‹ Les favorites: comédie en quatre actesChapitre 28 sur 53 · Scène IX · texte numérisé non relu

Scène IX

BOURDOLLE, GODFISH

Même partie.

GoDFiSH. — Mon cher ministre...

BouRDOLLE. — Mon cher baron, qui me vaut Tavantage de cette visite?

GoDFiSH. — Mon indignation, mon cher ministre... Je suis véritablement indigné... Se priver du concours d*un homme comme vous! Ils sont fous, ma parole, ils sont fous !

BouRDOLLE, riant. — Vous savez déjà?

GoDFiSH. — La nouvelle a fait le tour de Paris. Je ne m'étends pas sur les commentaires qu'elle suscite de toutes parts... Je suis Anglais, ça ne me regarde pas. Seulement, en apprenant le résultat de hi séance, j'ai eu tout à coup une idée... Je la crois admirable. Et je n'ai fait qu'un bond jusqu'au ministère !...

BouRDOLLE. — J'écoute, baron, j'écoute avec le plus vif intérêt... Tout ce qui vient d'un homme comme vous...

GoDFLSH. — Voici. No\is fondons avec quelques amis, dont un ami intime à vous, Branchin, nous fondons un journal. Vous l'avez entendu dire chez la comtesse, n'est-ce pas? Ce journal paraîtra bientôt, précédé d'une publicité comme on n'en aura jamais vu, fiuoiqu'on ait vu des choses assez gentilles dans cet ordre d'idées... Vous comprenez, rron cher, que du moment que des capitalistes comme moi, comme Villerbois et Branchin se mêlent d'une affaire, il faut qu'elle soit gi'andiose... Grandiose elle sera! Or, ridée qui m'est venue est gnvïdiose aussi... A ce journal, il faut un directeur de premier ordre, un nom! Ce nom, mon cher ministre, c'est le vôtre.

BouRDOLLE. — Le mien!

GoDFiSH. — Oui ! Un ancien ministre de l'Instruction publique à la tête d'un grand journal parisien, quoi de plus beau! Et ne cherchez pas d'objections. Il n'y en a pas. Traitement superbe, liberté absolue! Notre journal aura des opinions que vous voudrez. VA il en changera quand vous voudrez! Quel bruit, demain, dans Paris, quand on apprendra la nouvelle! ' Car il faut qu'on l'apprenne demain!

BouRDOLLE. — Mon cher baron, votre offre est magnifique, elle est tentante... elle me flatte... mais laissez-moi le temps de la réflexion.

GooFisH. — Réfléchissez. .Te vais fumer une cigarette pendant ce temps-là. A proi)os, vous savez le titre de notre journal?

BouRDOLLE. — Non.

GoDFiSH. — C'est moi qui l'ai trouvé: Ciel et Terre, Ça dit tout!

BouRDOLLE. — Je croyais que le rédacteur en chef devait être M. Maugraine?

GoDFiSH. — En effet, je le lui avais promis. Mais je lui manque de parole, ce que je ne fais que dans des cas tout à fait exceptionnels, comme celui de ce polisson !

BoURDOLLE, étonne. — Ah!

GoDFiSH. — Oui, c'est un garçon sans mœurs.

Mais ne parlons plus de ce petit drôle... Ecoutez,

Bourdolle... Je ne peux pas vous offrir un ministère, du moins en France... Mais je vous offre mieux, je vous offre le pouvoir.

Bourdolle, qui a fait quelques i>as avec agitation, revenant en face de Godfish. — Mon cher baron, je vais jouer carte sur table. Serai-je maître absolu de la ligne politique du journal?

G0DFI8H. — Absolu. Vous pourrez éreinter qui vous voudrez.

BouRDOLLE, lui tendant la main. — J'accepte.

Godfish. — Bien. Vous faites une chose qui n'est pas bête.

Entre un huissier.

L'Huissier. — Madame fait demander si elle ne dérange pas monsieur le ministre?

Bourdolle. — Du tout. (A Godfish.) Je vais vous présenter à ma femme. (A Aline qui entre.) Ma chère amie, le baron Goldfish.

Aline. — Très heureuse, monsieur...

Elle lui tend la main.

GoDFisn. — Madame, mes hommages. (A Hourdolle.)

Cher ami, à bientôt. (Faisant un geste et à voix basse,

en sortant.) Ciel et Terre!

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