ACTE Se—NCÈNE 8e
(MARIANE, puis NICOLAS entrant brusquement).
Nicoras.—Nom d'un nom! Quel tracas! quel ennui! quel supplice!.. J'en mourrai, c'est bien sûr.
MARIANNE.—Dis-moi donc, Nicolas, D'où vient cette fureur ?
NicorAs.—Ah, ne m'en parle pas !
Il faut y mettre un terme, ou j'en perdrai la tête, Me surmener ainsi, cela n’est pas honnête !
MARIANE.—Mais de quoi s'agit-il ?
Nicorzas.—Je suis brisé, rendu !
MARIANE.—Quelque chose t'agace ?.….
NicoLas.—Ereinté, morfondu !…
À peine ai-je le temps de manger une croute ;
Du matin jusqu'au soir, toujours, toujours en route !.…
Je m'’essouffle à courir, et ne fais plus qu'un rond,
Servant de messager d'ici chez le baron ;
C’est à n’y plus tenir! Depuis que cela dure,
J'en ai pris une entorse avec une foulure….
Mariane, on me traite ainsi qu'un vrai mulet,
Et, si j'avais du cœur autant que du mollet,
Je les enverrais paître avec leurs parasses ÿ2 afrer afies! MARIANE, (riant).—C'est cela, l’on se fie à tes instincts bonasses, Nicorzas.—J'en conviens,…
MaARIANE.—Mais pourquoi ce constant va-et-vient,
Dont tu fais tous les frais ?
Nicoras.—Hé, je n’en sais trop rien.
MARIANE.—Mais on saisit toujours quelque fait qui transpire. NicorAs.—D'après ce qu'on peut voir, les choses sont au pire. MARIANE.—Est-il bien possible !..
F. G, MARCIAND.
NICOLAS.—Oui. Sans appréhension,
Notre maitre, partout, s'est porté caution
Des achats du baron; même, il lui fait l'avance D'argents pour ses plaisirs et sa folle dépense ; Cela, seul, représente un fort joli montant.
MARIANE.—En effet.
Nicoras.—Mais, bien plus, et voici l'important...
MARIANE.—Ah !
NiICOorAS.—Chaque fournisseur lui présente sa note ;… Pour le dévaliser, à l'envie, on complote; Bref, ce matin, j'ai vu, tont au tour du bourgeois, Dix commis, bien comptés, se pressant à la fois.
MARITANE.—Que faisait le bonhomme ?
NicorAs.—T payait avec grâce
En disant à chacun: “ Monsieur, grand bien vous fasse.”
MARIANE.—Mais ce vilain baron l'a donc ensorcelé ! Nicoras.—C'est mon idée... et moi, jour et nuit attelé,
J'aide, sans le vouloir, à sa, sa manigance.….
MARIANE.—Mon pauvre Nicolas, soit dit sans médisance,
Ton baron, selon moi, n'est qu'un attrappe sot Qui pratique sur nous son métier.
Nicoras.—C'est le mot.
MARIANE.—Et l'on annoncera, bientôt, dans la gazette,
Son départ imprévu, sans tambour ni trompette.
Nicoras.—Voilà, tout justement, ce que je me disais! MARIANE.—On devrait l'exposer au grand jc
NICOLAS.—Je le sais.
MARIANE.—Mais tu sers ses desseins.
Nicoras.—Que veux-tu que j'y fasse ?
MARIANE.—Dévoiler tes soupçons.
NICOLAS.—Oui, pour que l'on me chasse !
MARINE. —Quand le devoir commande, on ne recule pas. NICOTAS.—Et s'il faut que je parte ?
MARIANE.—Eh bien, tu partiras.
NICOLAS.—Moi m'en aller ?
MARTANE.—Kans doute, Nicoras.—Où faudra-t-il que j'aille ?
MARIANE.—Où tu vondras.
Nicoras.—Ouida! Pour coucher sur la paille,
En attendant qu'ailleurs je trouve un autre emploi!
Merci bien,
MARIANE.—Keras-tu plus à plaindre que moi ?
QUELQUES SCÈNES D'UNE COMÉDIE INÉDITE
NicorAs.—Toi, Mariane ?
MARIANE.—Oui, moi.
Nicoras.—Comment! L'on t'a chassée ?
MARIANE.—Pas encor, mais j'en suis fortement menacée. Depuis que, du baron, les noms sont proclàämés ; Ma maitresse a le cœur et la tête enflammés ; Elle ne rève plus que grandeur, que noblesse, Et, de ses vieux amis, l'intimité la blesse ; On ne peut rien lui dire, à moins de la flatter, Sans s’exposer à voir sa colère éclater.
J'ai cherché, par le jeu d’un honnête artifice, Tout en disant comme elle, à dompter son caprice ; Mais l’orgueil, en son âme, étouffe le bon sens! Et, moi, je viens d'apprendre à mes propres dépens Qu'à vouloir corriger les sottises des autres, Nous risquons fortement d'en commettre des nôtres. Nicoras.—Tout juste; et le moyen d'éviter cet ennui, C’est de filer son nœud, sans s'occuper d'autrui. Mais, à propos, déjà, depuis longtemps, mignonne, Tu connais la tendresse où mon cœur s’abandonne Sans vouloir, par un mot, me donner quelque espoir ! MARIANE (riant) —Mieux vaut tout ignorer, parfois, que trop savoir. Nicoras.—Bon! Te voilà toujours avec tes fariboles !.… É Je ne puis, là-dessus, hazarder deux paroles Que, par des mots badins, lancés d’un ton moqueur, Tu me fais rengainer jusqu'au fond de mon cœur Les tendres sentiments dont, sans cesse, il déborde ! MARIANE (souriant).—Et cela te déplait, Nicot ? Nicoras.—Miséricorde !
Tu me tiens, sans pitié, toujours sur les tisons !.. Loin de rien éclaircir, tout ce que nous disons M'embrouille d'avantage! Un seul mot de ta part, Pourtant, me suffirait!
MARIANE.—Nous y verrons plus tard.
Nicoras.—Mariane, pourquoi te montrer si cruelle !... Dumont, (dans la coulisse).—Nicolas !.… MARIANE.— Tiens, voilà le bourgeois qui t'appelle !... (Elle s'enfuit.)