‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 5 sur 95 · VIN · texte numérisé non relu

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- Les livres qu'on lui défend de lire, Penfant les lit ‘en cachette. Lui, son système est bien simple : les

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. mauvais livres, il n’en défendait pas la lecture ; mais il s’arrangeait de façon que ses enfants n'aient aucune envie dé les lire. Quant à l'affaire en question, il y réfléchirait encore et promettait en tous cas de ne rien faire sans en aviser Molinier. Simple-

lance et, puisque le mal durait déjà depuis trois mois, eu pouvait bien continuer quelques jours ou quelques

… semaines encore. Au surplus, les vacances se charge-

raient de disperser les délinquants. Au revoir.

Profitendieu put enfin presser le pas.

. Sitôt rentré, il courut à son cabinet de toilette et ouvrit les robinets de la baignoire. Antoine guettait Le retour de son maître et fit en sorte de le croiser dans le corridor.

Ce fidèle serviteur était dans la maison depuis | quinze ans ; 1l avait vu grandir les enfants. Il avait pu voir bien des choses ; il en soupçonnait beaucoup d’autres, mais-faisait mine de ne remarquer rien

de ce qu’on prétendait lui cacher. Bernard ne laissait

pas d’avoir de l'affection pour Antoine ; 1l n'avait pas voulu partir sans lui dire adieu. Et peut-être

par irritation contre sa famille se plaisait-il à mettre un simple domestique dans la confidence de ce

. départ que ses proches HPRDTSOrE; mais 1} faut

| dire à la décharge de Bernard qu'aucun des siens

n’était alors à la maison. De plus Bernard n’aurait pu leur dire adieu sans qu’ils cherchassent à le

ponton I redoutait les explications. À Antoine il

; ; à LE Rs # & ment on continuerait à exercer une discrète surveili-

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pouvait dire simplement : « Je m’en vais. » Mais ce faisant il lui tendit la main d’une façon si solennelle que le vieux serviteur s’étonna.

— Monsieur Bernard ne rentre pas dîner ?

— Ni pour coucher, Antoine. Et comme l’autre restait indécis ne sachant trop ce qu'il devait comprendre, ni s’il devait interroger davantage, Bernard répéta plus intentionnellement « je m'en vais », puis il ajouta : — J'ai laissé une lettre sur le bureau de... [lne put se résoudre à dire: de papa; il se reprit : sur la table du bureau. Adieu.

En serrant la main d'Antoine, il était ému comme s’il prenait congé du même coup de son passé ; il répéta bien vite adieu, puis partit, avant de laisser éclater le gros sanglot qui montait à sa gorge.

Antoine doutait si ce n’était point une grave responsabilité que de le laisser partir ainsi — mais comment eût-1l pu le retenir ?

Que ce départ de Bernard fût pour toute la famille un événement inattendu, monstrueux, Antoine le sentait de reste, mais son rôle de parfait serviteur était de ne paraître pas s’en étonner. Il n’avait pas à savoir ce que Monsieur Profitendieu ne savait pas. Sans doute aurait-il pu lui dire simplement : « Monsieur sait-il que Monsieur Bernard est parti ? »; ais il perdait ainsi tout avantage et cela n'était - pas plaisant du tout. S'il attendait son maître avec tant d’impatience, c'était pour lui glisser, sur un ton neutre, déférent, et comme un simple avis que l’eût chargé de transmettre Bernard, cette phrase qu'il avait longuement préparée :

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