Scène VI
BOURDOLLE, ALINE
Aline. — Et maintenant • que nous sommes seuls, dis-moi ce que tu penses?
Bourdolle. — D'abord, il m'a semblé que j'étais roulé par une vague. J'avais des bourdonnements d'oreille. Aplati, quoi!, démonté! On le serait à moins ! Mais je me suis ressaisi, le ressort est revenu. Ça va mieux. Je suis même tout à fait d'aplomb, prêt à la lutte. Il me faut ma revanche. Je l'aurai.
Aline. — Nous l'aurons, oui, mais à la condition de nous tenir tranquilles.
Bourdolle. — Tranquille, après le coup que j'ai reçu dans l'estomac!
Aline. -— Garde-le. N'en.moiitre rien. Tu fais de la politique, tu ne fais pas de la boxe. Ton attitude doit être celle d'un monsieur qui n'attend pas après un* portefeuille. Nous sommes riches, nous sommes même plus riches quje'ne le croient tes collègues: voilà ce qui compte. Tu es populaire dans ton pays, tu seras toujours réélu député. Ta situation là-bas, mon salon à Paris, nous n'avons pas besoin de nous presser.
Bourdolle. — Tu ne tiens pas compte de mon tempérament !
Aline. — Et je ne veux pas en tenir compte. Avec ton tempéramei^, tu ne peux faire que des giaffes, en ce moment-ei. Tu es très bien tombé, tu es tombé en homme de gouvernement, tout seul. Ça a beaucoup d'élégance. J'aime mieux cette chute-là qu'une chute en paquet, avec tout le monde. L'ameur-propre est sauf et la position excellente, mais à une condition, c'est que nous prenions ça très bien, en souriant. Pas de gestes, pas de colère et de la désinvolture, voilà le programme.
Bourdolle. — Oui, mais, entre nous, nous pouvons dire...
Aline. — Disons-le. Et encore,, ce n'est paâ la peine... cliacun son tom\ Aujourd'hui, tu es lâché. Demain c'est toi qui lâchera les autres.
Bourdolle. — Je n'attends que l'occasion !...
Aline. — Et moi, donc !
Bourdolle, l'attirant. — Viens te mettre un instant sur mes genoux... Il me faut ça après toutes ces émotions.
Aline, luî passant les bras autour du cou. — Voilà,
mon chéri. On est gai?
L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE
BouKDOLLB. — Très content. l
Aline, se levant. — A tout à l'heure, mon chéri... Je rentre chez moi, parce que certainement je vais avoir beaucoup de visites.
BoURDOLLE. — Les vrais amis, ceux-là!
Aline. — Oui, ceux qui ne te pardonnaient pas d'être au pouvoir.
BoURDOLLE, la reconduisant vers le fond par la taîllc.
— Moi, je vais envoyer des tas de dépêches dans mon département. Ils ne sauraient pas quoi penser... Mais Fouras me dégoûte bien!
Aline. — Je vais l'inviter à dîner.
BOURDOLLE. — Tu as raison.
II revient â son bureau et se met à écrire.