‹ Les Faux Cardiaques et le Service MilitaireChapitre 44 sur 44 · CHAPITRE 1V · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1V

Nous venons de voir combien le diagnostic d’une affection du cœur est souvent difficile, et nous avons passé en revue quelques-unes des causes d'erreur. Un examen attentif permettra néanmoins de surmonter les difficultés.

Pour qu'une sélection soit bien faite, il est nécessaire qu'elle soit confiée à des personnes compétentes. Ce principe a cependant été perdu de vue dans

notre pays.

La loi du 15 juillet 1889, en modifiant le recrute-

ment de l’armée a laissé au Conseil de révision

l’organisation qui lui avait été donnée dans la loi de 1872: ;

Composition. — Un conseil de Révisionse compose de: | :

1° Préfet, président, à son défaut secrétaire géné-

tal ou Conseiller de préfecture délégué.

2° Conseiller de préfecture désigné par le prefet.

3 Conseiller général (non celui du canton).

4° Conseiller d'arrondissement (non celui du canton).

5” Un officier général ou supérieur désigné par

l'autorité militaire,

aus AU 0e | <

6 Un membre de l’Intendance, le commandant de Recrutement et un médecin militaire assistent aux opérations du Recrutement. |

Tandis qu’en Allemagne, les conscrits sont examinés par une commission composée de médecins militaires et civils, le conseil de revision en France comprend comme nous venons de le voir quatre civils et un officier que rien n’a préparés à estimet la valeur physiologique de l’organisme humain. En revanche, ces membres civils sont tous des personnages politiques, et la tournée du conseil de revision est, Îc j;lus souvent, pour. ne pas dire toujours, une campagne électorale. « Nous n'en vou- « lons pour preuve matérielle que Lim portance capi- « tale des banquets en vue desquels sont réglés les « horaires, ne laissant à f’examen des conscrits «qu'un temps souvent dérisoire » (1).

Dans ces conditions, le médecin militaire ayant la plupart du temps un trop grand nombre d’hommes à examiner est obligé d’aller avec rapidité. IL arrive à une fatigue cérébrale qui le force à opérer vite et mal : de là une sour:e d'erreurs amenant des exémptions injustifiés, mais aussi des “malingres incorporés.

Quelquefois aussi le médecin militaire est un chirurgien peu familiarisé avec les affections du cœur et avec celles que nous avons étudiées, deuxième cause d'erreurs.

L ON | Bulletin médical, 28 juin 407.

Ars THAT

« L'importance du choix des médecins aux con- « seils de revision semble échapper parfois aux di- « recteurs du service de santé, qui, trop souvent dé- « signent pour cet important service des médecins «n'ayant pas un nombre de galons assez élevé pour «en imposer au conseil, et n'ayant pas été initiés « à cette expertise spéciale par les fonctions d’ad- « joint au médecin attaché à un conseil de « révision » (1).

Daga, parlant des devoirs du médecin chargé d'opérer le recrutement s'exprime ainsi : |

« Les médecins appelés à visiter de jeunes soldats « qui accuseront des palpitations, des troubles cir- « culatoires, ne manqueront pas deles interroger au « point de vue des antécédents héréditaires, des at- « teintes antérieures de rhumatisme articulaire, « dont on a peut-être exagéré l’imporfance dans la « pathogénie des affections cardiaques. [ls tiendront « compte de l'influence incontestable de certaines « autres maladies telles que les fièvres éruptives « (variole, rougeole scarlatine), oreillons, fièvre « typhoïde, néphrite, lésions du foie, la pleurésie, la ‘« pneumonie, toutes influences morbides, qui, pro- « voquant l’endocardite, la myocardite, peuvent être « le point de départ de lésions valvulaires incompa- « tibles avec le service militaire. »

Duponchel attache une grande importance aux

deux signes suivants :

4, Noël, loc. cit

Abaissement de la pointe du cœur et expiration prolongée au sommet du poumon.

Nous avons vu que le premier de ces signes n’est . pas suffisant pour permettre d’affirmer l'existence d'une hypertrophie du cœur comme le pensait Dupônchel. |

Widal recommande detoujours pratiquer l’auscul-

ation du cœur dans la position couchée, mais nous

avons montré que les souffles cardio-pulmonaires subissent également et surtout, des modifications par les changements de position du sujet.

Nous n'avons pas, à la fin de ce modeste travail la prétention d’avoir faitfaire un pas à la science. Nous avonssimplement voulu montrer combien le diagnostic desaffections du cœur est parfois difficile et nous avons passé en revue quelques-unes des causes d'erreurs les plus fréquentes.

Nous avons vu comment les souffles cardio-pulmonaires pourront se distinguer des souffles organiques.

L'étude des cardiopathies réflexes nousa montré que souvent le cœur n’est pas en jeu. L’organisme atteint dans un de ses organes traduit ses souffrances par des palpitations, des intermittences. Là, comme toujours, la thérapeutique devra être pathogénique et s’adresser à la cause même : tantôt c’est l'estomac qu’il faudra soigner, tantôt c’est le système nerveux qu'il faudra calmer.

Le pouls instable ne sera pas non plus pris pour une affection du cœur. L’interrogatoire du malade fera

Le Ve

08 Le

. peut-être découvrir dans ses antécédents unegrippe

ou telle affection qui permettra d'expliquer: cette

accélération des battements du cœur.

Nous avons également moutré que les symptômes de lhypertrophie cardiaque dite de croissance sont souvent dûs à une déformation thoracique. Dans ce cas, le traitement doit s’adresser à la cage thoracique et nous avons conclu : «développez lethorax, lecœur se développera imoins ».

Pourtant, ici une restriction s'impose et le rôle du médecin est véritablement difficile. Cette déformation thoracique peut être l'indice d’une « faiblesse de constitution >» pour laquelle il faudra sans doute réformer le sujet ; ce n’est pas l’hypertrophie du cœur mais bienla tuberculose qu’il faudrarechercher et dans ce casla constatation de l'expiration prolongée au sommet sera un signe précieux.

Les causes d'erreur que nous avons passées en revue méritent d’être signalées ; elles ontune grande impoitance. Les médecins de compagnies d’assurances devront en tenir compte, des candidats aux écoles militaires, des officiers ont pu, grâce à la connaissance de ces faits continuer des études, poursuivre une carrière qu’une erreur de diagnostic allait interrompre. Enfin, chaque année un certain nombre de conscrits sont à tort réformés, et nous nous estimons heureux si, par la vulgarisation de quelques causes d'erreur, nous pouvons donner quelques soldats à l’armée. Nous aurons fait œuvre de patriote et de français.

SE NE tone ME ke À F4

Page 1