‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 83 sur 95 · REA HE 22 A DR · texte numérisé non relu

REA HE 22 A DR

TROISIÈME PARTIE 461 qu'il n'a pas encore compris ce qu'il peut obtenir de lui-même. Sa curiosité s’est jusqu'à présent dévoyée ; pu plutôt, elle est demeurée à l’état embryonnaire. au stade de l’indiscrétion.

«— Lui parlerez-vous ?

«— Je me propose de lur faire mettre en balance le peu de profit de ses vols et ce que, par contre, sa malhonnêteté lux fait perdre : la confiance de ses proches, leur estime, la mienne entre autres..., toutes choses qui ne se chiffrent pas et dont on ne peut apprécier la valeur que par l’énormité de l'effort, ensuite, pour les regagner. Certains y ont usé toute leur vie. Je lui dirai, ce dont il est trop jeune encore pour se rendre compte : que c'est toujours sur lur désormais que se porteront les soupçons, s’il advient près de lux quoi que ce soit de douteux, de louche. Il se verra peut-être accusé de faits graves, à tort, et ne pourra pas se défendre. Ce qu’il a déjà fait le désigne. Il est ce que l’on appelle : «brâlé». Enfin, ce que je voudrais lui dire. Mais je crains ses protestations.

« — Ce que vous voudriez lui dire ?.…

«— C’est que ce qu’il a fait crée un précédent, et que s’il faut quelque résolution pour un premier vol, il n’y

a plus, pour les suivants, qu'à céder à l'entraînement. Tout ce qui vient ensuite n’est plus que du laisseraller. Ce que je voudrais lur dire, c’est que, souvent, un premier geste, que l’on fait sans presque y songer, dessine irrémédiablement notre figure et commence à tracer un trait que, par la suite, tous nos efforts ne

pourront jamais effacer. Je voudrais mais Je ne saurai pas lui parler. |

«— Que n’écrivez-vous nos propos de ce soir À Vous les lui donneriez à lire.

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«— C’est une idée, dit Audibert. Et pourquoi pas ?

« Je n'avais pas quitté Georges des yeux durant tout le temps de sa lecture ; mais son visage ne laissait rien paraître de ce qu’il pouvait penser. __«— Dois-je continuer ? denpans s' RP à tourner la page.

« — Inutile ; la conversation finit là.

a— C'est bien dommage.

« Il me rendit le carnet, et sur un ton presque

enjoué : «— J'aurais voulu savoir ce que répond Eudole après qu’il a lu le carnet.

(«— Précisément, j'attends de le savoir moi-même.

«— Eudolfe est un nom ridicule. Vous n’auriez pas pu le baptiser autrement ?

«— Cela n’a pas d'importance.

«— Ce qu'il peut répondre non ao Et qu'est-ce qu'il devient ensuite ? |

«— Je ne sais pas encore. Cela dépend de toi. Nous verrons.

«— Alors, si je vous comprends bien, c’est moi qui

dois vous aider à continuer votre livre. Non mais, avouez que.

« Il s'arrêta, comme s’il avait quelque mal à exprimer sa pensée.

« — Que quoi ? fis-je pour l’encourager.

«—- Avouez que vous seriez bien attrapé, reprit-il enfin, si Eudolfe….

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« Ïl s’arrêta de nouveau. Je crus entendre ce qu’il voulait dire et achevai pour lui :

« — S'il devenait un honnête garçon ?... Non, mon petit. Et soudain les larmes me montèrent aux yeux. Je posai ma main sur son épaule. Mais lui, se

dégageant :

« — Çar enfin, s’il n’avait pas volé, vous n’auriez

pas écrit tout cela.

«Je compris alors seulement mon erreur. Au fond, * Georges se trouvait flatté d’avoir occupé si longtemps ma pensée. Il se sentait intéressant, J'avais oublié Profitendieu ; c’est Georges qui m'en fit souvenir.

« — Et qu'est-ce qu'il vous a raconté, votre juge

d'instruction ?

«— Il m'a chargé de L’avertir qu'il savait que tu

faisais circuler de fausses pièces.

« Georges de nouveau changea de couleur. Il com- » prit qu'il ne servirait à rien de nier, mais protesta confusément :

- «— Je ne suis pas le seul.

«— et que si vous ne cessiez pas aussitôt ce trafic, continuai-je, toi et tes copains, il se verrait forcé de vous coffrer. < » « Georges était devenu très pâle d’abord. Il avait à présent le feu aux joues, fl regardait fixement “devant lui et ses sourcils froncés creusaient au bas de son front deux rides.

- «— Adieu, lui dis-je en lui tendant la main. Jete “conseille d’avertir également tes camarades. Quant à toi, tiens-le-toi pour dit.

Ent

mesures aussitôt. :

« I] me serra la main silencieusement et regagna son étude sans se retourner.

« En relisant les pages des Faux-Monnayeurs que je montrais à Georges, je les ai trouvées assez mauvaises. Je les transcris ici telles que Georges les a lues ; mais tout ce chapitre est à récrire. Mieux vaudrait parler à l'enfant, décidément. Je dois. trouver par où le toucher. Certainement, au point où il en est, Eudolfe (je changerai ce nom ; Georges a raisom) est difficilement ramenable à l’honnéteté. Mais je prétends l’y ramener ; et quoi qu’en pense Georges, c’est là le plus intéressant, puisque c’est le plus difficile. (Voici que je me mets à penser comme Douviers !{) Laissons aux romanciers réalistes l’histoire des laisser-aller. ». |

Sitôt de retour dans la salle d’études, Georges avait fait part à ses deux amis des avertissements d'Édouard. Tout ce que celui-ci lui disait au sujet de ses chaparderies avait glissé sur cet enfant sans l’émouvoir ; mais quant aux fausses pièces, qui risquaient de leur jouer de mauvais tours, il importait. de s’en débarrasser au plus vite. Chacun d’eux” en gardait sur lui quelques-unes qu’il se proposait d’écouler à une prochaine sortie. Ghéridanisol les rassembla et courut les jeter dans les fosses. Le. soir même il avertissait Strouvilhou, qui prit des”

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