SCÈNE III À MARIANE, NICOLAS. F
Nom d’un nom quel tracas! quel ennui ! quel supplice ! J'en mourrai, c’est bien sûr.
MARIANE Dis moi donc, Nicolas,
D'où vient cette fureur ?
NICOLAS
Ah! ne m'en parle pas!
Il faut y mettre un terme ou j'en perdrai la tête! Me surmener ainsi, cela n’est nas honnête !
MARIANE
Mais de quoi s’agit-ii ?
NICOLAS Je suis brisé, rendu!
MARIANE Quelque chose t’agace ?
nt !
baron.
ice.
supplice !
olas,
NICOLAS
Freinté, morfondu !
A peine ai-je le temps de manger une croûte ; Du matin jusqu'au soir, toujours, toujours en route ! Je m'’essouflle à courir, et ne fais plus qu'un rond, Servant de messager d'ici chez le baron.
C'est à n'y plus tenir! Depuis que cela dure, J'en ai pris une entorse avec une foulure, Mariane, on me traite ainsi qu’un vrai mulet, Et si j'avais du cœur autant que de mollet, Je les enverrais paître avec leurs paperasses !
MARIANE C'est cela, l’on se fie à tes instincts bonasses.
NICOLAS J'en conviens.
MARIANE Mais pourquoi l'échange quotidien De ces lettres sans nombre ?
NICOLAS Hé, je n’en sais trop rien.
MARIANE Mais on saisit toujours quelque fait qui transpire.
NICOLAS D'après ce qu'on peut voir, les choses sont au pire, MARIANE Est-il bien possible ?
NICOLAS
Oui, sans appréhension, Notre maitre partout s’est porté caution Des achats du baron ; même, il lui fait l'avance D’argent pour subvenir à sa folle dépense ; Cela seul représente un fort joli montant.
MARIANE En effet.
NICOLAS Mais, bien plus, et voici l'important:
MARIANE
NICOLAS Chaque fourmsseur lui présente sa note ; Pour le dévaliser à l’envi l’on complote ; Bref, ce matin j'ai vu tout autour du bourgeois Dix commis bien comptés se pressant à la fois. MARIANE Que faisait le bonhomme ?
NICOLAS Il tavec grâce En disant à chacun : Monsie , grand bien vous fasse, MARIANE Mais ce vilain baron l’a donc ensorcelé !
NICOLAS C'est mon idée, Et moi, jour et nuit attelé, J'aide sans le vouloir à sa... sa manigance.
MARIANE Mon pauvre Nicolas, soit dit sans médisance, Ton baron, selon moi, n’est qu'un attrappe-sot, Qui pratique sur nous son métier.
NICOLAS C'est le mot.
MA
Et l’on annoncera bientôt dans la gazette Son départ imprévu sans tambour ni trompette.
Voilà tout justement ce que je me disais.
MARIANE On devrait l’exposer au grand jour.
NICOLAS Je le sais.
MARIANE Mais tu sers ses desseins,
| NICOLAS
| pit Que veux-tu que j'y fasse ? 4 {l F | | f 4 Ë dE HITS MARIANE quil jp LATE Dévoiler tes soupçons.
3 fasse,
asse ?
NICOLAS Oui, pour que l'on me chasse !
MARIANE Quand le devoir commande on ne recule pas, NICOLAS Et s'il faut que je parte... ?
MARIANE Eh bien, tu partiras, NICOLAS Moi, m'en aller ?
MARIANE Sans doute |
Où faudra-t-il que j'aille ?
MARIANE Où tu voudras.
NICOLAS Oui-dà! Pour coucher sur la paille, En atteudant qu'ailleurs je trouve un autre emploi ? Merci bien !
MARIANE Seras-tu plus à plaindre que moi ?
NICOLAS Toi, Mariuue ?
MARIANE Oui, moi.
NICOLAS Comment, l'on t'a chassée ?
MARIANE Pas encor, mais j'en suis fortement menacée.
Depuis que du baron les noms sont proclamés, Ma maîtresse a le cœur et la tête enflammés ; Elle ne rêve plus que grandeur, que noblesse, Et de ses vieux amis l'intimité la blesse ; On ne peut rien lui dire, à moins de la flatter, Sans s’exposer à voir sa colère éclater.
J'ai cherché, par le jeu d’un honnète artifice, Tout en disant comme elle, à dompter son caprice ;
Mais l’orgueil en son âme étouffe le bon sens;
Et, moi, je viens d'apprendre à mes propres dépens Qu’'à vouloir corriger les sottises des autres, R: Nous risquons fortement d’en commettre des nôtres.
ee bn D, cart De De De A ans
NICOLAS Tout juste; et le moyen d'éviter cet ennui, C’est de filer son nœud sans s'occuper d'autrui. Mais, à propos, déjà depuis longtemps, mignonne, Tu connais la tendresse où mon cœur s’abandonne, Sans vouloir par un mot me donner quelque espoir !
MARIANE (riant aux éclats Mieux vaut tout ignorer parfois que trop savoir. NICOLAS
Bon! te voilà toujours avec tes fariboles!
Je ne puis là-dessus hasarder deux paroles’
Que, par des mots badins lancés d’un ton moqueur, Tu ne fasses rentrer jusqu’au fond de mon cœur Les tendres sentiments dont sans cesse il déborde !
MARIANE (souriant) Et cela te déplaît, Nicot ?
NICOLAS Miséricorde !
Tu me tiens sans pitié toujours sur les tisons : Loin de rien éclaircir, tout ce que nous disons ‘4 M'embrouille davantage. 4/54 que je m'explique |. Un peu, crac ! on dirai, qu une mouche te pique, Et tu files... Mon Dieu! quelques mots de ta part
ll Pourtant me suffiraient.
MARIANE
Nous y verrons plus tard.
NICOLAS (d’un ton suppliant)
Mariane ! Pourquoi te r..ontrer si cruelle ?
|-{}} | 4 ||] DUMONT (dans la coulisse) Fil Nicolas!
Tiens, voilà le bourgeois qui t’appelle !
NICOLAS (se tournant vers la coulisse) Oui, monsieur!
res.
eu’, , le !
tard.
(Mariane s'échappe de l'autre côté et Nicolas, la regardant aller, ajoute :)
Allons bon ! celle-ci qui s'enfuit!
Et l'autre.
DUMONT (dans la coulisse) Nicolas!
NICOLAS (faisant un soubresaut) ... qui partout me poursuit!