‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 82 sur 95 · DE EE DIN FOR LS A · texte numérisé non relu

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# ; s'entend bien avec lui. Mais, vous savez, :l ne me

parle pas beaucoup. Il est très renfermé... Je crains que cet enfant n’ait le cœur un peu sec. É

« Il disait cela si tristement que je pris sur moi de protester et de me porter garant des sentiments de

son petit-fils.

« — Dans ce cas, il pourrait témoigner un peu davantage, reprit La Pérouse. Ainsi, tenez : le matin, quand 1l s’en va au lycée avec les autres, je me penche à ma fenêtre pour le regarder passer. Il le sait. Eh bien ! il ne se retourne pas!

« Je voulus le persuader que sans doute Boris craignait de se donner en spectacle à à ses camarades et redoutait leurs moqueries ; mais, à ce moment, des clameurs montèrent de la cour. |

« La Pérouse me saisit le bras et, d’une voix altérée :

«— Écoutez ! Écoutez ! Les voici qui rentrent.

« Je le regardai. Il s'était mis à trembler de tout son Corps.

«— Ces galopins vous feraient-ils peur ? demandai-je.

«— Mais non, mais non, dit-il confusément ; comment supposez-vous..… Puis, très vite : — Il faut que je descende. La récréation ne dure que DhetInes minutes, et vous savez que je surveille

‘étude. Adieu. Adieu. À

« Il s’élança dangie couloir sans même me serrer la main. Un instant après je l’entendis qui trébuchait dans l’escalier. Je demeurai quelaues instants

aux écoutes, ne voulant point passer devant les

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élèves. On les entendait crier, rire et chanter. Puis un coup de cloche, et soudain le silence se rétablit.

« J’allai voir Azaïs et obtins un mot de lui qui autorisât Georges à quitter l’étude pour venir me parler. Il me rejoignit bientôt dans cette même petite salle où La Pérouse m'avait recu d’abord.

Sitôt en ma présence, Georges crut devoir prendre un air goguenard. C'était sa façon de dissimuler sa gêne. Mais je ne jurerais pas qu'il fût le plus gêné de nous deux. Il se tenait sur la défensive ; car sans doute s’attendait-il à être morigéné. Il me sembla qu’il cherchait à rassembler au plus tôt les armes qu’il pouvait avoir contre moi, car, avant même que je n’eusse ouvert la bouche, il me demandait des nouvelles d'Olivier sur un ton si gouailleur que je l’aurais volontiers piflé. Il avait barre sur moi. « Et puis, vous savez, je n’ai pas peur de vous. »

semblaient dire ses regards ironiques, le pli mo-

queur de ses lèvres et le ton de sa voix. Je perdis aussitôt toute assurance et n’eus souci que de ne le laisser point paraître. Le discours que j'avais préparé ne me parut soudain plus de mise. Je n'avais pas le prestige qu'il faut pour jouer au censeur. Au fond, Georges m’amusait beaucoup trop.

«— Je ne viens pas te gronder, lui dis-je enfin ; je voudrais seulement t'avertir. (Et, malgré moi, mon visage entier souriait.) Es

«— Dites d’abord si c’est maman qui vous envoie?

«— Oui et non. J'ai parlé de toi avec ta mère ; mais il y a quelques iours de cela. Hier j'ai eu. à ton

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sujet, une convérsation très importante avec quelqu'un de très important, que tu ne connais pas ; qui était venu me trouver pour me parler de toi. Un juge d'instruction. C’est de sa part que je viens. Sais-tu ce que c’est qu'un juge d'instruction?

« Georges avait pâli brusquement, et sans doute son cœur avait un instant cessé de battre. Il haussa los épaules, il est vrai, mais sa voix tremblait un peu:

«— Alors, sortez ce qu’il vous a dit, le père Profitendieu.

« L’aplomb de ce petit me démontait. Sans doute il eût été bien simple d’aller droit au fait ; mais précisément mon esprit répugne au plus simple et prend

ixrésistiblement le biais. Pour expliquer une con-

duite, qui sitôt ensuite me parut absurde, mais qui fut spontanée, je puis dire que mon dernier entretien avec Pauline m'avait extraordinairement travaillé. Les réflexions qui en étaient résultées, je les avais aussitôt versées dans mon roman sous forme d'un dialogue qui convenait exactement à certains de mes personnages. Il m'arrive rarement de tirer un | parti direct de ce que m’apporte la vie, mais, pour une fois, l’aventure de Georges m'avait servi; il | semblait que mon livre l’attendît, tant elle y trouvait bien sa place ; à peine avais-je dû modifier certains détails. Mais cette aventure (j'entends celle de ses larcins), je ne la présentais pas directement. On ne faisait que l’entrevoir, et ses suites, à travers. des conversations. S’avais noté celles-ci sur un carnet que précisément je portais dans ma poche.

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Au contraire, l’histoire de la fausse monnaie, telle que me l’avait rapportée Profitendieu, ne pouvait m'être, me semblait-il, d'aucun usagé. Et c’est pourquoi sans doute, au lieu d'aborder aussitôt avec Georges ce point précis, objet premier de ma visite, je louvoyai.

« — Je voudrais d’abord que tu lises ces quelques

lignes, dis-je. Tu comprendras pourquoi. Et je lui

tendis mon carnet tout ouvert à à Ja page qui pouvait l’intéresser.

« Je le répète : ce geste, maintenant, me paraît absurde. Mais précisément, dans mon roman, c’est par une lecture semblable que je pensais devoir avertir le plus jeune de mes héros. Il m'importait de connaître la réaction de Georges ; j'espérais qu’elle pourrait m’instruire... et même sur la qualité de ce que j'avais écrit.

« Je transcris le passage en question :

« Il y avait dans cet enfant toute une région ténébreuse, sur laquelle l’affectueuse curiosité d’Audiber! se penchait. Que le jeune Eudolfe eût volé, üd ne lui

suffisait pas de le savoir ; il eût voulu qu'Eudolfe lui ‘racontât comment il en était venu là et ce qu’il avait

‘prouvé en volant pour la première fois. L'enfant, lu reste, même confiant, n'aurait sans doute pas su le lui dire. Et Audibert n'osait l'interroger, dans la crainte d'amener des protestations mensongères.

« Certain soir qu’ Audibert dînait avec Hildebrani, il parla à celui-ci du cas d’Eudolje ; sans le nommer,

du reste, et ont les faits de manière que l’autre ne püût le reconnaître :

«— N’avez-vous pas remarqué, dit alors Hildebrant, que les actions les plus décisives de notre vie, je veux dire : celles qui risquent le plus de décider de tout notre avenir, sont le plus souvent des actions inconsidérées ? «— Je le crois volontiers, répondit Audibert. C’est un train dans lequel on monte sans guère y songer, et sans s’être demandé où il mène. Et même, le plus sou-

vent, on ne comprend que le train vous emporte qu'après qu’il est déjà trop tard pour en descendre.

«— Mais peut-être l’enfant en question ne souhaitait-il nullement d'en descendre ? :

«— Il ne tient pas encore à en descendre, sans doute. Pour le moment, il se laisse emporter. Le paysage

l’amuse, et peu lur importe où ul va.

Lui ferez-vous de la morale ?

« — Certes non! Cela ne servirait à rien. Il a été sursaturé de morale, et jusqu’à la nausée.

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Pourquoi volait-1l ?

«— Je ne le sais pas au juste. Sûrement pas par réel besoin. Mais pour se procurer certains avantages ; pour ne pas rester en arrière de camarades plus fortunés.. que sais-Je ? Par propension native et simple plaisir de voler.

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C’est là le pire.

Parbleu ! car alors il recommencera. :

Est-ul intelligent P J'ai longtemps cru qu'il l'était moins que ses

frères. Mais je doute à présent st Je ne faisais pus erreur et st ma fâcheuse impression ne venait pas de ce

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