‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 22 sur 95 · LT · texte numérisé non relu

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regard, ou plus exactement dès son premier regard, j'ai senti que ce regard s’emparait de moi et que je ne disposais plus de ma vie.

« Pauline insiste pour que je vienne la voir plus

souvent. Elle me prie instamment de m'occuper un

peu de ses enfants. Elle me laisse entendre que leur père les connaît mal. Plus je cause avec elle et plus elle me paraît charmante. Je ne comprends plus comment j'ai pu rester si longtemps sans la fré-

quenter. Les enfants sont élevés dans Ha religion

catholique ; mais elle se souvient de sa première éducation protestante, et bien qu’elle ait quitté le foyer de notre père commun au moment où ma mère y est entrée, je découvre entre elle et moi maints traits de ressemblance. Elle a mis ses enfants en pension chez les parents de Laura, où j'ai moi-même

si longtemps habité. La pension Azaïs, du reste, se

pique de n’avoir pas de couleur confessionnelle particulière (de mon temps, on y voyait jusqu’à des Turcs), encore que le vieil Azaïs, l’ancien ami de mon père, qui l’a fondée et qui la dirige encore, ait été d’abord pasteur.

« Pauline reçoit d’assez bonnes nouvelles du sana-

torium où Vincent achève de se guérir. Elle lui

parle de moi, m’a-t-elle dit, dans ses lettres, et

voudrait que je le connaisse mieux ; car je n'ai fait.

que l’entrevoir. Elle fonde sur son fils aîné de

grands espoirs ; le ménage se saigne pour lui permettre bientôt de s’établir — je veux dire : d’avoir

un logement indépendant pour recevoir la clientèle. En attendant, elle a trouvé le moyen de hu réserver …

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une partie du petit appartement qu'ils occupent, en installant Olivier et Georges, au-dessous de leur appartement, dans une chambre isolée, qui se trouvait vacante. La grande question est de savoir si, pour raison de santé, Vincent va devoir renoncer à linternat.

« À vrai dire, Vincent ne m'intéresse guère et, si je

parle beaucoup de lui avec sa mère, c’est par com- plaisance pour elle, et pour pouvoir sitôt ensuite nous occuper plus longuement d'Olivier. Quant à - Georges, il me bat froid, me répond à peine quand je lui parle et jette sur moi, quand il me croise, un regard indéfinissablement soupçonneux. 1! semble qu'il m'en veuille de n'être pas allé l’attendre à la porte de son lycée — ou qu'il s’en veuille de ses avances.

__ «Je ne vois bas Olivier davantage. Quand je vais chez sa mère, je n’ose le retrouver dans la pièce où je sais qu'il travaille ; le rencontré-je par hasard, je suis si gauche et si confus que je ne trouve rien à lui dire, et cela me rend si malheureux que je préfère aller voir sa mère aux heures où je sais qu’il n’est pas à la maison. »

r À LEUR ie \ ed 7 A he ne Journaz p’Epouarp (Suite) « 2 Novembre. — Longue conversation avec

Douviers, qui sort avec moi de chez les parents de Laura et m’accompagne jusqu’à l’Odéon à travers le Luxembourg. il prépare une thèse de doctorat sur Wordsworth, mais aux quelques mots qu'il m'en

dit, je sens bien que les qualités les plus particulières de la poésie de Wordsworth lui échappent. Il:

aurait mieux fait de choisir Tennyson. Je sens je ne sais quoi d’insuffisant chez Douviers, d’abstrait et

de jobard. Il prend toujours les choses et les êtres

pour cé qu'ils se donnent ; c’est peut-être parce que lui se donne toujours pour ce qu'il est.

«— Je sais, m'a-t-1l dit, que vous êtes le meilleur

ami de Laura. Je devrais sans doute être un peu

jaloux de vous. Je ne puis pas. Au contraire, tout ce qu’elle m’a dit de vous m'a fait à la fois la com-

prendre mieux, et souhaiter de devenir votre ami.

Je lui ai demandé l’autre jour si vous ne m’en vou-

La

liez pas trop de l’épouser ? Elle m’a répondu qu’au

contraire vous lui aviez conseillé de le faire (je crois”

ET

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