‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 29 sur 95 · LOMTE ROBERT DE PASSAVANT · texte numérisé non relu

LOMTE ROBERT DE PASSAVANT

Épigraphe ambiguë, qui rendit Olivier songeur, mais qu’il était bien libre, après tout, d'interpréter comme il voudrait. |

Olivier rentra chez lui comme Édouard venaif d'en partir, las de l’attendre,

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La culture positive de Vincent le retenait de croire au surnaturel ; ce qui donnait au démon de grands avantages. Le démon n'’attaquait pas Vincent de

front : 1l s’en prenait à lui d’une manière retorse et

. pèce : l'obligation morale. de

pour subvenir aux : 1 N'est-ce pas là se s; ac

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- furtive. Une de ses habiletés consiste à nous bailler

pour triomphantes nos défaites. Et ce qui disposait

Vincent à considérer sa façon d’agir avec Eaura comme une victoire de sa volonté sur ses instincts effectifs, c’est que, naturellement bon, il avait dû se forcer, se raidir, pour se montrer dur envers elle.

À bien examiner l’évolution du caractère de Vincent dans cette intrigue, J y distingue divers stades,

que je veux indiquer, pour l’édifiéätion du lecteur :

i MProbité. Consciente commise. En l’es-

0 consacrer à Laura la somme que ses parents 0 nt péniblement économisée | Miers frais de sa carrière.

fier ? Ce motif n'est-il pas décent, généreux, : -charitable ?

20 La période de l'inquiétude. Scrupules. Douter

cieux besoin de réparer un

gi cette somme consacrée sera suflisante, n’est-ce

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pas s’apprêter à céder, lorsque le démon fera miroiter devant les yeux de Vincent la possibilité de la gTOSSir ?

30 Constance et force d'âme. Besoin, après la perte de cette somme, de se sentir « au-dessus de l’adversité ». C’est cette « force d'âme » qui lui permet d'avouer ses pertes de jeu à Laura ; et qui lui permet, par la même occasion, de rompre avec elle.

49 Renoncement au bon motif, considéré comme une duperie, à la lueur de la nouvelle éthique que Vincent se trouve devoir inventer, pour légitimer sa conduite ; car il reste un être moral, et le diable n'aura raison de lui, qu’en lui fournissant des raisons de s’approuver. Théorie de l’immanence, de la totalité dans l'instant ; de la joie gratuite, immédiate et immotivée.

59 Griserie du gagnant. Dédain de la réserve. Suprématie.

A partir de quoi, le démon a partie gagnée.

À partir de quoi, l’être qui se croit le plus libre, n’est plus qu’un instrument à son service. Le démon n’aura donc de cesse, que Vincent n'ait livré son frère à ce suppôt damné qu'est Passavant. |

Vincent n’est pas mauvais, pourtant. Tout ceci, quoiqu'il en ait, le laisse insatisfait, mal à l'aise. Ajoutons encore quelques mots :

On appelle « exotisme », je crois, tout repli diapré de la Maya, devant quoi notre âme se sente étranvère ; qui la prive de points d’appui. Parfois telle vertu résisterait, que le diable avant d'attaquer,

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dépayse. Sans doute, s’ils n’eussent été sous de nou | veaux cieux, loin de leurs parents, des souvenirs de « leur passé, de ce qui les maintenait dans la consé- À quence d'eux-mêmes, ni Laura n’eût cédé à Vincent, ni Vincent tenté de la séduire. Sans doute leur appa- » raissait-1l que cet acte d’amour, là-bas, n’entrait | plus en ligne de comptes... Il resterait beaucoup à * dire ; mais ce que dessus suffit déjà à mieux nous - expliquer Vincent.

» Près de Lilian, également, il se sentait dépaysé.

r — Ne ris pas de moi, Lilian, lui disait-il ce même - soir. Je sais que tu ne me comprendras pas, et pour- * tant j'ai besoin de te parler comme si tu devais me comprendre, car 1l m'est impossible désormais de te . sortir de ma pensée.

- A demi couché aux pieds de Lilian étendue sur . le divan bas, il laissait sur les genoux de sa mat- \ tresse amoureusement poser sa tête qu’elle cares- - sait amoureusement.

+ — Ce qui me rendait soucieux ce matin... oui, - peut-être que c’est la peur. Peux-tu rester grave . un instant ? Peux-tu oublier un instant, pour me D non pas ce que tu crois, car tu ne crois - à rien ; mais, précisément, oublier que tu ne crois à rien. Moi aussi, Je ne croyais à rien, tu le sais ; je croyais que je ne croyais plus à rien ; plus à rien qu ‘à nous-mêmes, qu'à toi, qu'à moi, et qu’à ce $ que je puis être avec toi ; AE ce que, grâce à toi, à je serai.

— Robert vient à sept heures, Htenr orné Lilian. Ce n’est pas pour te presser ; mais si tu n’avances

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pas plus vite, 1l nous interrompra juste au moment où tu commenceras à devenir intéressant. Car je suppose que tu préfèreras ne pas continuer devant lui. C’est curieux que tu croies devoir prendre aujourd’hui tant de précautions. Tu as l’air d’un aveugle qui d’abord touche avec son bâton chaque endroit où 1l veut mettre le pied. Tu vois pourtant que je garde mon sérieux. Pourquoi n’as-tu pas confiance ?

— J'ai, depuis que je te connais, une confiance extraordinaire, reprit Vincent. Je puis beaucoup, je le sens ; et, tu vois, tout me réussit. Mais c’est précisément là ce qui m’épouvante. Non, tais-to1... J’ai songé tout le jour à ce que tu me racontais ce matin du naufrage de la Bourgogne, et des mains qu’on coupait à ceux qui voulaient monter dans la barque. Il me semble que quelque chose veut monter dans ma barque — c’est pour que tu me comprennes que je me sers de ton image — quelque chose que je veux empêcher d’y monter...

— Et tu veux que je t'aide à le noyer, vieux lâche !.….

Il continua sans la regarder :

— Quelque chose que je repousse, mais dont j'entends la voix... une voix que tu n’as jamais entendue ; que j'écoutais dans mon enfance...

— Et qu'est-ce qu’elle dit, cette voix ? Tu n’oses pas le répéter. Ça ne m’étonne pas. Je parie a ya du catéchisme là-dedans. Hein ?..

— Mais Lilian, som pre da : le seul moyen pour moi de me délivrer de ces pensées, c’est de te

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les dire. Si tu en ris, je les garderai pour moi seul ; * et elles m’empoisonneront.

— Alors parle, dit-elle avec un air résigné. Puis comme il se taisait, et, puérilement, cachaït son » front dans la jupe de Lilian : = Allons | qu ’attendstu?

… Elle le saisit par les cheveux et le força à relever la tête :

— Mais c’est qu’il prend cela vraiment au sérieux, ma parole ! Il est tout pâle. Écoute, mon petit, si tu veux faire l’enfant, ça ne me va pas du tout, Il faut vouloir ce que l’on veut. Et puis, tu sais : je . n'aime pas les tricheurs. Quand tu cherches à faire : monter dans ta barque, sournoisement, ce qui n’a que faire d’y monter, tu triches. Je veux bien jouer . avec toi ; mais franc jeu ; et, je t’en avertis : c’est pour te faire réussir. Je crois que tu peux devenir » quelqu'un de très important, de considérable ; je sens en toi une grande intelligence et une grande : force. Je veux t'aider. Il y a assez de femmes qui font rater la carrière de ceux dont elles s’éprennent ; . moi, je veux que ce soit le contraire. Tu m'as déjà * parlé de ton désir de lâcher la médecine pour des travaux de sciences naturelles ; tu regrettais de ne à pas avoir assez d'argent pour cela. D'abord, tu viens de gagner au jeu; cinquante mille francs, » c'est déjà quelque chose. Mais promets que tu ne | joueras plus. Je mettrai à ta disposition tout l’ar- : gent qu'il faudra, à condition, si on dit que tu te * fais entretenir, que tu aies la force de hausser les . épaules, |

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Vincent s'était relevé. Il s’approcha de la fenêtre. Lilian reprit : |

— D'abord, et pour en finir avec Laura, je trouve qu’on pourrait bien lui envoyer les cinq mille francs que tu lui avais promis. Maintenant que tu as de l'argent, pourquoi ne tiens-tu pas ta parole ? Est-ce par besoin de te sentir encore plus coupable envers elle ? Ça ne me plaît pas du tout. J’ai horreur des goujateries. Tu ne sais pas couper les mains proprement. Ceci fait, nous irons passer l’été là où ce sera le plus profitable pour tes travaux. Tu m'as parlé de Roscoff ; moi je préfèrerais Monaco, parce que je connais le Prince, qui pourra nous emmener en croisière ét t’occuper à son institut.

Vincent se taisait. Il lui déplaisait de dire à Lilian, et il ne le lui raconta que plus tard, qu'avant de venir la retrouver, il était passé à l’hôtel où Laura l’avait si désespérément attendu. Soucieux de se sentir enfin

quitte, il avait glissé dans une enveloppe ces quelques billets sur lesquels elle ne comptait plus. Il avait confié cette enveloppe à un garçon, puis attendu dans le vestibule l’assurance que le garçon l'aurait remise en mains propres. Peu d’instants après, le garçon était redescendu, rapportant l’enveloppe, en travers de laquelle Laura avait écrit *

« Trop tard. » |

Lilian sonna ; demanda qu’on apportât son manteau. Quand la servante fut sortie :

— Ah! je voulais te dire, avant qu'il n’arrive : Si Robert te propose un placement pour tes cinquante mille francs, méfie-toi, Il est très riche, mais

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