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que la surface, que la fleur. Puis j'aurais posé en regard un portrait du savant, du chercheur, de celui qui creuse, et montré enfin que, pendant que le savant cherche, l'artiste trouve; que celui qui creuse s'enfonce, et que qui s'enfonce s’aveugle ; que la vérité, c’est l'apparence, que le mystère c’est la forme, et que ce que l’homme a de plus profond, c'est sa peau.
Cette dernière phrase, Olivier la tenait de Passavant, qui lui-même l'avait cueillie sur les lèvres de Paul-Ambroise, un jour que celui-ci discourait dans un salon. Tout ce qui n’était pas imprimé, était pour Passavant de bonne prise ; ce qu'il appelait « les idées dans l’air », c’est-à-dire : celles d'autrui. |
Un je ne sais quoi dans le ton d’Ohvier, avertit Bernard que cette phrase n’était pas de lui. La voix d'Olivier s’y trouvait gênée, Bernard fut sur le point de demander : « C’est de qui ? »; mais outre qu'il ne voulait pas désobliger son ami, il redoutait d’avoir à entendre le nom de Passavant, que l’autre jusqu’à présent n'avait eu garde de prononcer. Bernard se contenta de regarder son ami avec une curieuse insistance ; et Olivier, pour la seconde fois, rougit. |
La surprise qu'avait Bernard d’entendre le sentimental Olivier exprimer des idées parfaitement différentes de celles qu'il lui connaissait, fit place presque aussitôt à une imdignation violente ; quelque chose de subit et de surprenant, d'irrésistible comme un cyclone. Et ce n’était pas précisément contre ces idées qu’il s’indignait, encore qu’elles lu
parussent absurdes. Et même elles n’étaient peutiêtre pas, après tout, si absurdes que cela. Sur son
cahier des opinions contradictoires, 1l les pourrait coucher en regard des siennes propres. Eussent-elles été authentiquement les idées d'Olivier, il ne se serait indigné ni contre lui, ni contre elles ; mais il sentait quelqu'un de caché derrière ; c’est contre Passavant qu'il s’indignait.
— Avec de pareilles idées, on empoisonne la France, s’écria-t-1l d’une voix sourde, mais véhé- -mente. Il le prenait de très haut, désireux de survoler Passavant. Et ce qu’il dit le surprit lui-même, comme si sa phrase avait précédé sa pensée ; et pourtant c'était cette pensée même qu'il avait développé ce matin dans son devoir ; mais, par une sorte . de pudeur, il lui répugnait, dans son langage, et | particulièrement en causant avec Olivier, de faire . montre de ce qu’il appelait «les grands sentiments ». Aussitôt exprimés, ceux-c1 lui paraissaient moins sincères. Olivier n'avait donc jamais entendu son ami parler des intérêts de « la France » ; ce fut son tour d’être surpris. [Il ouvrait de grands yeux et ne songeait même plus à sourire. Il ne reconnaissait plus son Bernard. Il répéta stupidement :
— La France ?... Puis, dégageant sa responsa- “bilité, car Bernard décidément ne plaisantait pas : — Mais, mon vieux, ce n’est pas moi qui pense ainsi ; c’est La Fontaine. |
Bernard devint presque agressif :
> — Parbleu ! s’écria-t-il, je sais parbleu bien que ce n ‘est pas toi qui penses ainsi. Mais, mon vieux, ce