premières lignes de cette lettre semblent aussi ne pouvoir se rapporter qu'à un incident de l'année 1698 : « Le roi, écrit madame de Maintenon, ne veut point s'ef-

frayer de M. d'Elbeuf» et me charge de vous mander que vous n'avez qu'à le lui renvoyer. Il ne le croit pas assez sot pour vouloir se perdre sans ressources. » Or Dangeau notait dans son journal, le 12 décembre 1698 : ti Le roi donna une assez longue audience au duc d'Ëlbeuf, qui prétend s'être justifié auprès du roi de plusieurs imprudences dont on l'accusait. »

' Les n'''^? et 68 portent la même date : « 17 décembre 1699», ce qui parait difficile à expliquer : aussi M. Lavallée ne ressaye même pas, mais peut-être ne s'en est-il pas aperçu.

Le n' 70 est daté : a A Marly, ce 10 janvier 1700. » Le journal de Dangeau nous apprend que le dimanche, 10 janvier 1700, le roi se trouvait à Versailles, mais qu'il était à Marly le 10 janvier 1698. Voici un passage qui prouve que cette lettre doit être reportée à l'année 1698 : « L'affaire de M. de Reims contre les jésuites est très-fâcheuse... 11 est à craindre que M. le premier président ne croie faire sa cour en soutenant les jésuites. » Cette affaire avait pour origine une ordonnance de l'archevêque de Reims que Rossuet remit à madame de Maintenon, comme elle l'écrit àM. de Noailles le 7 octobre 1697. Saint-Simon se contente de dire : « L'année (1698) commença par l'accommodement que le premier président fit, par ordre du roi, des jésuites avec l'archevêque de Reims, » et H. Lavallée y renvoie en note. Dangeau écrivait dans son journal de 1698, le lundi 20 janvier : « Selon les ordres que le roi avait donnés, M. le premier président a terminé l'affaire de l'archevêque de Reims avec les jésuites. » Comment se fait-il que l'autographe de M. de Cambacérès porte la date 1700, tandis que cette lettre a dû être écrite en 1698 ?

I^e n* 71 est daté ; « A Meudon^ ce 13 janvier 1700. »

Ouvrons le journal de Dangeau : a Mercredi, 13, à Versailles. Le roi alla Taprès-dînée se promener à Marly. Monseigneur^ en sortant de son dîner, joua au brelan chez madame la princesse de Gonti, et^ le soir, il y eut appartement. » Le roi et, par conséquent aussi, madame de Maintenon, ne se trouvaient donc certainement pas à Meudon le ;13 janvier 1700, où n'était pas même le maître delà maison; mais il y était le 13 janvier 1696. L'autographe qui porte la date de 1700 fait donc une erreur de quatre ans. Ce qui le prouve, ce sont les dernières lignes de cette lettre : « Je ne fus point trompée hier dans la joie que je m'étais figurée. La vilaine chambre oi!i je dînai vaut mieux que les palais où je suis. » Dangeau écrivait en 1696, le vendredi, 13 janvier, à Meudoij : « Madame de Maintenon alla hier à Paris voir la duchesse de Noailles la douairière (c'est-à-dire la mère de Farchevôque de Paris); elle fut longtemps avec elle, et les courtisans croient qu'il s*agit du mariage de mademoiselle d'Aubigné avec le comte d'Ayen. »

*' Le n* 72 est daté : « A Saint-Cyr, ce 31 janvier 1700 : Le roi, écrit madame de Maintenon, a de la peine sur les trois jours gras que vous voulez retrancher aux mascarades et aux bals... Voire mandement pour le jubilé, monseigneur, sera lu certainement. » On lit dans le journal de Dangeau, à la date du 12 février 1696 : « M. rarchevôque de Paris a réglé que le jubilé commencerait le lundi gras. Cela fera cesser deux jours plus tôt les divertissements du carnaval, a Cette lettre doit donc être reportée à Tannée 1696 et être placée après le n<* 389, du 25 janvier 1696, où il est question du jubilé, de même que dans la lettre du 11 mars, n"" 396. Ce qui prouve sans réplique qu'elle appartient à l'année 1696, et non à Tannée 1700, ce sont ces mots de madame de Maintenon : a Le roi ne manquera pas à une station ni à une abstinence; mais il ne comprendra point qu'il feille s'humilier et prendre l'esprit d'une vraie pénitence^ et qCie nous devrions nous couvrir du sac et de la cendre pour demander la paix. » M. Lavallée met en note : «La mort de Charles II était iniminente, et Ton

prévoyait de grands troubles en Europe. » Qui ne voit pas, au contraire, que ces paroles ont été écrites en 1696, lorsque Louis XIY demandait en vain la paix aux alliés, ou en 1702, lorsqu*il avait coalisé l'Europe entière contre lui, en acceptant la couronne d'Espagne pour son petit-fils?

Cette erreur de deux ou de cinq années, qui^ à elle seule^ suffit pour prouver la fausseté des prétendus auto* graphes de M. de Gambacérès, s'explique jusqu'à on certain point, parce que La Beaumelle et le faussaire qui a fabriqué les autographes^ et aussi peut-être M. Lavallée, paraissent avoir ignoré qu'il y avait eu dans le diocèse de Paris un jubilé en 1696, qui commença le premier des jours gras, c'est-à-dire le 5 mars; un autre en 1701, qui ne commença que le lundi de la Pentecôte, c'est-à-dire le .16 mai; et enfin un troisième jubilé^ en 1702 (mars et avril). Ces trois jubilés ont été confondus ensemble, et aussi à l'exception de deux ou trois lettres^ toutes celles où il est fait mention d'un jubilé ont été placées dans l'année 1700.

Par conséquent, le n* 75, du 21 février 1700, doit également porter la date de 4696, car il y est uniquement question du jubilé. Ce qui ne permet pas de douter qu'il ne s'agisse de celui de 1696, ce sont ces mots de madame de Maintenon : « Nous devons retourner à Marly la semaine qui vient. » En 1696, le roi retourna à Marly le 22 février jusqu'au 25, et ensuite le 29, tandis qu'en 1700, le roi resta à Versailles du 20 février jusqu'au U mars. Ce qui prouve qu'il ne s'agit pas du jubilé de 1701, ni de celui de 1702, c'est que, dans cette même lettre, madame de Maintenon écrit encore: «Monsieur dit au roi que vous aviez permis de remettre le jubilé au temps de Pâques, et 'qu'il ne le ferait que dans ce temps-là^.»

En 1696, le jubilé commença le premier des jours gras^ le 5 mars; en 1701, le lundi de la Pentecôte^ le 16 mai; et Monsieur mourut le 9 juin 1701.

On lit dans le n^" 7S, du 27 février 1700 : « J'ai les deux matinées de Meudon libres, c'est-à-dire le jeudi et le vendredi, car je compte d'aller samedi matin à Saint- Gyr. » Le 27 février 1700 était un samedi : le jeudi et le vendredi suivants étaient donc le & et le 5 mars. Ces deux jours-là, le roi et, par conséquent, madame de Maintenon, étaient à Marly. En outre^ le roi n'alla pas à Meudon en 1700 dans le mois de février. Mais, en 1701^ le roi alla à Meudon le mercredi 2S février et revint à Versailles le samedi suivant. Cette lettre a donc pu être écrite en 1701^ mais non le 27 février^ vraisemblable* ment quelques jours avant. Il est évident que madame de Maintenon était le jeudi et le vendredi à Meudon, et que, le roi retournant à Versailles le samedi, elle a pu aller ce jour-là à Saint-Gyr. Ge qui prouve que celte letti*e a dû être écrite en 1701^ ce sont ces mots de madame de Maintenon vers la fin : « Le roi est bien content du jubilé.» Dangeau écrivait le 23 février 1701 : «Le pape a envoyé à M. le cardinal de Noailles une bulle pour le jubilé dans le diocèse de Paris : il commencera après les fêtes de la Pentecôte. » L'autographe n'a donc pas pu être écrit le 27 février, et moins encore en 1700, mais bien en 1701 et vers le 20 février. Il ne saurait être question du jubilé de 1696^ ni de celui de 1702; car, en 1696, le roi n'alla pas à Meudon une seule fois dans les mois de février et de mars, et en 1702, le roi alla à Meudon du 15 au 18 février, à Trianon du 26 février au l""' mars, et de là à Marly.

Le n'* 80, — 11 mars 1700, — se termine par ces mots : (i Nous n'allons point à Tri&non. Le roi a la goutte et

assez violente pour l'avoir empêché de dormir. » Si Ton ouvre le journal de Dangeau, on trouve qu'il n'y est fait aucune mention de la goutte du roi ; qu'au contraire, les jours précédents, il s'est promené et a chassé, et qu'enfin ce même jour, 11 mars 1700 : « le roi dîna de meilleure heure qu'à son ordinaire et alla tirer. » Cette lettre a sûrement été écrite en 1701, car Dangeau nous apprend que, le 9, «le roi eut un peu de goutte »; le 10^ la goutte du roi continue», et^ enfin, le vendredi 11 marSf « la goutte du roi est un peu augmentée, et au sortir du sermon, où on le porta, il se fit reporter chez madame de Maintenon » . Si les dernières lignes de cette lettre n'ont pu être écrites qu'en 1701, la plus grande partie de cette lettre a dû être écrite en 1696 : « Tout le fond du déchaînement contre vous, écrit madame de Maintenon, est le retranchement de l'Opéra et de n'avoir pas mis le jubilé à la quinzaine de Pâques, et les deux jours gras dont on se plaint ne sont que le prétexte. » En 1701^ le jubilé avait été placé après la Pentecôte, le 16 mai, mais en 1696^ comme on l'a vu plus haut, le jubilé commença le 5 mars, c'est-à-dire le premier des jours gras^ Pâques tombant cette année-là le 22 avril, a Tous les spectacles et mascarades sont défendus» ^ écrit Danges^u. II se pourrait néanmoins qu'il s'agit du jubilé de 1702. N'est-il pas étrange qu'un autographe reproduise deux lettres, l'une de 1696 ou de 1702, et l'autre de 1701, et que de ces deux lettres il n'en fasse qu'une seule datée de 1700 ?

Le n? 82 porte : « à Saint-Gyr, 1" avril 1700. » Dangeau nous apprend que ce jour-là, a à Marly, l'aprèsdtnée, le roi alla courre le cerf. Il était seul dans une petite chaise, et madame la duchesse de Bourgogne dans une petite chaise avec madame de Maintenon » .

Ce 1" avril 1700, madame de Maintenon ne pouvait donc pas écrire de Saint-Cyr à l'archevêque de Paris, mais elle le pouvait le 1" avril 1696, ou 1702. Voici un passage de cette lettre qui prouve qu'elle a été écrite en 1696 ou en 1702, et non en 1700 : « Il faut vous rendre mille grâces du secours que vous nous donnâtes hier; mais il nous fit faire nos stations avec une pompe peu convenable. » C'est-à-dire les stations pour le jubilé; celui de 1701 ne commençait que le 16 mai. Voilà encore un autographe qui se trompe de deux ou de cinq ans.

Le n° 8/», — 18 avril 1700, — doit, au contraire, être porté à Tannée 1701, comme le prouvent les premières lignes : « Le roi m'ordonne de vous dire, monseigneur, que vous fassiez pour le jubilé tout ce qu'il vous plaira.» Il s'agit évidemment du jubilé de 1701, qui devait commencer le 16 mai; celui de 1696 était déjà fini le 18 avril, ou ne devait pas tarder à l'être, Pâques étant le 22 avril: celui de 1702 Tétait certainement le 18 avril. Madame de Maintenon ajoute ensuite : « Le roi s'attendait à vous voir hier, et vous reprochera que vous avez manqué à votre serment, qui vous oblige à vous trouver à toutes les assemblées de Tordre du Saint-Esprit. » Qu'on lise ce que Dangeau écrivait dans son journal le dimanche 17 avril 1701, à Versailles ; « Le roi, en s'habillant, nous dit que les deux commandeurs de Tordre qu'il allait nommer n'en savaient rien... Au retour de la messe, il fit entrer les chevaliers de Tordre dans son cabinet... » Il n'y a pas de doute à avoir; car on ne lit rien de pareil le 17 avril 1700, et Ton ne peut s'empêcher d'admirer l'entêtement de madame de Maintenon à dater de 1700 des lettres autographes qu'elle n'a pu écrire qu'en 1701, en 1702, ou en 1696.

En revanche, le n« 86 « ce 10 mai 1700», pourrait bien

avoir été écrit deux ans plus tard, car c'est le 17 août 1702 que le roi fit [prendre madame de Richelieu, qui fut conduite à l'abbaye de Malnoue (Dangeau, t. VIII, p. 680). Madame de Maintenon ne pouvait pas écrire le 10 mai 1700: a Le roi ne m'a pas paru éloigné de la faire enfermer. Il faut que M. le marquis de Richelieu avertisse où elle sera. » Dangeau notait dans son journal^ un mois auparavant, le 11 avril 1700: «La marquise de Richelieu a quitté le couvent du Lys, et est sortie du royaume pour h seconde fois. On a appris qu'elle était à Bruxelles, chez la comtesse de Soissons. » Ce que savait Dangeau, madame de Maintenon et surtout le roi ne l'ignoraient pas. Voilà encore un autographe qui se trompe^ mais seulement de deux ans.

On lit dans le n*» 87, — 5 juin 1700 : « Je me savais mauvais gré, monseigneur, d'avoir une affliction que je ne vous confiais pas... Il est vrai que nous avons perdu un des meilleurs sujets ^e notre maison. » M. Lavallée met en note : a Madame de Saint-Aubin, morte le 5 juin 1700. Voyez sur cette mort les Lettres hist, et édif, , t. II, p. 59. » J'ouvre ce recueil à la page citée, et j'y trouve que madame de Saint-Aubin était morte le U avril. Cette date doit être exacte, si les lettres de madame de Maintenon à madame de Glapion, du 5 et du 10 avril, sont authentiques.

On a peine à comprendre comment, dans le n*^ 96, madame de Maintenon a pu écrire, le 2U octobre 1700 : a J'ai signé le contrat du prince d'Isenghien », quand on lit dans le journal de Dangeau, à la date du 10 avril précédent : « La princesse . de Furstenberg marie sa fille atoée au prince d'Isenghien. » Saint-Simon donne la même date, puisqu'il dit que ce mariage eut lieu « presque en même temps x> que celui du comte de la Marck

avec la filie du duc de Robao, qui se fît, dit Dangeau^ le SO mai 1700. Ce n*e$t qu'une erreur de quelques mois, mais qu'on ne s'attendait pas à trouver sur un auto* graphe.

Le n"* 123 porte « à Marly, ce 19 février 1701. » Dangeaii nous apprend que ce jour-là le roi, qui était parti de Marly depuis le 12, se trouvait à Versailles, et qu'il alla se promener à Trianon. Mais le roi était à Marly le 19 février 1700^ et aussi le 19 février 1699. Gomment un autographe peut- il être daté «deMarly^ 19 février 1701,» tandis que ce jour-là m^^dame de Maintenon ne pouvait pas être à Marly, mais bien à Versailles ou à Saint-Cyr.

On lit dans le n* 136, — 2 avril 1701 : « Je crois que la fête de lundi nous empêchera d'avoir l'honneur de vous voir. » Dapgeau se contente d'écrire dans son journal : u Lundi hy à Marly, le roi partit de Versailles*. .. II alla à Saint-Germain dire adieu au roi et à la reine d'Angleterre, qui parient demain pour Bourbon, t

Le n^ l&O, -* 29 mai 1701, *— doit évidemment avoir été écrit en 1700, comme le prouvent les lignes suivantes : « J'ai vu ce matin M. de Ghamillart, qui, conjointement avec M. de Fontchartrain, se déchaîne contre vos répartitions de don gratuit et de capitation. » Ces mots ne peuvent se rapporter qu'aux décisions de l'assemblée du clergé de 1700, et dans ce cas la date du 29 mai serait également inexacte, car l'assemblée du clergé commença à se tenir le 5 juin. M. de Fontchartrain et M. de Ghamillart faisaient partie de la députation, le {Nremier comme secrétaire d'État du clergé et le second comme contrôleur général. Mais il se pourrait que le commencement de cette lettre fît allusion, comme le veut M. Lavallée, à la banqueroute des trésoriers de l'extraordinaire de la guerre, qui arriva, en effet, en 1701, et vers

le 29 mai. Dans ce cas, deux lettres auraient été réunies ensemble par La Beaumelle et Tautographe reproduirait encore aveuglément sa falsification.

Madame de Maintenon ne pouvait pas être u à Saint- Cyr, le 42 juillet 1701 », comme le porte l'autographe du n"" 1&7, car ce jour-là le roi était à Meijidon, et Dangeau écrivait dans son journal : « Le roi alla se promener dans les jardins avec madame la duchesse de Bourgogne, madame de Maintenon et les dames du palais. » On lui fait dire encore dans cette lettre : « Je suis très-affligée, monseigneur, de la sottise que je fis hier ; mais vous ne m'avez jamais paru empressé pour venir à la cour, et je crus point qu'étant venu à Mariy on vous vit sitôt à Versailles. » Si le cardinal vint à Versailles la veille du 12 juillet, il devait savoir qu'il n'y trouverait pas le roi ni madame de Maintenon », car le 11 juillet « le roi, dit Dangeau^ partit de Trianon après son diner. Il passa à Versailles ; il alla voir Madame ; il travailla quelque temps chez lui avec MM. Pelletier et Vauban. Il arriva ici avant la nuit», c'est-à-dire à Meudon. £n outre, le roi avait quitté Marly depuis le 2 juillet.

La date du n*» 148 : « à Saint-Cyr, 10 août 1701 », est, sans nul doute, fautive, car sûrement madame de Maintenon ne s'est pas éloignée de Marly ce jour-là. Qu'on en juge par ce qu'écrivait Dangeau : «Mercredi 10, à Marly. Ce matin, madame la duchesse de Bourgogne se trouva considérablement plus mal. M. Fagon crut qu'il n'y avait pas de temps à perdre pour lui donner de Témétique; on lui en donna sur les neuf heures. Sa tête était fort embarrassée; elle était dans un fort grand assoupissement; elle demeura trois heures dans cet état-là sans que l'émétique agit. A midi, on lui donna une médecine; sur les cinq heures, on lui donna un breuvage où

il y avait encore de Témétique. » Peut-on imaginer que le 10 août 4701 madame de Maintenon soit allée à Saint- Cyr? L'autographe du duc de Cambacérès le ferait croire pourtant.

Le n° 152 : « Fontainebleau, 2^ septembre 1701 », commence ainsi : « Je priai hier le roi de lire votre lettre, monseigneur, pour lui tenir lieu de lecture spirituelle. » Dangeau nous apprend que, le 23 septembre, « le roi, le matin, à Sceaux, donna audience à M. le cardinal de Noailles ». Sans nul doute, le cardinal dut voir à Sceaux madame de Maintenon; elle ne paraît pas s'en douter; on ne s'aperçoit certainement pas, en lisant cette lettre, qu'elle Tait vu si récemment. On ne se douterait pas non plus, en lisant cette lettre, que la cour fût arrivée à Fontainebleau la veille. Ce qui est tout au moins aussi singulier, c'est le passage suivant : a Nous avons la triste cour d'Angleterre. Je n'ai vu la reine qu'une fois. » Jacques II était mort le 16 septembre 1701, et sa femme et son fils, le prétendant, ne songeaient guère, huit jours après cette perte, à venir prendre part aux divertissements de Fontainebleau. M. Lavallée a pourtant imprimé, sous le n° 155, une lettre sûrement authentique, puisqu'elle sort des archives de Mouchy, de la reine d'Angleterre à madame de Maintenon, du 22 octobre, qui prouve qu'elle et son fils n'avaient pas quitté Saint-Germain. Je ferai observer, en passant, que M. Lavallée avait déjà publié {Lettres hist, et édif.ji. II, p. 91) un fragment de cette lettre, avec la date du 11 octobre. On fait encore dire à madame de Maintenon : «Le mauvais temps fait que le roi est toujours chez moi. » Qu'on ouvre Dangeau : a Le 23, le roi partit à dix heures de Sceaux, et, en arrivante Fontainebleau, il alla visiter les nouveaux appartements de la galerie de Diane.

Monseigneur elses enfants, qui étaient arrivés deux jours avant le roi, ont couru le loup les jours qu'ils ont été ici. Le 24, le roi dîna de fort bonne heure, puis il alla courre le cerf. » On ne sait que penser de cette lettre ; elle n'a sûrement pas été écrite en 1701, et l'on ne sait dans quelle année lui trouver une place. Elle renferme néanmoins quelques lignes qui paraissent authentiques. Le quatrième volume de la Correspondance générale ne pouvait mieux finir que par cette lettre, qui rassemble toutes les contradictions et toutes les impossibilités de temps et de lieux.

Voilà quelques-unes des remarques que je n'ai pu m'empêcher de faire en parcourant rapidement ce volume^ et que j'ai cru devoir noter pour l'édification du public. Je ne doute pas que de plus habiles que moi n'y trouvent bien plus à dire, car je confesse mon incompétence en pareilles matières. Il se peut que M. Lavallée^ et aussi son éditeur, M. Charpentier, me sachent peu de gré d'avoir appelé l'attention sur la négligence avec laquelle ces lettres de madame de Main tenon ont été publiées. Mais j'espère que M. Je duc de Cambacérès me remerciera de l'avoir éclairé sur l'authenticité des autographes qu'il possède et sur leur valeur intrinsèque.

Paul Grimblot.

Paris. — Imprimerie de E. Martinet, rue Mignon, 2.

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