‹ Les favorites: comédie en quatre actesChapitre 26 sur 53 · Scène VII · texte numérisé non relu

Scène VII

Les mêmes, GODFISH

A droite, pendant que Bourdolle, à gauche, écrit dépêches sur dépêches et les envoie au fur et à mesure par Guillonnet, les mêmes qu'à la scène précédente, puis va-et-vient de personnel, puis Codfîsh.

PBOSPBR, à l'huissier qui vient de lui jîarlcr à rorcille.

— Qu'est-ce que vous me chantez làî Le ministre est démissionnaire !

L'Huissier. — Oui, monsieur Prosper.

Prospeb. — C'est une g^rande perte. M. Bourdolle était un des ministres les plus distingrués que nous ayons eus à l'Instruction publique et je les ai tous connus depuis vingt-cinq ans... (il réfléchit, puis se lève et va vers Luce.) Madame, je crois qu'il est inutile , que vous attendiez davantage. Le ministre a donné sa démission et je ne pense pas qu'il puisse vous recevoir aujourd'hui.

LuCE. — Oh! quel malheur!... Oh! que je re^ grette!... Vous croyez que je ferais mieux de m'en aller?

Pbosper. — C'est mon opinion.

LucE, — Ne pourriez- vous 'pas me rendre le service... mais c'est peut-être abuser...

Prospeb. — Ne vous gênez pas, madame, si vous avez quelque chose à me demander personnellement. J'ai un certain don des physionomies et je devine que vous ne venez pas ici pour des bêtises.

LuoE. — Je vous remercie, monsieur l'huissier. Alors, vous seriez bien aimable de vouloir bien demander de ma part à M. GuiUonet si je peux espérer être reçue cet après-midi.

Prosper. — Je vais le lui faire demander, madame, je vous le promets.

L'Institutrice, retenant Prosper qui passe devant elle.

— Et nous, alors î... Qu'est-ce qu'il faut faire, monsieur l'huissier? Faut-il rester?

Prosper. — Je n'ose pas vous le conseiller, quoique vous n'attendiez que le sous-chef. Mais il est avec sa famille qui doit être en train de partager

l'émotion générale. (A ce moment passent avec agitation, se croisant et chuchotant, des employés du minisère.) VoUS

voyez î

L'Institutrice. — Allons-nous-en, alors...

Prosper. — Vous aurez plus de chance avec le prochain sous-chef. Du moins tout porte à le croire.

L'Institutrice. — Au revoir, monsieur l'huissier.

Prosper. — Au revoir, madame. (A un groupe de

trois huissiers qui font des gestes.) Et VOUS, tâchez donc

d'être calmes! Le ministre ne va pas vous entraîner dans sa chute!

Il en prend un par l'épaule, lui donne un ordre à voix basse en lui désignant Luce et revient à son siège. Entre Godfîsh.

GoDPiSH, allant à Prosper. — Veuillez faire passer ma carte à M. le ministre.

Il lui tend sa carte.

Prosper. — Avez-vous une audience?

QoDFiSH. — Non. Regardez donc ma carte.

Prosper, regardant et s'inciinant. — Ah! Mais mon-, sieur le baron ne sait peut-être pas qu'aujourd'hui...

GoDFiSH. — Je sais. C'est pour ça que je viens.

Prosper. — Tout ce que je peux faire, monsieur le baron, c'est de transmettre à M. le chef de cabinet.

GoDFiBH. — Transmettez. J'attends là. (En se re-

tournant et pendant que Prosper donne la carte à un huissier, il aperçoit Luce, la reconnaît et la salue.) HeureUX, madame, de vous rencontrer...

Luce. — Monsieur...

GrODFiSH. — Baron Godfish. J'ai eu le plaisir de vous être présenté chez la comtesse.

Luce. — Oh! monsieur, je n'ai pas oublié.

GoDPiSH. — Vous permettez que je m'aisseye à côté de vous?...

Luce. — Je vous en prie.

Godfish. — Vous attendez le ministre?

Luce. — Oui, monsieur.

Prosper^ rhuissier étant revenu à Godfish. — Si monsieur veut se donner la peine.

Godfish, à Luce, galamment. — Je regrette de passer avant vous...

Luce. — C'est tout naturel, monsieur le baron. Mais j'ai de la patience...

Godfish, à Prosper. — Vous voyez, jeune homme.,.

Il sort par le fond.

Prosper, à rhuissier. — Ce monsieur est un insolent. Mais il y a des gens dont on doit savoir supporter les insolences. Il n'y en a pas beaucoup, mais il y en a.

Luce, h part. — Evidenmaent... il faut de la patience !

Prosper. — Voulez-vous me permettre, madame, de vous offrir le journal?

Luce. — Oh! trop aimable, monsieur l'huissier...

Elle le prend.

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