‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 32 sur 95 · Æ RE RESTE · texte numérisé non relu

Æ RE RESTE

« J'ai souvent éprouvé qu'en un instant aussi solennel, toute émotion humaine peut, en moi, faire place à une transe quasi mystique, une sorte

d'enthousiasme, par quoi mon être se sent magnifié ; ou plus exactement : libéré de ses attaches égoïstes,

comme dépossédé de lui-même et dépersonnalisé.

Celui qui n’a pas éprouvé celà, ne saurait certes me comprendre. Mais je sentais que La Pérouse le comprenait. Toute protestation de ma part eut été superflue, m'eût paru mal séante et je me contentai de serrer fortement la main qu’il abandonna dans la mienne. Ses yeux brillaient d’un étrange éclat.

Dans l’autre main, celle qui d’abord tenait l’enve-

loppe, il gardaït un autre papier :

«— J'ai inscrit ici son adresse. Car je sais où il est, maintenant. « Saas-Fée ». Connaissez-vous cela P

C'est en Suisse. J’ai cherché sur la carte, mais je

n’ai pu trouver.

« — Oui, dis-je. C’est un pelit village près du Cervin.

«— Est-ce que c’est très loin ?

«— Pas si loin que je n’y puisse aller, peut-être.

«— Quoi! vous feriez cela ?.… Oh! que vous êtes bon, dit-il. Pour moi, je suis trop vieux. Et puis je ne veux pas, à cause de la mère... Pourtant il me sem-

ble que je... Il hésita, cherchant le mot ; reprit :: — que je m'en irais plus facilement, si seulement.

j'avais pu le voir.

« — Mon pauvre ami... Tout te qu'il est humai-”

nement possible de faire pour vous l’amener, je le ferai. Vous verrez le petit Boris, je vous le promets.

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