‹ Les faux brillantsChapitre 38 sur 48 · SCENE VII CECILE, OSCAR · texte numérisé non relu

SCENE VII CECILE, OSCAR

oscar (a part) Quel affront !... Me voir ainsi traité ! cecile (à part) Au risque d'encourir l'effet de sa colère, Je reste.

OSCAR

Pouvait-on se montrer plus sévère !

Est-ce assez m'imposer d'humiliation!

CECILE

Oscar, je vous supplie, ayez compassion

Pour ma peine !... Ecoutez... Ah ! je suis bien à plaindre !

Mon père est inflexible.

OSCAR

Il ose vous contraindre, blalgré'la foi jurée, à'briser notre amour !

CECILE

Que faire ?

OSCAH

Laissez-moi vous parler sans détour

CECILE

Parlez.

OSCAR

Si vous m'aimez comme je vous adore...

Fuyons...

CECILE

Fuir?... Vous voulez que je me déshonore ! Cette route inconnue où, sans vous défier, Vous voulez m'entraîner, Oscar!...

OSCAR

C'est le sentier Qui conduit au bonheur.

CECILE

Qui conduit à l'abîme.

On ne peut arriver au bonheur par un crime.

Et vous me refusez ?

cecile (à part) Mon Dieu, soutenez-moi!

OSCAR

Répondez !

CECILE

Le devoir est ma suprême loi.

OSCAR

Quoi ! votre honneur ainsi d'un serment se dispense?

CECILE

L'enfant doit à son père entière obéissance.

OSCAR

■ Et vous nommez cela, Cécile... ?

CECILE

Mon devoir.

OSCAR

Mais, lorsqu'un père aveugle abuse du pouvoir Qu'il a reçu du ciel, et que, par pur caprice, D'un vil conspirateur il se fait le complice...

CECILE

Silence ! Devant moi n'osez pas discuter L'honneur de mon père. Ah! vous voulez imputer

A ses actes des torts que l'équité condamne !

Et vous croyez que, moi, je permettrai qu'il plane

Sur ses intentions un doute injurieux !

Oh ! je vous aime, Oscar ! mais j'aime encore mieux

L'intégrité du nom qu'avec orgueil je porte.

Quelque obstacle à nos vœux que sa rigueur apporte,

Le respect sur l'amour chez moi doit prévaloir.

OSCAR

Mais ses motifs, enfin, vous devez le savoir,

CECILE

Des motifs paternels l'enfant n'est pas le juge.

OSCAR

C'est fort beau ! Le devoir vous fournit un refuge Contre un amour qui nuit à vos projets pompeux.

CECILE

Oscar, vous m'outragez.

OSCAR

Mais je prends vos aveux.

Vous n'avez que dédain pour les amours vulgaires Qui hantent sans éclat les sentiers ordinaires. Suivez donc désormais les sublimes élans Qui portent votre cœur vers ces nobles galants Qu'un hasard généreux a jetés sur nos rives Pour captiver l'esprit des beautés... sensitives!

CECILE

Ce gros sarcasme, Oscar, est une cruauté Qui répugne au bon sens comme à la loyauté. Mon cœur, vous le savez, n'a pas ces goûts volages Pour les titres d'emprunt et les faux étalages, Dont si brutalement vous osez m'accuser; Et c'est de ma tendresse indûment abuser Que de venir ainsi, pour des raisons frivoles, Travestir mes motifs en tronquant mes paroles. Ma foi vous est acquise et, nonobstant vos torts, Je vous aime toujours...

OSCAR

Eh ! que veut dire alors Cette attitude altière et cette résistance. Quand je veux par l'hymen unir notre existence ? Vous avez droit...

CECILE

J'ai droit de consulter mes goûts ■ Et d'écouter mon cœur dans le choix d'un époux ; J'ai droit de résister à l'ordre tyrannique De former sans amour une alliance inique, Répugnant à mes vœux comme cà ma dignité ; Le contrôle d'un père est par Dieu limité ; Son pouvoir se termine où l'outrage commence; Maisjamais avec droit l'enfant ne se dispense De son autorité pour compléter les nœuds Eternels et sacrés de l'hymen.

OSCAR

Dites mieux :

Tous ces beaux sentiments dont vous donnez le texte Arrivent à propos pour fournir un prétexte A votre trahison.

CECILE

Assez, Monsieur, assez !

Laissez-moi seule ici pleurer.

Vous me chassez?

Très bien, je pars.

CECILE

Partez, puisque mon infortune Loin de vous attendrir, hélas ! vous importune.

OSCAR

Ma présence vous pèse.

cecile (avec dépit) En effet.

OSCAR

Je le sais ; Et vous ne m'aimez plus.

CECILE

Je crois que je vous hais.

OSCAR

Et si ce comte ici finissait par paraître, Vous lui feriez l'accueil d'un prétendant!

CECILE

Peut-être.

OSCAR

Et vous l'épouseriez.

CECILE

Qui sait?

Précisément.

L'ardeur du faux amour s'eteinl fort aisément.

CECILE

Vous en donnez la preuve

(on entend tousser Dumont dans la coulisse)

Ah ! mou père !... De grâce !...

S'il vous retrouve ici !...

oscar (sr troublant)

Que faut-il que je fasse ?

CECILE

Cachez-vous, vite, vite !...

OSCAR

Où me cacher?

CECILE

Partout !

(V entraînant)

Gourez de ce côté !... Non! non ! à l'autre bout !

(le poussant derrière un écran) Bon, là, ne bougez pas. (à part) Ah ! c'est un vrai supplice ! Je ne puis de sa part souffrir cette injustice, Et pour le corriger de son vilain soupçon, Je vais un peu lui faire en passant la Leçon.

[voyant entrer Dumont) Ciel ! je tremble ! courage !

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