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Il avait dit d’abord :
— Je m’efforçais de croire que tu ne serais pas là, . mais au fond j'étais sûr que tu viendrais.
* Il put croire qu'Olivier voyait de la présomption - dans cette phrase. En l’entendant répondre d’un air . dégagé : — « J'avais justement une course à faire dans ce quartier », il lâcha le bras d'Olivier, et son ; exaltation tout aussitôt retomba. Il eût voulu - demander à Olivier s’il avait compris que cette carte adressée à ses parents, c'était pour lui qu'il -l’avait écrite ; sur le point de l’interroger, le cœur jui manquait. Olivier, craignant d’ennuyer Édouard ou de se faire méjuger en pärlant de soi, se taisait,. Il regardait Édouard et s’étonnait d’un certain tremblement de sa lèvre, puis aussitôt baissait les yeux. Édouard tout à la fois souhaitait ce regard et :craignait qu'Olivier ne le jugeât trop vieux. Il roulait nerveusement entre ses doigts un bout de - papier. C’étaifle bulletin qu'on venait de lui remettre à la consigne, mais il n’y faisait pas attention.
: — Si c'était son bulletin de consigne, — se disait Olivier, en le lui voyant froisser ainsi, puis jeter pion, — ilne le jetterait pas ainsi. Et il ne se retourna qu'un instant pour voir le vent ‘emporter ce bout de papier loin derrière eux sur le trottoir. S'il avait regardé plus longtemps, il aurait pu voir un jeune homme le ramasser. C'était Ber- "nard qui, depuis leur sortie de la gare, les suivait... “Cependant, Olivier se désolait de ne rien trouver à dire à Édouard, et le silence entre eux lui devenait ‘intolérable,
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— Quand nous arriverons devant Condorcet, se répétait-il, je lui dirai : « À présent, 1l faut que je rentre ; au revoir. » Puis, devant le lycée, 1l se donna jusqu’au eoin de la rue de Provence. Mais Édouard, à qui ce silence pesait également, ne pouvait admettre qu'ils se quittassent- ainsi. Il entraîna son compagnon dans un café. Peut-être le porto qu’on leur servit les aiderait-il à triompher de leur gêne.
Ils trinquèrent.
— À tes succès, dit Édouard, en levant son verre. Quand est l'examen ?P
— Dans dix jours.
— Et tu te sens prêt
Olivier haussa les épaules.
— Est-ce qu’on sait jamais. Il suffit d’être mal en train ce jour-là. |
Il n’osait répondre : « oui », par crainte de montrer trop d'assurance. Ce qui le gênait aussi, c'était à la fois le désir et la crainte de tutoyer Édouard : il se contentait de donner à chacune de ses phrases un tour indirect d’où, du moins, le « vous » était exclus de sorte qu'il enlevait par cela même à Édouard l’occasion de solliciter un tutoiement qu'il souhaitait ; qu’il avait obtenu pourtant, il s’en souvenast bien, quelques jours avant son départ.
— As-tu bien travaillé ?
— Pas mal. Mais pas si bien que j'aurais pu.
— Les bons travailleurs ont toujours le sentiment qu'ils pourraient travailler davantage, dit Édouard sentencieusement,
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Il avait dit cela malgré lui ; puis, aussitôt, avait trouvé sa phrase ridicule.
— Fais-tu toujours des vers ?
— De temps en temps... J’aurais grand besoin de conseils. Il levait les yeux vers Édouard ; c’est « de vos conseils » qu'il voulait dire ; « de tes conseils ». Et le regard, à défaut de la voix, le disait si bien, qu'Édouard crut qu’il disait cela par déférence ou par gentillesse. Mais quel besoin eut-il de répondre, et avec tant de brusquerie :
— Oh! les conseils, il faut savoir se les donner à soi-même, ou les chercher auprès de camarades ; ceux des aînés ne valent rien.
Olivier pensa : — Je ne lui en ai pourtant pas demandé ; pourquoi proteste-t-1l ?
Chacun d’eux se dépitait à ne sortir de soi rien que de sec, de contraint ; et chacun d’eux, sentant la gêne et l’agacement de l’autre, s’en croyait l’objet
- et la cause. De tels entretiens ne peuvent donner
rien de bon, si rien ne vient à la rescousse. Rien ne vint. | Olivier s'était mal levé ce matin. La tristesse qu'il
avait eue à son réveil, de ne plus voir Bernard à son
côté, de l’avoir laissé partir sans adieu, cette tris-
. tesse, un instant dominée par la joie de retrouver
Édouard, montait en lui comme un flot sombre,
submergeait toutes ses pensées. Il eût voulu parler
de Bernard, raconter à Édouard tout et je ne sais
quoi, l’intéresser à son ami.