ACTE III
EUGÉNIE
Mon Dieu! et moi qui ai contribué à l'éloigner de la maison. Tu dois me détester!
EMMELINE
Te détester, toi?
EUGÉNIE
Non, vois-tu, il ne faut pas m'en vouloir! je n'ai songé qu'à une chose, moi, que tu pourrais être privée du bien-être auquel tu es habituée, de ces mille petits riens qui sont la moitié de l'existence. Cela m'a elYrayée, et alors j'ai voulu empêcher un mariage qui me semblait devoir faire le mallieur de ta vie.
Chère enfant!
EUGÉNIE
Mais maintenant je me reproche d'avoir agi ainsi, car je le comprends bien, tu préférerais la pauvreté avec lui à la richesse avec un autre?
EMMELINE
Oh! oui,
EUGÉNIE, en confidence.*
Comme ça, tu ne pourrais pas l'oublier?
EMMELINE, avec feu.
L'oublier !
EUGÉNIE, étonnée.
Oh! tu es encore plus jolie en disant cela!... ça embellit donc l'amour? (a demi-voix, avec curiosité.) Et quand on prononce son nom devant toi, qu'est-ce que tu éprouves?
EMMELINE sourit et l'emluasse.
Mon coeur bat bien fort.
EUGÉNIE
Bah!... (a demi-voix.) OctaVC!... (iVleltanl la main sur son cœur.) Oh!
c'est vrai, il bat! mais quand il est là, près de toi... quand il te prend la main...
EMMELINE
Oh! alors il me semble que je suis bien heureuse!
EUGÉNIE, rêveuse.
Ah! c'est drôle! on m'a parlé souvent... on m'a pris la main quelquefois... en dansant, et cela ne m'a rien fait du tout!... c'est donc que je n'aime pas?
- * Eugénie, Emnicline.
83 LF.S TAUX RO.NSIIOMMKS
EMMEI.INE.
Sans doiitû!
F.UGÉNjr;.
Ali ! mon Dieu! mais j'ai déjà dix-huit ans, est-ce que tu crois que- je n'aimerai jamais?
EMMELINE
Si, rassure-toi.
EUGÉME.
C'est égal !... je voudrais bien le sentir battre comme le
tien !... Ah ! une idée ! (eIIc met la main sur son cœur et soml.le l'écoii-
tor.) Anatole!... Raoul!... (eUo rit aux odats.) Eh bien! voilà tout ce que ça produit sur moi!...
EMMELINE, souriant.
Et... Edgavd?
EUGÉ.ME.
Ah ! ce nom-là, c'est différent, il me met en colère... Ah ! ce monsieur Edgard, je le déteste! Mais ne parlons pas de lui, parlons de monsieur Octave. Pourquoi donc ne l'avonsnous vu nulle part depuis deux mois ? Il me semble qu'il aurait pu nous faire donner de ses nouvelles.
EMMELINE
Comment le voulais-tu ? notre père avait prié tons nos amis de ne plus même prononcer son nom.
EUGÉNIE
C'est vrai... Pauvre sœur !...
EMMELINE
Mais c'est assez nous occuper de moi seule. Oublies-tu donc la demande que monsieur et madame Dufouré sont venus faire la semaine dernière ? *
EUGÉNIE
Ah I oui... Ils veulent que j'épouse leur fils... mais j'ai demandé huit jours de réflexion.
EMMELINE
Et le délai expire aujourd'hui.
EUGÉNIE
Eh bien ! c'est pour ce soir alors. J'ai le temps.
EMMELINE
Et que vas-tu répoiWre ?
* Emmeliiie, Eugénie.