Scène II
PROSPER, SOLANGE, JULIETTE, puis LE MONSIEUR, LA DAME et L'HUISSIER
A droite, pendant qu'à gauche le chef de cabinet va et vient de son bureau à celui du ministre, personnages mentionnes plus haut. Entrent deux jeunes demoiselles très élégantes, Juliette et Solange. A la sortie de Bourdolle, une des demoiselles s'approche (le Prospcr et à mi-voix.
Solange, — Bonjour, monsieur Prosper.
Prosper. — Bonjour, mademoiselle.
Solange. — Vous ne me reconnaissez pasî Prosper. — Je vous reconnais très bien... Pour le sous-chef, n'est-ce pasî Monsieur Brille?
Solange. — Oui, monsieur Prosper. Je viens le
voir avec mon amie. (Elle désigne.) Nous jouons toutes les deux dans son petit acte qui a eu tant de succès hier soir.
Prosper. — Mademoiselle aussi?
Juliette. — Oui, monsieur Prosper.
Prosper. — Et dans quel théâtre M. le sous-chef a-t-il eu un acte joué?
Juliette. — A la « Cave à Bibi ».
Prosper. — Ah ! oui... J'y suis allé une fois.
Solange. — Vous allez faire passer nos noms tout de suite, dites, monsieur Prosper?
JuLiETTEl — Nous sonunes pressées... nous tv[ otons dans la Revue.
Prosper. — ^ C'est que M. le sous-chef a plusieurs personnes à recevoir. (Désignant la dame.) Voici une dame qui l'attend depuis une heure.
Solange. — Quelle dame?...
Prosper. — C'est une institutrice des Basses- Alpes qui vient pour le service.
Solange. — Si M. Brille ne nous recevait pas avant des institutrices de province!
Juliette. — Ce serait drôle!
Prosper, écrivant. — Je vais toujours faire passer vos noms, mesdemoiselles. Voulez-vous me les rappeler?
Solange. — Solange.
Prosper, continuant à écrire. — De la « Cave à
Bibi ». (Il tend le papier à un huissier.) Pour le SOUS-chcf.
Veuillez vous asseoir, mesdemoiselles.
Solange et Juliette vont s'asseoir sur le banc en face. La Dame, au monsieur qui est à côté d'elle. — VcUX-tu
parier qu'elles seront regues avant nous?
Le Monsieur. — C'est bien possible.
Prosper, à un autre huissier qui s'est approché de lui.
— Elle a gagmé.
L'Huissier. — Qui?
Prosper. — L'institutrice. Elle a parié que les petites actrices seront reçues avant elle. Elle a gagné.
L'Huissier, — Sûr ! Mais ça a toujours été comme ça. Il y a vingt-cinq ans que vous êtes ici, vous deveiz le savoir.
Prosper, — En effet, mon ami. Seulement, il y a vingt-cinq ans, les actrices qui venaient dans cette antichambre appartenaient à la Comédie-Française ou à rOdéon. De la Comédie- Française à la « Cave à Bibi », voilà le chemin que nous avons fait!
1'' Huissier, revenant, à Prosper. — Le sous-chef attend ces demoiselles.
Prosper. — C'est navrant! (Haut) Mesdemoiselles, si vous voulez suivre ce garçon...
Solange, en passant. — Au revoir, monsieur Prosper.
La Dame, à son mari. — Qu'est-ce que je te disais?
Prosper, au second huissier. — Et il faut voir l'effet que ces choses-là font en province, quand on les raconte !
L'HuissrER. — Qui est-ce qui les raconte? Ce n'est toujours pas les députés!
Prosper. — Non, ce sont les électeurs. (A ce moment le chef de cabinet traverse l'antichambre, des dossiers sous le bras, et se dirige vers une porte de l'autre côté, pendant que Prosper s'approche de l'institutrice et lui dit:) Ne
vous impatientez pas, madame, votre tour approche. Ces dames sont des parentes du sous-chef: elles viennent pour affaire de famille. (A part, allant s'asseoir.) Sauvons la face!
Entre l«uce.
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