ACTE 4e, SOÈèNE Ge—DUMONT, FAQUINO, ELISE, CECILE, OSCAR
(Fuquino et Oscar viennent d'étre présentés l'un a l'autre.) FAQUINO (a Oscur).—Vous pratiquez, monsieur, un métier délicat. Oscar.—Cela dépend, ma foi, de celui qui l’exerce ; Plutôt que l’art, souvent, c’est le métier qui perce.
(Cecile et Oscar forment un groupe d'un côté, Dumont, Fiquino et Elise de l'autre.)
FAQUINO (4 Dumont et Elise). —Ce jeune homme paraît d'un esprit peu brillant. ELIsE (a Fuquino) —Un simple parvenu.
DUMONT (de même). —Un fat, un intrigant, Qui prétexte l'amour pour atteindre ma caisse. FAQUINO.—Au rang des malfaiteurs, par ce trait, il s’abaisse, Tous ces faux amoureux, ces vils chasseurs de dots, Sont des gens qu'on devrait confiner aux cachots.
(Cecile et Oscar se rapprochent et entendent ces derniers mots.)
OSCAR (a part).—C’est fort bien, nous allons tâcher de vous y mettre. DuMoxT (a Faquino)—Le parvenu, chez nous, ose tout se permettre ;
Son auda : est égale à sa vulgarité ;
Il réclame partout l'entière égalité ;
Des plus antiques noms on ne tient aucun compte,
C’est le rang qui s’efface et la plèbe qui monte;
Au point que l'artisan du plus modeste état
Peut arriver un jour à gouverner l'Etat.
FAQUuINO.—Vraiment, votre pays offre un bien triste exemple
D'abus, qu'avec regret, l’honnête homme contemple.
oint !
QUELQUES SCÈNES D'UNE COMÉDIE INÉDITE
Lorsqu'un peuple s'oublie et se laisse aveugler Par ceux qui, méchamment, veulent tout niveler, Et qu'il cède à l'instinct révolutionnaire, En abaissant le noble au rang du prolétaire, Sa gloire est à son terme et ses jours sont comptés. Oscar.—Vos principes, monsieur, sont un peu haut montés ; D'un vol, vous atteignez des hauteurs inconnues, Et, pour nous observer, vous planez dans les nues ; Veuillez donc, s’il vous plait, redescendre ici-bas, Et voir ce que là-haut vous n'apercevez pas.
FAQuINo.—Ce langage, monsieur, sent un peu la critique, Et je n’ai pas le goût.
Oscar.—Permettez, je m'explique.
L'autheatique noblesse obtient tous nos respects, Quar= elle sait, du peuple, activer les progrès; Témoin le noble époux d’une Royale Altesse, Que notre Souveraine a su, dans sa sagesse, Préposer aux destins de notre Canada.
Mais autant nous avons du respect pour ceux-là, Autant nous méprisons les porteurs de faux titres, Qui nous viennent, parfois, débiter par chapitres, L'éloge extravagant de leur fausse grandeur ;...… Et, si vous permettez qu'avec quelque candeur, Je vous dise, en deux mots, le fond de ma pensée ; C’est peine superflue, inutile, insensée, Que d’imiter des grands, l'éclat dispendieux, Et, sans cause, échanger le neuf contre le vieux En plantant dans le sol de la jeune Amérique Ce reste des vieux temps: l'arbre aristocratique. Sur notre continent, le titre est un détail, Et la distinction, le produit du travail.
DuMoxr (a part).—Quelle perversion !
ELISE (a part). —Quel langage impudent ! DuMonxT (a Oscar) —Monsieur, changez de ton, s’il vous plait. JECILE (a part) —L'imprudent !
Sa franchise nous perd !
DuMonr (a part). —Vraiment, c'est trop d'audace ! Il faut que, sur le c! amp, je le mette à sa place. FAQUINO.—Vos paroles, monsieur, sont la négation De l’ordre social !.… Dumonr.—Oui, vous avez raison | FAQuINO.—Nos aïeux sont notés aux pages de l’histoire, Leurs blazons vénérés rappellent la mémoire Des sublimes vertus et des faits glorieux Dont nous conservons, tous, le souvenir pieux. Dumonr.—Oui, morbleu, c'est cela!
F, G. MARCHAND
FaquiNo.—Votre jeune patrie Doit avoir sa noblesse et sa chevalerie.
Oscar.— Voulez-vous donc, ici, transporter les splendeurs Qui, de tout l'ancien monde, encombrent les hauteurs ! Des titres, devons-nous commencer la recherche ?.. Et, sur de vieux blazons, faudra-t-il qu'on se perche Pour trouver, des grandeurs, le niveau chancelant!...
Non... Sur notre hémisphère, on ne croit qu'au talent ;… Les honneurs n'y sont pas de ceux dont on hérite ; Notre aristocratie est celle du mérite.