ACTE 4e—SoèNE 1ère
Cecire.—Est-il donc vrai, ma sœur, que cet Italien… ELISE (brusquement).—Parles-tu du baron ?…
QUELQUES SCÈNES D'UNE COMÉDIE INÉDITE
(ErisE et CECILE, assises, s'occupent, chacune de son côté, d'une broderie.)
CECILE.—Son titre n’y fait rien.
Est-il vrai qu’en vantant son nom et sa naissance,
Il a pris, sur mon père, une telle puissar.ce,
Qu'avec les airs d'emprunt d’une fausse fierté,
I] puise dans sa bourse en toute liberté ?
ELISE.—Il nous fait cet honneur.
CECILE.—Mais, c'est inconcevable !
ELise.—Eh bien, cela, ma chère, est pourtant véritable. CECILE.—Il va nous ruiner !.… ErISE.-—Tu badines, vraiment.
Mais, un tel débiteur, c’est un trésor !
CECILE.—Comment !.… EuisE.—Son intimité seule, en honneurs, nous procure
Des profits que, d'avance, il paie avec usure,
Et c’est, du vil métal, trop estimer l'attrait,
Que de s'inquiéter des emprunts qu'il nous fait.
Les soupirs d’un baron, ses vœux... ses politesses… CeciLe.—Ne sont pas des faveurs que l'on paie en espèces.
L'admirateur sincère a des vœux gratuits ;
Il laisse agir son cœur, et ne sert pas tout cuits
Des soupirs apprétés et mesurés l'avance.
ELISE.—Dieu, quel outrage !.. Quel! ah!... je perds patience
Quand je vois prendre ainsi le bon sens à rebours ! Ogoire.—Le bon sens perd ses frais à prêcher pour les sourds ;
Et les plus sourds sont ceux qui refusent d'entendre,
Comme dit le proverbe.
ErutsEe.— Voulez-vous condescendre,
Enfin, mademoiselle, à me laisser en paix,
Et ne plus critiquer sur tout ce que je fais ? CECILE.—C'est admettre ses torts que de fuir la critique. EuIsE.—Souvent, à son auteur, la censure s'ap : que,
Et les censeurs, parfois, comme les faux dévots,
Font un crime au prochain de leurs propres défauts ;
En m'accusant d'orgueil, ta vanité s'excuse,
Et tu pares ton cœur des dons qu'il me refuse. CeciLe.—L'esprit devient cruel quand le cœur se dément ; Ta malice le prouve...
Sec, I., 1882, 5.
F, G, MARCHAND
SCÈèNE 2e—LEs MÊMES—DUMONT.
Dumonr, (joyeux).—Oui, oui, décidément, La chance nous poursuit! Notre comte est en route Avec les parchemins du baron.
CECILE, (a part).—Moi, j'en doute, DuMonr (a Cecile).—Hein ?
CECILE (a Dumont). —Sans doute.
DuMonT.—Ah !….
ErsEe.--Mon Dieu, que tout arrive à point !
DuMoNT.—Oui, vraiment !
CECILE (a part).—Excepté ce qui n'arrive point.
DumonrT.—Nous le verrons ce soir.
CECILE (a part).—C'est fort problématique.
Dumonr (« Cecile). —Plait-il ?
CEcize (a Dumont) —Vous i'attendez par le transatlantique ? DumonT.—Oui; j'ai vu sa dépêche au baron ce matin. CECILE (a part).—C'est un faux télégramme, ou j'y perds mon latin. * *: * * * * * * * * * * *