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— Voyons |! Voyons, mon ami ; nous savons vous
et moi ce que devrait être la Justice, et ce qu’elle Nous faisons pour le mieux, c’est entendu ;
ei si bien que nous fassions, nous ne parvenons à rien que d'approximatif, Le cas qui vous occupe aujourd'hui est particulièrement délicat : sur quinze inculpés, ou qui, sur un mot de vous pourront l’être demain, il y a neuf mineurs. Et certains de ces enfants, vous le savez, sont fils de très honorables familles, C’est pourquoi je considère en l’occurence le moindre mandat d’arrêt comme une insigne maladresse. Les journaux de parti vont s'emparer de l'affaire, et vous ouvrez la porte à tous les chantages,
à toutes les diffamations. Vous aurez beau faire : malgré toute votre prudence vous n’empêcherez pas que des noms propres soient prononcés. Je n'ai pas qualité pour vous donner un conseil, et vous savez combien plus volontiers j'en recevrais de vous dont j'ai toujours reconnu et apprécié la hauteur de vue, la lucidité, la droiture.. Mais, à votre place, voici comment j’agirais : je chercherais le moyen de mettre fin à cet abominable scandale en m'emparant des quatre ou cinq instigateurs.. Oui, je sais qu'ils sont de prise difficile; mais que “diable, c’est notre métier. Je ferais fermer l’appartebe le théâtre de ces orgies, et je m’arrangerais de manière à prévenir les parents de ces jeunes
| effrontés, doucement, secrètement, et simplement de » manière à empêcher les récidives. Ah ! par exemple, PSS coffrer les femmes ; ça, je vous l’accorde volon- * tiers ; il me paraît que nous avons à faire ici à quel-
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À ques créatures d’une insondablé perversité et dont 2 il importe de nettoyer la société. Mais, encore une fois, ne vous saisissez pas des enfants ; contentez-
vous de les effrayer, puis couvrez tout cela de l’éti. quette « ayant agi sans discernement » et qu'ils
restent longtemps étonnés d’en être quittes pour la
peur. Songez que trois d’entre eux n'ont pas quatorze
ans et que les parents sûrement les considèrent
comme des anges de pureté et d’innocence. Mais, au
fait, cher ami, voyons, entre nous, est-ce que nous
songions déjà aux femmes à cet âge ?
: Il s'était arrêté, plus essoufflé par son éloquence
Fe que par la marche, et forçait Profitendieu, qu'il
tenait par la manche, de s’airêter aussi.
— Ou si nous y pensions, reprenait-il, c’était, | idéalement, mystiquement, relisieusement si je L: puis dire. Ces enfants d’aujourd’hui, voyez-vous, ces enfants n’ont plus d’idéal... À propos, comment vont les vôtres ? Bien entendu je ne disais pas tout cela pour eux. Je sais qu'avec eux, sous votre surveillance, et grâce à l’éducation que vous leur avez donnée, de tels égarements ne sont pas à craindre. En effet Profitendieu n’avait eu jusqu’à présent qu’à se louer de ses fils; mais il ne se faisait pas d'illusion : la meilleure éducation du monde ne prévalait pas contre les mauvais instincts; Dieu ; merci, ses enfants n'avaient pas de mauvaisinstincts, és non plus que les enfants de Molinier sans doute ; $ ‘aussi se garaient-ils d'eux-mêmes des mauvaises È fréquentations et des mauvaises lectures. Car que ; sert d'interdire ce qu'on ne peut pas empêcher®
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