CET CET
ti. 0 AIME EN CE CP MANS DE DES RS PEL PAT ES ü 7 vr 1 uRÉ NSP RERO E SN TE © 4 RUE UE DOTE Re le UE DUC (METRE % ‘ DT LEA ;
— Avant de s’en aller, Monsieur Bernard a laissé
- une lettre pour Monsieur dans le bureau. Phrase si
simple qu'elle risquait de demeurer inaperçue ; il
avait vainement cherché quelque chose de plus gros, sans rien trouver qui fût à la fois naturel. Mais
comme il n’arrivait jamais à Bernard de s’absenter, Monsieur Profitendieu, qu'Antoine observait du coin de l’œil, ne put réprimer un sursaut :
— Comment ! avant de.
Il se ressaisit aussitôt ; 1l n’avait pas à laisser paraître son étonnement devant un subalterne ; le sentiment de sa supériorité ne le quittait point. Il
acheva d’un ton très calme, magistral vraiment :
— C’est bien.
Et tout en gagnant son cabinet :
— Où dis-tu qu’elle est, cette lettre ?
— Sur le bureau de Monsieur.
Profitendieu, sitôt entré dans la pièce, vit en effet
une enveloppe posée d’une manière bien apparente
en face du fautéuil où 1l avait coutume de s’asseoir pour écrire ; mais Antoine ne lâchait pas prise si vite, et Monsieur Profitendieu n’avait pas lu deux
- lignes de la lettre, qu’il entendait frapper à la porte. : 4 — J’oubliais de dire à Monsieur qu'il y a deux . personnes qui attendent dans le petit salon.
— Quelles personnes ?
— Je ne sais pas.
— Elles sont ensemble ?
— ]lne paraît pas.
— Qu'est-ce qu’elles me veulent ?
- — Je ne sais pas. Elles voudraient voir Monsieur.
A 2 e # En.
Profitendieu sentit que la patience lui échappait. — J'ai déjà dit et répété que je ne voulais pas qu'on vienne me déranger ici — surtout à cette heure ; J'ai mes jours et mes heures de réception au Palais. Pourquoi les as-tu introduites ?
— Elles ont dit toutes deux qu’elles avaient quelque chose de pressé à dire à Monsieur.
— Elles sont ici depuis longtemps ?
— Depuis bientôt une heure.
Profitendieu fit quelques pas dans la pièce et passa une main sur son front ; de l’autre il tenait la lettre
“de Bernard. Antoine restait devant la porte, digne,
impassible. En fin il eut la joie de voir le juge perdre son calme et de l’entendre, pour la première fois de sa vie frappant du pied, gronder :
— Qu'on me fiche la paix! Qu'on me fiche la paix !! Dis-leur que je suis occupé. Qu’elles reviennent un autre jour.
Antoine n’était pas plus tôt sorti que Profitendieu courut à la porte :
— Antoine ! Antoine... Et puis, va fermer les robinets de la baignoire,
Il était bien question d’un bain | Ils ’approcha de la fenêtre et lut :
« Monsieur,
« J'ai compris, à la suite de certaine découverte que j'ai faite par hasard cet après-midi, que je dois cesser de vous considérer comme mon père, ét c’est pour moi un immense SouR een En me sentant si peu d'amour pour vous,\ j ’ai longtemps cru is
a À RL \
Fe TEEN: LV th a CN CARRE pris Er St £ F DORE RARE ER US GE SL ET x
- j'étais un fils dénaturé ; je préfère savoir que je ne “suis pas votre fils du tout. Peut-être estimez-vous “que je vous dois de la reconnaissance pour avoir été “traité par vous comme un de vos enfants ; mais d’abord j'ai toujours senti entre eux et moi votre - différence d’égards, et puis tout ce que vous en avez » fait, je vous connais assez pour savoir que c'était par horreur du scandale, pour cacher une situation * qui ne vous faisait pas beaucoup d'honneur — et “enfin parce que vous ne pouviez faire autrement. Je - préfère partir sans revoir ma mère, parce que je - craindrais, en lui faisant mes adieux définitifs, de > m'atiendrir et aussi parce que devant moi, elle | pourrait se sentir dans une fausse situation — ce qui | me serait désagréable. Je doute que son affection. » pour moi soit bien vive ; comme j'étais le plus souvent en pension, elle n’a guère eu le temps de me connaître, et comme ma vue lui rappelait sans cesse - quelque chose de sa vie qu’elle aurait voulu effacer, - je pense qu’elle me verra partir avec soulagement et » plaisir. Dites-lui, si vous en avez le courage, que je . ne lui en veux pas de m'avoir fait bâtard ; qu'au contraire, je préfère ça à savoir que je suis né de » vous. (Excusez-moi de parler ainsi ; mon intention » n'est pas de vous écrire des insultes ; mais ce que » jen dis va vous permettre de me mépriser, et cela vous soulagera.)
r «Si vous désirez que je garde le silence sur les | -secrètes raisons qui m'ont fait € sure votre foyer, - je vous prie de ne point chercher à m'y faire revenir. La décision que je prends de vous quitter est irré-
Le
vocable. Je ne sais ce qu’a pu vous coûter mon entretien jusqu’à ce jour ; je pouvais accepter de vivre à vos dépens tant que j'étais dans l'ignorance, mais il va sans dire que je préfère ne rien recevoir de vous à l’avenir. L'idée de vous devoir quoi que ce soit m'est intolérable, et je crois que, si c'était à recommencer, je préfèrerais mourir de faim plutôt que de m'’asseoir à votre table. Heureusement il me semble me souvenir d’avoir entendu dire que ma mère, quand elle vous a épousé, était plus riche que vous.
Je syis donc libre de penser que je n’ai vécu qu’à sa
charge. Je la remercie, la tiens quitte de tout le reste, et lui demande de m'oublier. Vous trouverez bien un moyen d’expliquer mon départ auprès de ceux qui pourraient s’en étonner. Je vous permets de me charger {mais je sais bien que vous n’attendrez pas ma permission pour le faire).
« Je signe du ridicule nom qui est le vôtre, que je voudrais pouvoir vous rendre, et qu’il me ne de déshonorer.
« BERNARD PROFITENDIEU.
«P.-Sc. Je laisse chez vous toutes mes affaires qui pourront servir à Caloub plus légitimement, je l'espère pour vous. »
Monsieur Profitendieu gagna, en chancelant, un fauteuil. Il eût voulu réfléchir, mais les idées tourbillonnaient confusément dans sa tête. De plus, il réssentait un peit pincement au côté droit, là. “sous les côtes ; il n’y couperait pas :‘c’était la crise
S UE EM ET dx kb Ma TES SE " W RAS CC à | UR. SRE [12 L de A ot PANNE NL EE 4 V1 a : ‘5 Y 3 | EU
de foie. Y avait-il seulement de l’eau de Vichy à la maison ? Si au moins son épouse était rentrée |! Comment allait-1l l’avertir de la fuite de Bernard ? Devrait-il lui montrer la lettre ? Elle est injuste, cette lettre, abominablement injuste. Il devrait s’en indigner surtout. Il voudrait prendre pour de l’indignation sa tristesse. Il respire fortement et à chaque expiration, exhale un « ah! mon Dieu! » rapide et faible comme un soupir. Sa douleur au côté se confond avec sa tristesse, la prouve et la localise. Il lui semble qu’il a du chagrin au foie. Il se jette dans un fauteuil et relit la lettre de Bernard. Il hausse tristement les épaules. Certes elle est cruelle pour lui, cette lettre ; mais 1l y sent du dépit, du défi, de la jactance. Jamais aucun de ses | autres enfants, de ses vrais enfants, n'aurait été capable d'écrire ainsi, non plus qu’il n’en aurait été capable lui-même ; il le sait bien, car il n’est rien en » eux qu'il n’ait connu de reste en lui-même. Certes il : … a toujours cru qu'il devait blâmer ce qu'il sentait en Bernard de neuf, de rude, et d’indompté ; mais » jl a beau le croire encore, il sent bien que c’est précisément à cause de cela qu’il l’aimait comme il n'avait jamais aimé les autres.
> Depuis quelques instants on entendait dans - la pièce d'à côté Cécile qui, rentrée du concert, » s'était mise au piano et répétait avec obstination | la même phrase d’une barcarole. A la fin Albéric * Profitendieu n’y tint plus. Il entr’ouvrit la porte | du salon et d’une voix plaintive, quasi suppliante, - car la colique hépatique commençait à le faire
cruellement souffrir (au surplus il a toujours été quelque peu timide avec elle) :
— Ma petite Cécile, voudrais-tu t’assurer qu'il y a de l’eau de Vichy à la maison ; et s’il n’y en a
pas, en envoyer chercher. Et puis tu serais gentille
d'arrêter un peu ton piano.
:— Tues souffrant ?
— Mais non, mais non. Simplement j'ai besoin: de réfléchir un peu jusqu’au dîner et ta musique me dérange.
Et, par gentillesse, car la souffrance le rend doux,
1l ajoute :
— C’est bien joli ce que tu jouais là. Qu'est-ce que c’est ?
Mais 1] sort sans avoir entendu la réponse. Du reste sa fille qui sait qu’il n’entend rien à la musique et. confond Viens Poupoule avec la marche de Tannhaüser (du moins c’est elle qui le dit), n’a pas l’intention de lui répondre. Mais voici qu’il rouvre la porte :
— Ta mère n’est pas rentrée ?
— Non, pas encore.
C’est absurde. Elle allait rentrer si tard qu'il. n'aurait pas le temps de lui parler avant le dîner. Qu'est-ce qu'il pourrait inventer pour expliquer
“provisoirement l’absence de Bernard ? H ne pouvait
es
pourtant pas raconter la vérité, livrer aux enfants: le secret de l’égarement passager de leur mère. Ah! tout était si bien pardonné, oublié, réparé. La naissance d’un dernier fils avait scellé leur réconciliation. Et soudain ce spectre vengeur qui ressort du.
passé, ce cadavre que le flot ramène...
L Li L'd'RR -0 7 ba »
Fr HE VA &i: :