‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 37 sur 95 · CRAN NY AD ES PAS SAP FRA · texte numérisé non relu

CRAN NY AD ES PAS SAP FRA

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JourNaz D’ÉDpouarp

« Je n’ai pas eu de mal à trouver le petit Boris. Le lendemain de notre arrivée, il s’est amené sur la terrasse de l'hôtel et a commencé de regarder les. montagnes à travers une longue-vue montée sur pivot, mise à la disposition des voyageurs. Je l’ai reconnu tout de suite. Une fillette un peu plus grande. que Boris l’a bientôt rejoint. J'étais installé tout auprès, dans le salon dont la porte-fenêtre restait. ouverte, et ne perdaïs pas un mot de leur conversation. J'avais grande envie de lui parler, mais j'ai cru plus prudent d'entrer d’abord en relations avec la mère de la petite fille, une doctoresse polonaise à qui Boris a été confié, et qui le surveille de très. près. La petite Bronja est exquise ; elle doit avoir quinze ans. Elle porte en nattes d’épais cheveux blonds qui descendent jusqu’à sa taille ; son regard et le son de sa voix semblent plutôt angéliques, qu'humains. Je transcris les propos de ces deux enfants : 4 : « — Bons, maman préfère que nous ne ui

à de.

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eh a ue « k : ie 2 # x Ë L je Ÿ Fe bu “ ‘ Li È SECONDE PARTIE 223

pas à la lorgnette. Tu ne veux pas venir te promener ? |

«— Oui, je veux bien. Non, je ne veux pas.

« Les deux phrases contradictoires étaient dites d’une seule haleine. Bronja ne retint que la seconde et reprit :

«— Pourquoi?

«— Il fait trop chaud, il fait trop froid .(n avait laissé la lorgnette.)

«— Voyons, Boris, sois gentil. Tu sais que cela ferait plaisir à maman que nous sortions ensemble. Où as-tu mis ton chapeau ?

«— Vibroskomenopatof. Blaf blaf.

« — Qu'est-ce que ça veut dire ?

«— Rien. |

«— Alors pourquoi le dis-tu ?

«— Pour que tu ne comprennes pas.

«— Si ça ne veut rien dire, ça m'est égal de ne pas comprendre.

« — Maïs si ça voulait dire quelque chose, tu ne comprendrais tout de même pas.

«— Quand on parle, c’est pour se faire comprendre.

* «— Veux-tu, nous allons jouer à faire des mots pour nous deux seulement les comprendre.

«— Tâche d’abord de bien parler français.

1! «— Ma maman, elle, parle le français, l’anglais, le romain, le russe, le turc, le polonais, l’italoscope, l'espagnol, le perruquois et le xixitou.

« Tout ceci dit très vite, dans une sorte de fureur

lyrique

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224 LES FAUX-MONNAYEURS « Bronja se mit à rire.

«— Boris, pourquoi est-ce que tu racontes tout le temps des choses qui ne sont pas vraies ?

«— Pourquoi est-ce que tu ne crois jamais ce que je te raconte ?

«— Je crois ce que tu me dis, quand c’est vrai. 1e «— Comment sais-tu quand c’est vrai ? Moi je t’ai bien crue l’autre jour, quand tu m'as parlé des anges. Dis, Bronja : : tu crois que si Je priais très fort, moi aussi je les verrais ? | «— Tu les verras peut-être, si tu perds l'habitude de mentir et si Dieu veut bien te les montrer ; mais Fe Dieu ne te les montrera pas si tu le pries seulement pour les voir. Il y a beaucoup de choses très belles que nous verrions si nous étions moins méchants.

« — Bronja, toi, tu n’es pas méchante, c’est pou ça que tu peux voir les anges. Moi j je serai toujours - - un méchant.

: «— Pourquoi est-ce que tu ne cherches pasàn plus l'être ? Veux-tu que nous allions tous les deu jusqu’à (ici l'indication d’un lieu que je ne connais- : sais pas) et là tous les deux nous prierons Dieu et la Sainte Vierge de t'aider à ne plus être méchant. «— Oui. Non ; écoute : on va prendre un bâton ; ne. tu tiendras un bout et moi l’autre. Je vais fermer le mn. yeux et je te promets de ne les rouvrir que quan : nous serons arrivés là-bas. RAT” « Ils s’éloignèrent un peu ; et, tandis qu’ils descendaient les marches de la terrasse, j” “enteRcs encor D: Boris: |

SECONDE PARTIE ; 5 Er — Oui, non, pas ce bout-là. Attends que je Le nie.

ne — Pourquoi ?

; — J'y ai touché.

-« Mme Sophroniska s’est approchée de moi, comme je chevais seul mon déjeuner du matin et que récisément je cherchais le moyen de l’aborder. Je us surpris de voir te elle tenait mon dernier livre bla main ; elle m'a demandé, en souriant de la rio la plus affable, si c'était bien à l’auteur ju'elle avait le plaisir de parler : puis aussitôt s’est r cée dans une longue appréciation de mon livre. jugement, louanges et critiques, m'a paru plus T itelligent que ceux que j'ai coutume d'entendre, core que son point de vue ne soit rien moins que ltéraire. Elle m'a dit s'intéresser presque exclusiment aux questions de psychologie'et à ce qui peut lairer d’un jour nouveau l’âme humaine. Mais mbien rares, a-t-elle ajouté, les poètes, dramabies où romanciers qui savent ne point se contenœ d’ une psychologie toute faite (la seule, lui ai-je t it, qui puisse contenter les lecteurs).

« Le petit Boris lui a été confié pour les vacances F sa mère. Je me suis gardé de laisser paraître raisons que j'avais de m'intéresser à lui. — Il est s délicat, m’a dit Mme Sophroniska. La société Sa mère ne lui vaut rien. Elle parlait de venir à as-Fée avec nous ; mais je n’ai accepté de m’ocer de l'enfant que si elle l’'abandonnaïit complèteht à mes soins : ; Sinon je n'aurais pu répondre de

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ma cure. — Songez, monsieur, a-t-elle continué qu’elle entretient ce petit dans un état d’exaltatior continuelle, qui favorise chez lui l'éclosion de: pires troubles nerveux. Depuis la mort du père, cett. femme doit gagner sa vie. Elle n’était que pianist( et je dois dire : une exécutante incomparable ; mai: son jeu trop subtil ne pouvait plaire au gros public Elle s’est décidée à chanter dans les concerts, dan les casinos, à monter sur les planches. Elle emme nait Boris dans sa loge ; je crois que l’atmosphèr! factice du théâtre a beaucoup contribué à déséqui librer cet enfant. Sa mère l’aime beaucoup ; mais à vrai dire, 1l serait souhaitable qu’il ne vécût plu avec elle.

« — Qu'a-t-il au juste ? ai-je demandé.

« Elle se mit à rire:

«— C’est le nom de sa maladie que vous voule savoir ? Ah! vous serez bien avancé quand je vou aurai dit un beau nom savant.

« — Dites-moi simplement ce dont 1l soufre.

« — Il souffre d’une quantité de petits trouble: de tics, de manies, qui font dire : c’est un enfan nerveux, et que l’on soigne d'ordinaire par le repo au grand air et par l'hygiène. Il est certain qu'u organisme robuste ne laisserait pas à ces troubles] licence de se produire. Mais si la débihité les favoris elle ne les cause pas précisément. Je erois qu'on pe toujours trouver leur origine dans un premier ébran lement de l'être dû à quelque événement qu’ importe de découvrir. Le malade, dès qu'il devien conscient de cette cause,est à moitié guéri. Mais cett

à Ste

SECONDE PARTIE 227 pause le plus souvent échappe à son souvenir ; on dirait qu’elle se dissimule dans l’ombre de la maladie ; c'est derrière cet abri que je la cherche, pour la ramener en plein jour, je veux dire dans le champ de la vision. Je crois qu'un regard clair nettoie la Conscience comme un rayon de lumière purifie une éau infectée.

“ « Je racontai à Sophroniska la conversation que j'avais surprise la veille et d’après laquelle il me pronsi que Boris était loin d’être guéri.

à « — C'est aussi que je suis loin de connaître du assé de Boris tout ce que j'aurais besoin de conaître. Il n'y a pas longtemps que j'ai commencé mon traitement.

be — En quoi consiste-t-il dé

uestionne, mais très peu. L'important est de gagner sa confiance. Déjà je sais beaucoup de choses. J’en

si je voulais brusquer sa confidence j'irais à l’enontre de ce que je souhaite obtenir : un complet ibandon. Il se rebifferait. Tant que je ne serai pas trvenu à triompher de sa réserve, de sa pudeur. Lu L'inquisition dont elle me parlait me parut à ce Joint attentatoire que j'eus peine à retenir un mouéement de protestation; mais ma curiosité l’em.

« — Serait-ce à dire que vous attendez de ce petit

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quelques révélations impudiques ?

« Ce fut à elle de protester.

« — Impudiques ? Il n’y a pas là plus d'impudeur qu’à se laisser ausculter. J'ai besoin de tout savoi et particulièrement ce que l’on a plus grand souci de cacher. Il faut que j'amène Boris jusqu’à l’aver complet ; avant cela je ne pourrai pas le guérir. |

«— Vous soupçonnez donc qu'il a des aveux à vou: faire ? Etes-vous bien certaine, excusez-moi, de nc pas lui suggérer ce que vous voudriez qu'il avoue :

« — Cette préoccupation ne doit pas me quitter e: c’est elle qui m’enseigne tant de lenteur. J’ai vu de: juges d'instruction maladroits soufiler sans vouloir à un enfant un témoignage inventé de toute: pièces et l’enfant, sous la pression d’un interroga toire, mentir avec une parfaite bonne foi, donne créance à des méfaits imaginaires. Mon rôle est d! laisser venir et surtout de ne rien suggérer. Il y fau une patience extraordinaire.

«— Je pense que la méthode, ici, vaut ce qu vaut Hop |

« — Je n’osais le dire. Je vous assure qu’aprèl quelque temps de pratique on arrive à une extraordi naire habileté, une sorte de divination, d'intuitior si vous préférez. Du reste on peut parfois se lance sur de fausses pistes ; l'important c’est de ne pass” obstiner. Tenez : savez-vous comment débuten tous nos entretiens ? Boris commence par m raconter ce qu’il a rêvé pendant la nuit.

«— Qui vous dit qu'il n'invente pas?

«— Et quand il inventerait ?.. Toute inventio d’une ‘imagination maladive est révélatrice.

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4 « Elle se tut quelques instants, puis :

» «— Invention, imagination maladive.… Non ; “ce n'est pas cela. Les mots nous trahissent. Boris,

“tout, elles répondent à une mystérieuse exigence ‘intérieure, celle même qu’il m'importe de découvrir : “et ces divagations d’un enfant m'instruisent bien

plus que ne saurait faire la plus intelligente analyse ‘du plus conscient des sujets. Bien des choses échap- \pent à la raison, et celui qui, pour comprendre la vie, y applique seulement la raison, est semblable à quelqu'un qui prétendrait saisir une flamme avec

leter mon livre.

« — Comme vous entrez donc peu avant dans

tpécialement ; quand je dis : vous, j'entends : les les poè

me regarde pas. Savez-vous ce qui me désoriente vs 2

- « Elle s'arrêta de nouveau et commença de feuil-

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