‹ Les faux-monnayeurs, romanChapitre 92 sur 95 · TT ET UP LEE COS · texte numérisé non relu

TT ET UP LEE COS

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Même Olivier s’en montre touché. Armand, soucieux malgré ses airs cyniques, de la déconfiture où ris- quent de sombrer les siens, offre de donner à la pension le temps que veut bien lui laisser Passavant : car le vieux La Pérouse est devenu manifestement impropre à ce qu’on attendait de lui.

« J’appréhendais de le revoir. C’est dans sa petite chambre, au deuxième étage de la pension, qu’il m’a reçu. [l m'a pris le bras aussitôt et, avec un air mystérieux, presque souriant, qui m’a beaucoup

surpris, car je ne m'attendais qu’à des larmes :

«— Le bruit, vous savez... Ce bruit dont je vous parlais l’autre jour...

« — Eh bien ?

« — Il a cessé. C’est fini. Je ne l” entends plus. J’ai beau faire attention.

« Comme on se prête à un jeu d'enfant :

«— Je parie qu’à présent, lui dis-je, vous regrettez de ne plus l’entendre.

«— Oh ! non ; non... C’est un tel repos ! J’ai tellement besoin de silence. Savez-vous ce que j'ai pensé ? C’est que nous ne pouvons pas savoir, durant cette vie, ce que c’est vraiment que le silence. Notre sang même fait en nous une sorte de bruit continu ; nous ne distinguons plus ce bruit, parce que nous y sommes habitués depuis notre enfance... Mais je pense qu'il y a des choses que, pendant la vie, nous ne parvenons pas à entendre, des harmonies… parce que ce bruit les couvre. Oui, je pense que ce n’est qu'après la mort que nous pourrons entendre vraiment.

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«— Vous me disiez que vous ne croviez pas...

« — À l’immortalité de l’âme ? Vous ai-je dit

cela? Oui; vous devez avoir raison, Mais je ne

crois pas non plus, comprenez-moi, le contraire. «Et comine je me taisais, il continua, hochant la tête et sur un ton sentencieux :

«— Avez-vous remarqué que, dans ce monde, Dieu |

se tait toujours ? Il n’y a que le diable qui parle. Ou

du moins, ou du moins..., reprit-il.. quelle que soit

notre attention, ce n’est jamais que le diable que nous parvenons à entendre, Nous n'avons pas

d'oreilles pour écouter la voix de Dieu. La parole

de Dieu ! Vous êtes-vous demandé quelquefois ce que cela peut être ?... Oh! je ne vous parle pas de celle qu’on a coulé dans le langage humain. Vous vous souvenez du début de l’évangile : « Au commencement était la Parole ». J’ai souvent pensé que la Parole de Dieu, c'était la création tout entière. Mais le diable s’en est emparé. Son bruit couvre à présent la voix de Dieu. Oh! ditesmoi : est-ce que vous ne croyez pas que, tout de même, c’est à Dieu que restera le dernier mot P.….. Et, si le temps, après la mort, n’existe plus, si nous entrons aussitôt dans l'Éternel, pensez-vous qu’alors nous pourrons entendre Dieu... directement ?

« Une sorte de transport commença de le secouer, comme s’il allaït tomber de haut-mal, et tout à coup il fut pris d’une crise de sanglots :

«— Non ! Non! s’écriait-1l confusément ; le diable

et le bon Dieu ne font qu’un ; ils s'entendent. Nous

nous efforçons de croire que tout ce qu'il y a de mau=

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vais sur la terre vient du diable ; mais c’est parce qu'autrement nous ne trouverions pas en nous la force de pardonner à Dieu. Il s'amuse avec nous, comme un chat avec la souris qu'il tourmente... Et il nous demande encore après cela de lui être recon-

naissants. Reconnaissants de quoi ? de quoi ?.….

« Puis, se penchant vers moi :

«— Et savez-vous ce qu’il a fait de plus horrible? C’est de sacrifñer son propre fils pour nous sauver. Son fils ! son fils !.. La cruauté, voilà le premier des attributs de Dieu. |

« Il se jeta sur son lit, se tourna du côté du mur. Quelques instants encore, de spasmodiques frémissements l’agitèrent, puis, comme il semblait s’endormir, je le laissai.

« Il ne m'avait pas dit un mot de Boris ; maïs je pensai qu'il fallait voir dans ce désespoir mystique une indirecte expression de sa douleur, trop étonnante pour pouvoir être contemplée fixement.

« J'apprends par Olivier que Bernard est retourné

chez son père ; et, ma foi, c’est ce qu'il avait de

mieux à faire. En apprenant par le petit Caloub,

fortuitement rencontré, que le vieux juge n'allait

pas bien, Bernard n’a plus écouté que son cœur. Nous devons nous revoir demain soir, car Profitendieu m'a invité à dîner avec Molinier, Pauline et les deux enfants. Je suis bien curieux de connaître

© + Caloub. »

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