‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 30 sur 95 · DT EE · texte numérisé non relu

DT EE

il a toujours besoin d'argent. Regarde donc : je crois “que j'entends la corne de son auto. Il est en avance “d’une demi-heure ; mais tant mieux... Pour ce que De disions.…

…. — Je viens plus tôt, dit Robert en entrant, parce L. j'ai pensé qu'il serait amusant d’ aller dîner à Versailles. Ça vous va ?

- — Non, dit Lady Griffith ; les Réservoirs m'’assomment. Allons plutôt à Rambouillet ; on a le temps. Nous y mangerons moins bien, mais nous y “causerons mieux. Je veux que Vincent te raconte ses histoires de poissons. Il en connaît d’étonnantes. Je ne sais pas si ce qu'il dit est vrai, mais c’est plus amusant que les plus beaux romans du monde.

» — Ce ne sera peut-être pas l’avis d’un romancier, dit Vincent.

“ Robert de Passavant tenait un jounal du soir à la main :

. — Savez-vous que Brugnard vient d’être pris comme chef de cabinet à la Justice ? C’est le moment de faire décorer votre père, dit-il en se tournant Vers Vincent. Celui-ci haussa les épaules.

* __ Mon cher Vincent, reprit Passavant, permettez-moi de vous dire que vous le froisserez beaucoup en ne lui demandant pas ce petit service — qu’il Sera si heureux de vous refuser.

« — Si vous commenciez par le lui demander pour Vous-même, riposta Vincent. :

‘« Robert fit une sorte de moue affectée :

LS

— Non; moi, je mets ma coquetterie à ne pas,

thai pere Eu 2 À ur at: ASIE VA * QE . Roy | » ”

rougir, fût-ce de la boutonnière. Puis, se tournant vers Lilian : — Savez-vous qu'ils sont rares, de nos jours, ceux qui atteignent la quarantaine sans vérole et sans décorations |

Lilian sourit en haussant les épaules :

— Pour faire un mot, il consent à se vieillir !.. Dites donc : c’est une citation de votre prochain livre ? Il sera frais. Descendez toujours ; je prends mon manteau et je vous rejoins,

— Je croyais que vous ne vouliez plus le revoir ? demanda Vincent à Robert, dans l'escalier.

— Qui ? Brugnard ?

— Vous le trouviez si bête...

— Cher ami, — répondit Passayant en prenant son temps, arrêté sur une marche et retenant Molinier le pied levé, car il voyait venir Lady Griffith et souhaitait qu'elle l’entendît, — apprenez qu'il n’est pas un de mes amis qui, à la suite d’une fréquentation un peu longue, ne m’ait donné des gages d’imbécillité. Je vous certifie que Brugnard a résisté à l'épreuve plus longtemps que beaucoup d’autres.

— Que moi, peut-être ? reprit Vincent.

— Ce qui ne m'empêche pas de rester votre meilleur ami ; vous ver bien.

— Et c'est à ce qu'à Paris on appelle de l'esprit, dit Lilian qui les avait rejoints. Faites attention, Robert : il n’y a rien qui fane plus vite !

— Rassurez-vous, ma chère : les mots ne se ‘fanent que quand on les imprime |!

Ils prirent place dans l’auto, qui les emmena.

Al

“Comme leur conversation continua d’être très spirituelle, il est inutile que je la rapporte ici. Ils s’atta- “blèrent sur la terrasse d’un hôtel, devant un jardin “que la nuit qui tombait emplissait d'ombre. A la faveur du soir, les propos peu à peu s’alourdirent ; poussé par Lilian et Robert, àl n’y eut enfin plus que

Vincent qu parlât.

— Je m'intéresserais davantage aux animaux, si je m'intéressais moins aux hommes, avait dit Robert. Et Vincent répondait :

— Peut-être que vous croyez les hommes trop différents d'eux. Il n’est pas de grande découverte en zootechnie qui n’ait eu son retentissement dans la connaissance de l’homme. Tout cela se touche et se tient ; et je crois que ce n’est Jamais impunément. qu’un romancier, qui se pique d'être psychologue, détourne les yeux du spectacle de la nature et reste ignorant de ses lois. Dans le Journal des Goncourt, que vous m’avez donné à lire, jesuistombé sur le récit d’une visite aux galeries d'histoire naturelle du Jardin des Plantes, où vos charmants auteurs déplorent le peu d'imagination de la Nature, ou du Bon Dieu. Par ce pauvre blasphème, se manifeste la sottise et l’incompréhension de leur petit esprit. Quelle diversité, tout au contraire ! Il semble que la nature ait essayé tour à tour toutes les façons d’être vivante, de se mouvoir, usé de toutes les permissions de la matière et de ses lois, Quelle leçon. dans l’abandon progressif de certaines entreprises.

r Fa

EN

; Quelle économie a permis la subsistance de certaines formes ! la contemplation de celles-ci m'explique * le délaissement des autres. Même la botanique peut * nous instruire. Quand j’examine un rameau, je , remarque qu’à l’aisselle de chacune de ses feuilles, nil abrite un bourgeon, capable, l’an suivant, de végéter à son tour. Quand j'observe que, de tant de 4 bourgeons, deux tout au plus se développent, con-

damnant à l’atrophie, par leur croissance même,

| paléontologiques, irraisonnables et inélégantés L

RS RES CE SA Ne En Do ML FE AT EE EE A ACTES à ME Rem RCE A RS Te CAL NCA UE left

taie)

tous les autres, je ne me retiens pas de penser qu Al:

«en va de même pour l’homme. Les bourgeons qui se :

Ro er naturellement sont toujours les bour- . geons terminaux — c’est-à-dire : ceux qui sont les plus éloignés du tronc familial. Seule la taille, ou |l'arcure, en refoulant la sève, , la force d'animer les germes voisins du tronc, ga fussent demeurés : dormants. Et c’est ainsi qu'on mène à fruit les 1 “espèces les plus rétives, qui, les eût-on laissées tracer à leur gré, n’eussent sans doute produit que des feuilles. Ah ! quelle bonne école qu’un verger, qu’un “jardin ! et quel bon pédagogue, souvent, on ferait “d'un horticulteur ! On apprend plus de chos:s, “souvent, pour peu que l’on sache observer, dans une “basse-cour, un chenil, un aquarium, une garenne ou “unc étable, que dans les livres, et même, croyez-moi,

que dans la société des hommes, où tout est plus ou

moins sophistiqué.

Puis Vincent parla de la étos Il exposa la Étode ordinaire des obtenteurs pour avoir les “lus beaux semis ; leur choix des spécimens les plus

D à nié Le

FAUX-MONNAYHURS, 43

robustes, et cette fantaisie expérimentale d’un horticulteur audacieux qui, par horreur de la routine, l’on dirait presque : par défi, s’avisa d’élire au contraire les individus les plus débiles, — et les floraisons incomparables qu’il obtint.

Robert, qui d’abord n’écoutait que d’une oreille, comme qui n'attend que de l'ennui, ne cherchait plus à interrompre. Son attention ravissait Lilian, comme un hommage à son amant.

— Tu devrais nous parler, lui dit-elle, de ce que tu me racontais l’autre jour des poissons et de leur accommodation aux degrés de salaison de la mer... C’est bien cela, n'est-ce pas ?

— À part certaines régions, reprit Vincent, ce degré de salaison est à peu près constant ; et la faune marine ne supporte d'ordinaire que des variations de densité très faibles. Mais les régions dont je parlais ne sont pourtant pas inhabitées ; ce sont celles sujettes à d’importantes évaporations, qui réduisent la quantité de l’eau par rapport à la proportion de sel, ou celles au contraire où un apport constant d’eau douce dilue le sel et, pour ainsi dire; dessale la mer — celles voisines des embouchures des grands fleuves, ou de tels énormes courants comme celui que l’on appelle le Gulf Stream. Dans ces régions, les animaux dits sténohalins languissent et en viennent à périr; et, comme ils sont alors incapables de se défendre contre les animaux ‘dits euryhalins, dont ils deviennent inévitablement la proie, les euryhalins vivent de préférence sur les confins des grands courants, où la densité des eaux

‘change, là où viennent agoniser les sténohalins. Vou avez compris, n'est-ce pas, que les sténo sont ceux qui ne supportent que toujours le même degré de salaison. Tandis que les eury.….

“ — Sont les dessalés, interrompit Robert, qui rapportait à lui toute idée et ne considérait dans une “théorie que ce dont il pourrait faire usage,

— La plupart d’entre eux sont féroces, ajouta Vincent gravement.

— Quand je te disais que ile valait tous les romans, s’écria Lilian enthousiasmée.

Vincent, comme transficuré, restait insensible au succès. Îl était extraordinairement grave et reprit sur un ton plus bas, comme s’il se parlait à lui-même :

> — La plus étonnante découverte de ces temps derniers — du moins celle qui m'a le plus instruit — c'est celle des appareils photogéniques des animaux des bas-fonds.

— Oh ! raconte-nous cela, dit Lilian, qui laissait éteindre sa cigarette et fondre la glace que l’on venait de leur servir.

* — La lumière du jour, vous le savez sans doute, Mme pénètre pas très avant dans la mer. Ses profondeurs sont ténébreuses.… abîmes immenses, que longtemps on a pu croire inhabités ; puis les dra- | gages qu’on a tentés ont ramené de ces enfers quanjtité d'animaux étranges. Ces animaux étaient aveugles, pensait-on. Qu'est-il besoin du sens de la Vue, dans le noir ? Évidemment, ils n’avaient point d'yeux ; ils ne pouvaient pas, ils ne devaient pas en

DE Wa Me 0 #7 c F5 SCT ALT PRGRS Qu RSR CNT EU PRE ROUEN RES sr T NT EE | ÿ + : (OX PEUR EL PPS TE ES CE ti LH

OP lez :

196 LES FAUX-MONNAYEURS b

avoir. Pourtant on les examine, et l’on constate, avec stupeur, que certains ont des yeux ; qu'ils en ont presque tous, sans compter, parfois même en sus, des antennes d’une sensibilité prodigieuse. On veut douter encore ; on s’émerveille : pourquoi des yeux, pour ne rien voir ? des yeux sensibles, mais sensibles à quoi ?.… Et voici qu’on découvre enfin que chacun de ces animaux, que d’abord on vouiait obscurs, émet et projette devant soi, à l’entour de soi, sa lumière. Chacun d’eux éclaire, illumine, irradie. Quand, la nuit, ramenés du fond de l’abîme, on les versait sur le pont du navire, la nuit était toute éblouie. Feux mouvants, vibrants, versicolores, phares tournants, scintillements d’astres, de pierreries, dont rien, nous disent ceux qui les ont vus, ne saurait égaler la splendeur.

Vincent se tut. Ils demeurèrent longtemps sans parler.

— Rentrons ; j'ai froid, dit soudain Lilian.

Lady Lilian s’assit à côté du chauffeur, abnitée quelque peu par le paravent de cristal. Dans le fond de la voiture ouverte, les deux hommes continuèrent | de causer entre eux. Durant presque tout le repas, | Robert avait gardé le silence, écoutant Vincent dis courir ; à présent, c'était son tour. { — Des poissons comme nous, mon vieux Vincent; agonisent dans les eaux calmes, dit-il d'abord, avec une bourrade sur l'épaule de son ami. Il se permet: ! tait, avec Vincent, quelques famibarités, mais n’eût

pas supporté la réciproque ; Vincent du reste n'y

Le

Cm US de PM ee h | Ne rh Has be CT

était pas enclin. — Savez-vous que je vous trouve -

étourdissant ! ! Quel conférencier vous feriez ! Parole, vous devriez lâcher la médecine. Je ne vous vois Vraiment pas prescrivant des laxatifs et faisant votre compagnie des malades. Une chaire de biologie comparée, ou Je ne sais quoi dans ce goût, voilà ce qu a vous faudrait.

— J’y ai déjà pensé, dit Vincent.

— Lilian devrait pouvoir vous obtenir cela, en intéressant à vos recherches son ami le prince de Monaco, qui est, je crois, de la partie... Il faudra que je lui en parie.

* — Elle m’en a déjà parlé. 7 : — Alors, pas moyen, décidément, de vous rendre

service ? fit-il en affectant d’être vexé ; moi qui pré-,

Hsément avais à vous en demander un, - — Ce sera votre tour d’être mon obligé. Vous me æoyez la mémoire bien courte.

-— Quoi! Vous pensez encore aux cinq mille Fancs ? Mais vous me les avez rendus, cher ! Vous ie me devez plus rien. qu’un peu d'amitié, peuttre. Il ajoutait ceci sur un ton presque tendre, une nain posée sur le bras de Vincent. — C’est à cellei que je viens faire appel.

- — J'écoute, dit alors Vincent.

Mais aussitôt, Passavant se récria, prétant à 'incent son impatience :

— Comme vous êtes pressé! D'ici Paris, nous:

vons le temps, je suppose.

MPassavant était particulièrement habile à faire doser par autrui ses humeurs propres, et tout ce

Vote

ANR AEALY :

Et

e- reset

qu’il préférait désavouer. Puis, semblant quitter son sujet, comme ces pêcheurs de truite qui, par crainte d’effaroucher leur proie, jettent l’appât très loin, puis insensiblement le ramènent :

— À propos, je vous remercie de m'avoir envoyé votre frère. Je craignais que vous n’eussiez oublié.

Vincent fit un geste. Robert reprit :

— L'avez-vous revu depuis ?.. Pas eu le temps, hein ?.. Alors, c’est curieux que vous ne m’ayez pas encore demandé des nouvelles de cet entretien. Au fond, cela vous est indifférent. Vous vous désin* téressez complètement de votre frère. Ce que pense Olivier, ce qu'il sent, ce qu'il est et ce qu'il voudrait être, vous ne vous en inquiétez jamais.

— Ce sont des reproches ?

— Parbleu oui. Je ne comprends pas, je n’admets pas votre apathie. Quand vous étiez malade, à Pau, passe encore ; vous deviez ne penser qu'à vous; l’égoïsme faisait partie du traitement. Mais, à présent. Quoi! vous avez près de vous cette jeune nature frémissante, cette intelligence en éveil, pleine de promesses, qui n’attend qu'un conseil, qu’un appui... s À

Il oubliait, à cet instant, que lui de même il avait un frère.

Vincent pourtant n’était point sot ; l are | de cette sortie, l’avertissait qu’elle n’était pas très sincère, que l’indignation ne venait là que pour amener autre chose. Il se taisait, attendant venir: Mais Robert s’arrêta net ; il venait de surprendre, à la lueur de la cigarette que fumait Vincent, un

PTS D RL LS fee

ue pee 409

étrange ph sur la lèvre de celui-ci, où il crut voir de l'ironie ; or, il craignait la moquerie par-dessus tout au monde. Était-ce bien là pourtant ce qui le fit changer de ton ? Je me demande si, plutôt, l'intuition brusque d’une sorte de connivence, entre Vincent et lui... Il reprit donc, jouant au parfait naturel, et sur l’aïr de « point n’est besoin de feindre avec vous » :

— Eh bien ! j’ai eu avec le jeune Olivier une con-

- versation des plus agréables. Il me plaît tout à fait,

ce garçon.

Passavant tâchait de cueillir le regard de Vincent

(la nuit n'était pas très obscure) ; mais celui-ci

regardait fixement devant lui.

— Et voici, mon cher Molinier, le petit service

que je voulais vous demander...

Mais, ici encore, 1l éprouva le besoin de mettre un temps et pour ainsi dire : de quitter un instant son rôle, à la manière d’un acteur bien assuré de tenir son public, désireux de se prouver et de lu

prouver qu'il le tien* Il se pencha donc en avant

vers Lilian, et à voix très haute, comme pour faire

» ressortir le caractère confidentiel de ce qu’il avait

dit et de ce qu'il allait dire :

— Chère amie, vous êtes bien sûre que vous ne

prenez pas froid ? Nous avons ici un plaid qui ne

fait rien.

Puis, sans attendre la réponse, rencogné dans le

. fond de l’auto, près de Vincent, à voix de nouveau … basse :

— Voici : je voudrais emmener cet été votre

ne de PE A

frère. Oui, je vous le dis tout simplement ; à quoi. bon des circonlocutions, entre nous? Je n’ai pas.

l'honneur d’être connu de vos parents, qui naturellement ne laisseront pas Olivier partir avec moi, si vous n’intervenez pas activement. Sans doute

trouverez-vous le moyen de les disposer en ma faveur. Vous les connaissez bien, je suppose, et. devez savoir comment les prendre. Vous voudrez.

bien faire cela pour moi ?

Il attendit un instant, puis, comme Vincent se taisait, reprit :

— Danton Vincent. Je quitte Paris bientôt...

poux je ne sais encore où. J’ai absolument besoin” d'emmener un secrétaire. Vous savez que je fonde.

une revue. J’en ai parlé à Olivier. II me paraît avoir

toutes les qualités requises. Mais je ne veux pas me

placer seulement à mon point de vue égoïste : je.

dis que toutes ses qualités à lui me paraissent trouver.

ici leur emploi. Je lui ai proposé la place de rédac-

teur en chef... Rédacteur en chef d’une revue, à

son âge [… Avouez que ça n’est pas ordinaire.

— C’est si peu ordinaire que je crains que ça. n’effraie un peu mes parents, dit Vincent, tournant enfin vers lui les yeux et le regardant fixement.

— Oui ; vous devez avoir raison. Il vaut peut-être

mieux ne pas leur parler de cela. Simplement, vousé

pourriez mettre en avant l'intérêt et le profit d’un.

voyage que je lui ferais faire, hein ? Vos DURE

doivent comprendre qu’à son âge, on a besoin de

… voir du pays. Enfin vous vous arrangerez avec eux, +

pas ?

Par:

PÉTER Re FR

* Ari

à Il reprit souffle, alluma une nouvelle cigarette,

‘puis continua sans changer de ton :

— Et puisque vous voulez bien être gentil, je

- vais tâcher de faire quelque chose pour vous. Je * crois pouvoir vous faire profiter de quelques avan- “tages qu’on m'offre dans une affaire tout à fait exceptionnelle. qu’un ami à moi, qui est dans la » haute banque, réserve pour quelques privilégiés. - Mais, je vous en prie, que ceci reste entre nous ; . pas un mot à Lilian. De toute manière, je ne dispose . que d’un nombre de parts très restreint ; je ne puis offrir de souscrire à elle et à vous à la fois. Vos * cinquante mille francs d'hier soir ?.… . — J'en ai déjà disposé, lança Vincent un peu . sèchement, car il se souvenait de l’avertissement de Lilian.

» — C'est bien, c’est bien. repartit aussitôt Robert, : comme s’il se piquait. Je n’insiste pas. — Puis, sur * l'air de « je ne saurais vous en vouloir » : — Si vous vous ravisiez peut-être, vite un mot. parce que, passé demain cinq heures, il sera trop tard.

. Vincent admirait le comte de Passavant beaucoup plus, depuis qu’il ne le prenait plus au sérieux.

| Lcd nr, af LE

Der

Sin ,

a “ … es

Ses QAR EE NUL UT OUT PSS UN EPSON TS AU TT NES ER IEEE TE TRS "# SAS EN PNR LE EEE ET RS NOIRS NES TU k A 4 ÉLRSROL TE AE

JourNaz p’ÉpouArD

«2 heures. — Perdu ma valise. C’est bien fait. De tout ce qu'elle contient, je ne tenais à rien qu’à mon journal. Mais j’y tenais trop. Au fond, fort amusé” par l'aventure. En attendant, j'aimerais ravoir mes papiers. Qui les lira ?.. Peut-être, depuis que je les ai perdus, m’exagèrai-je leur importance. Ce journal. s’arrêtait à mon départ pour l’Angleterre. Là-bas j'ai | . tout noté sur un autre carnet ; que je laisse, à présent

que je suis de retour en France. Le nouveau, sur qui j'écris ceci, ne quittera pas de sitôt ma poche. C’est le miroir qu'avec moi je promène. Rien de ce

qui m’advient ne prend pour moi d'existence réelle,» tant que je ne l’y vois pas reflété: Mais depuis mon retour, 1l me semble que je m’agite dans un rêve. Ë Que cette conversation avec Olivier fut pénible {+ Et je m'en promettais tant de joie Puisse-t-elle” l'avoir laissé aussi peu satisfait que moi-même ; aussi” peu satisfait de lui que de moi. Je n’ai su pas plus” parler moi-même, hélas ! que le faire parler. Ah! qu'il est difficile, le moindre mot, quand il entraîne

2° A Di L PS LU A2 x HÉROS USE ETES

ns Be. l'or

l’assentiment complet de tout l'être ! Le cœur, dis qu’il s’en mêle, engourdit et paralyse le cerveau.

«7 heures. —- Ma valise est retrouvée ; ou du moins celui qui me l’a prise. Qu'il soit l’ami le plus intime d'Olivier, voilà qui tisse entre nous un réseau, dont ilne tient qu’à moi de resserrer les mailles. Le danger, c’est que je prends à tout événement inattendu un amusement si vif qu'il me fait perdre de vue le but à atteindre.

« Revu Laura. Mon désir d’obliger s’exaspère dès qu'il s'y mêle quelque difficulté, dès qu'il duit s’insurger contre le convenu, le banal et le coutumier. Ras

« Visite au vieux La Pérouse. C’est Madame de La Pérouse qui est venue m'ouvrir. Il y avait plus de deux ans que je ne l’avais revue ; elle m’a pourtant aussitôt reconnu. (Je ne pense pas qu'ils reçoivent beaucoup de visites.) Du reste, très peu changée elle-même ; mais (est-ce parce que je suis prévenu contre elle), ses traits m'ont paru plus durs, son regard plus aigre, son sourire plus faux que jamais.

«— Je crains que Monsieur de La Pérouse ne soit pas en état de vous recevoir, m'a-t-elle dit aussitôt, manifestement désireuse de m'’accaparer ; puis, usant de sa surdité pour répondre sans que je l’aie questionnée : :isS

«— Mais non, mais non, vous ne me dérangez ‘pas du tout. Entrez seulement.

« Elle m'introduisit dans la pièce où La Pérouse a

2 L nt.

# AREA ONE EE PERTE “ x ,2 fn ST te OR fer É

< te

coutume de donner ses leçons, qui ouvre ses deux : fenêtres sur la cour. Et dès que je fus chambré :

« — Je suis particulièrement heureuse de pouvoir vous parler un instant seul à seule. L'état de Mon- | sieur de La Pérouse, pour qui je connais votre vieille et fidèle amitié, m'inquiète beaucoup. Vous qu'il écoute, ne pourriez-vous pas lui persuader qu'il se soigne ? Pour moi, tout ce que je lui répète, c’est comme si je chantais Malborough.

«Et elle entra là-dessus dans des récriminations infinies : Le vieux refuse de se soigner par seul besoin de la tourmenter. Il fait tout ce qu'il ne devrait pas faire, et ne fait rien de ce qu'il faudrait. co Il sort par tous les temps, sans jamais consentir à mettre un foulard. Il refuse de manger aux repas :

« Monsieur n’a pas faim », et elle ne sait quoi inventer pour stimuler son appétit ; mais la nuit, il se relève, et met sens dessus dessous la cuisine pour se fricoter on ne sait quoi.

« La vieille, à coup sûr, n’inventait rien ; je comprenais, à travers son récit, que l’interprétation de menus gestes innocents seule leur conférait une signification offensante, et quelle ombre mons-

__ trueuse la réalité projetait sur la paroi de cet étroit . cerveau. Mais le vieux de son côté ne mésinterprétait-il pas tous les soins, toutes les attentions de la vieille, qui se croyait martyre, et dont 1l se faisait an bourreau ? Je renonce à les juger, à les comprendre ; ou plutôt, comme :l advient toujours, mieux je les comprends et plus mon jugement sur eux se tempère. Il reste que voici deux êtres, attachés

l’un à l’autre pour la vie, et qui se font abominable-

- ment souffrir. J’ai souvent remarqué, chez des con-

Joints, quelle intolérable irritation entretient chez l’un la plus petite protubérance du caractère de l’autre, parce que la « vie commune » fait frotter

celle-ci toujours au même endroit. Et si le frottement est réciproque, la vie conjugale n’est plus qu'un enfer.

« Sous sa perruque : à bandeaux noirs qui durcit les traits de son visage blafard, avec ses longues mitaines noires d'où sortent des petits doigts comme des griffes, Madame de La Pérouse prenait un aspect de harpie.

« — Il me reproche de l’espionner, continua-t-elle,

Il a toujours eu besoin de beaucoup de sommeil ; mais la nuit, il fait semblant de se coucher, et, quand il me croit bien endormie, il se relève ; 11 farfouille

dans de vieux papiers, et parfois s’attarde jusqu’au

matin à relire en pleurant d'anciennes lettres de feu son frère. Il veut que je supporte tout cela sans rien dire !

« Puis elle se plaignit que le vieux voulût la faire

entrer dans une maison de retraite ; ce qui lui serait

d'autant plus pénible, ajoutait-elle, qu'il était parfaitement incapable de vivre seul et de se passer de ses soins. Ceci était dit sur un ton apitoyé qui respirait l’hypocrisie.

« Tandis aude poursuivait ses doléances, la porte du salon s’est doucement ouverte derrière elle et La Pérouse, sans qu’elle l’entendît, a fait son entrée.

Aux dernières phrases de son épouse, il m’a regardé

ne - CU D - . ÿ

Page 1