‹ Les faux brillantsChapitre 37 sur 48 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

(Les mêmes, mariane, puis oscar i

mariane (annonçant) Monsieur Oscar Dange !

(Elise fait un signe de mécontentement, Cécile un signe de consternation.)

dumont [troublé)

Hein ? [à part) Peste ! il va tout é^^CA^r cecile (à part) *

Il a tout compromis en voulant tout hâter '

faquino (à Dumont) Quel est ce personnage?

DUMONT

Oh ! personne, (à Mariane) Qu'il entre, (à faquino)

Un jeune homme assez vain pour se croire aimé.

FAQUINO

Diantre !

DUMONT

De Cécile...

faquino (à Dumont) Un rival pour le comte !

dumont (à Faquino)

l 'n manant !

[d'un air déterminé) Je vais lui faire voir...

(à part) voyant entrer Ose

C'esl diablement prônant :

oscar {s' avançant vers D union t) Mon cher monsieur Dnmont !...

dumont (avec hauteur)

Monsieur, je vous salue !

oscar (reste un moment surpris, se retourne et salue Elise et Cécile)

Mesdames !...

(Elise salue froidement, Cécile timidement, Oscar les regarde tour à tour et ajoute à part)

Tiens !... toujours la même retenue Chez chacun d'eux!...

dumont (négligemment)

Baron, monsieur Dange, avocat !

(Oscar et Faquino se saluent avec réserve)

FAQUINO

Vous pratiquez, Monsieur, un métier délicat.

Cela dépend, ma foi, de celui qui l'exerce. Plutôt que l'art souvent c'est le métier qui perce.

(Cécile et Oscar forment un groupe d'un côté; Faquino, Dumont et Elise de l'autre) faquino (à Dumont et à Elise) Ce jeune homme paraît d'un esprit peu brillant.

élise \à Faquino) Un jeune impertinent !

dumont (de même)

Un fat, un intrigant, Qui prétexte l'amour pour atteindre ma caisse.

FAQUINO

Au rang des malfaiteurs par ce trait il s'abaisse ; Tous ces faux amoureux, ces vils chasseurs de dots, Sont des gens qu'on devrait confiner aux cachots.

(Cécile et Oscar se rapprochant du groupe entendent ces derniers

mots)

oscar (à part) C'est fort bien, nous allons tâcher de vous y mettre.

duuont (à Faguino) Le parvenu, chez nous, ose tout se permettre ; Son audace est égale à sa vulgarité ; Il réclame partout L'entière égalité;

Des plus antiques noms l'on ne tient aucun compte ; C'est le rang qui s'efface et la plèbe qui monte : Au point que l'artisan du plus modeste étal Peut arriver un jour à gouverner l'Etat.

faquin o Vraiment, votre pays offre un bien triste exemple D'abus qu'avec regret l'honnête homme contemple. Lorsqu'un peuple s'oublie et se laisse aveugler Par ceux qui méchamment veulent tout niveler, Et qu'il cède à l'instinct révolutionnaire En abaissant le noble au rang du prolétaire, Sa gloire est à son terme et ses jours sont comptés.

OSCAH

Vos principes, Monsieur, sont un peu haut montés ; D'un vol vous atteignez des hauteurs inconnues, Et pour nous observer vous planez dans les nues. Veuillez donc, s'il vous plaît, redescendre ici-bas. Et voir ce que, là-haut, vous n'apercevez pas.

FAQULNO {pifJUc)

Ce langage, Monsieur, sent un peu la critique Et je n'ai pas le goût...

ose A u Permettez, je m'explique.

La noblesse à nos yeux n'exclut pas le respect, Quand son identité n'offre rien de suspect. Mais nous nous défions des porteurs de faux titres Qui nous viennent parfois débiter par chapitres L'éloge extravagant de leur fausse grandeur ; Et si vous permettez qu'avec toute candeur Je vous dise en deux mots le fond de ma pensé C'est peine superflue, inutile, insensée, Que d'étaler ici L'éclat dispendieux Des cours, et d'échanger le neuf contre le vieux', En plantant dans le sol de la jeune Amérique Ce reste des vieux temps: h l'arbre aristocratique.» Sur notre continent, le titre est un détail, Et la distinction le produit du travail.

dumont (à part) Quelle perversion !... Vraiment, c'est trop d'audace î Il faut que sur le champ je le mette à sa place.

Monsieur, votre système est la contrefaçon De l'ordre social.

DUMONT

Oui, vous avez raison !

FAQUINO

Nos aïeux sont notés aux pages de l'histoire, Leurs blasons vénérés rappellent la mémoire Des sublimes vertus et des faits glorieux Dont nous conservons tous le souvenir pieux.

DUMONT

Oui, morbleu ! c'est cela.

FAQUINO

Votre jeune patrie Doit avoir sa noblesse et sa chevalerie.

OSCAR

Voulez-vous donc ici transporter les splendeurs Qui de tout l'ancien monde encombrent les hauteurs ? Des titres devons-nous commencer la recherche, Et sur de vieux blasons faudra-t-il qu'on se perche Pour trouver des grandeurs le niveau chancelant ? Non. Dans notre hémisphère on ne croit qu'au talent Les honneurs n'y sont pas de ceux dont on hérite ; Notre aristocratie est celle du mérite.

FAQUINO

Blâmez-vous le sujet que son prince anoblit?

OSCAR

Eu voulant s'élever souvent l'on s'avilit.

(Dumont gesticule avec fureur)

Une distinction s'impose à notre estime, Quand elle est au mérite un tribut légitime; Mais nous répudions les titres inconnus Et les honneurs par l'or ou l'intrigue obtenus.

{Faquino reste interdit)

dumont [éclatant)

Apprenez que je suis, moi, d'un avis contraire !

oscar (à qui Cécile fait un signe de supplication*

En ce cas, par respect, je n'ai plus qu'à me taire.

dumont [avec hauteur A votre aise.

(tournant le clos à Oscar) Baron, passons de ce côté.

faquino {reprenant de l'aplomb) Volontiers.

(// offre le bras à Elise, et sort avec elle et Dumont. Cécile, qui a fait min>' de les suivre, s' arrête sur le seuil)

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