ACTE
ha eeène est divisée en detix parties inégales. A gauche, le cabinet dv mttâstre. Porte au fond et à gauche. A droite, rarUichambre ministérielle. Pas de communication entre les deux ■parties. Dans la partie de droite, une porte au fond donnant sur un coulotr invisAle, leqttel conduit au cabinH du ministre. Au lever du rideau, à gauche, Bourdolle, d^>otil, sa servieUe sous le bras, est prit à sortir. A droite, l'huissier chef, Prosper. Sut une banquette, un monsieur et une dame.
1p pi-ûsident. Mon nom est citv, ou m» l'envoie.
Aline. — Lis jusqu'au bout.
BOUBDOLLE. — J'ai lu.
Aline. — Tu as lu çaT
Bouhdolle. — Mais oui.
Aune. — Monsieur Bourdolle, toujours heureux d'être mînûlre... Tu as luf
Bourdolle, riant. — Pas lui-cliatit.
Aune. — Non... c'est pire!
Bourdolle. — Bah !
Aline. — C'est dédaisueus... c'est désobligeant... Je le lirais dans une feuille d'opposition, ça me serait bieu égal. Mais c'est dans un journal ami... et ce qu'il y a de plus grave, c'est que ;a correspond à un état d'esprit. Veux-tu que je te parle franchement T Eh bien, c'est vrai, tu as l'air trop content d'être ministre 1
Bourdolle. — C'est que je suis très content, en
BoUBDOLLE. — Tu m'accompagnes a lu Cliamln'c?
Aline. — Non, je sors avec Hélène Branchiu.
Mais nous te laisserons à>la jfrille, si tu veux. D'ailleurs, cette séance est sans intérêt.
Bourdolle. — Sans l'ombre, à moins d'incideni.
Aline. — Il ne peut pas y eu avoir. Le ministère est solide pour l'instant. Sois tranquille, dès qu'il y aura du danger, je te préviendrai. Tu sais que je ne me trompe pas souvent... A propos, qu'est-ce que c'est que cette coupure de journal que j'ai Irouvée dans les papiers?
BouBDOLLB. — Voyons... (Lisain.) C'est le comiitc rendu de la cérémonie de l'autre jour. J'y étais avec
effet.
Aline. — 11 ne faut pas le montrer avec tant d'exubérance.
BouRDOLLE. — N'oublions pas que je représente la Haute-Garonne!
Aline. — Tu ne me feras pas rire avec ces plaisanteries-là !
BouRDOLLE. — Ne me gronde pas, ma chérie.
Aline. — Je ne te gronde pas... je t'avertis... Tu es trop familier avec tout le monde... trop bon garçon, trop en dehors. Ça ne suffit pas pour faire une grande carrière politique. C'était bon au début de la République, quand on n'avait pas encore l'habitude. Mais maintenant, on sait ce que c'est que d'être du Midi: ça n'épate plus personne.
Bourdolle. — Nom d'un chien! Tu as raison.
Laisse-moi t'embrasser. Ma chérie, ma petite Aline, je t'adore. Qu'est-ce que je serais devenu si je ne t'avais pas rencontrée? Cette idée me fait frémir! Je serais peut-être socialiste. On ne sait jamais. J'ai faUli.
Aline, souriant. — Oh! je me rappelle.
BoxniDOLLE. — J'ai été sur le point de me laisser entraîner. Heureusement, tu étais là avec ton sens des réalités, 'avec ton génie de la politique. Tu m'as montré ma véritable vocation: le pouvoir. Dans l'opposition, je n'aurais rien donné.
.Aline. — Tu n'aurais surtout rien reçu.
BouRDOLLE. — Il y a encore ça ! Enfin ! si je suis ministre 'pour la seconde fois, c'est à toi que je le dois.
Aline. — N'exagérons rien.
Bourdolle. — Si ! si ! tu as eu sur moi l'influence décisive, celle qui marque, qui fait de vous un autre homme. Tu as même changé mon caractère.
Aline. — Pas assez.
Bourdolle. — Ça viendra. Et la conclusion de tout ça, c'est qu'un méridional doit épouser une Parisienne. Allons, viens! Ah! que je dise un mot à mon chef de cabinet. (Allant à la porte de urauchc.) Guillonet î
GuiLLONET, apparaissant, — Mousicur le ministre?... (S'inclinant.) Madame...
Bourdolle. — J'ai deux ou trois audiences, après la Chambre... je ne sais plus trop qui. Voyez la liste. Et puis soyez assez gentil pour mettre ce dossier en ordre. Vous savez de quoi il s'agit f
Guillonet. — Oui, monsieur le ministre.
Bourdolle. — Au revoir. (A .uinc.) Viens!
Il sort avec elle.