Scène VIII
Les mêmes, BOURDOLLE, BRANCHIN.
puis M. et M'" VILLERBOIS
Bourdolle, très jovial, très heureux. — Mais quelle [•harmanto surprise !...
il baise la main de sa femme et de M liranchin.
Branchin, à sa femme. — Chère amie... c'est une l)onne idée que vous avez eue là... Ça, c'est gentil !
M*"* BpANCHiN. — N'est-ce pas?
Bourdolle. — Vous venez de l'ambassade?
Aline. — Oui. Et comme il y avait longtemps que je voulais te surprendre... dans l'exercice de tes fonction.s...
Bourdolle. — Eh bien, tu m'as surpris!... Mais tu vas être punie de ta curiosité.
Aline. — Bah!
Bourdolle, — Les Yillerbois sont au journal.
Ils t'ont vue entrer... Et Yillerbois vient de me
demander la permission de te présenter sa femme! C'est très difficile à refuser!
Aline. — Pourquoi refuser?
Bourdolle. — Ai-je besoin de te rappeler qui est M"* Yillerbois?
Aline. — Une ancienne cocotte. Mais du moment qu'elle est mariée, elle n'est plus une ancienne cocotte que j)our son mari.
Bourdolle. — Alors, tu consens?
Aline. — Si je ne me décidais pas à voir un monde un peu mêlé, je ne pourrais plus Raccompagner nulle part!
Sort Bourdolle.
Branchin, à sa femme. — P]t vous aussi, ma chère, vous consentez?
M""' Branchin. — Comment donc... cher ami...
comment donc!
£ntrc Bourdolle introduisant M. et M Villerbois.
YtLLERfiOIS, allant à. Aline qui lui tend la main. — Madame, voulez- VOUS me permettre?...
Aline, tendant la main à Valérie. — De me présenter M"* Yillerbois! !Mais je suis ravie.
Yalérie. — Oh! madame, quel honneur!
Aline, — Et il y a longtemps, monsieur Yillerbois, que vous auriez dû le faire.
Yillerbois, à m"* Branchin. — Madame, permettez-moi aussi...
M: Branchin, serrant très gracieusement la main de
Valérie. — Madame...
Yalérie, à Aline. — J'espérais, madame, avoir l'avantage de vous rencontrer ce soir à l'ambassade, mais nous n'y avons fait qu'une courte apparition, mon mai*i et moi...
Aline. — Ce n'était que partie remise, comme vous vovez.
Bourdolle. — Maintenant, je vais vous demander la peiTiiission d'aller et venir et de ne pas trop m 'occuper de vous.
Yillerbois. — Nous allons d'ailleurs nous retirer.
Yalérie, se levant. — En effet... il est bien tard... Madame... Madame...
Aline. — Je reçois le jeudi, madame.
Yalérie. — Oh ! madame... je crois bien... ce sera avec joie.
Aline, lui tendant la main. — A un de ces prochains jeudis, aloi^s, chère madame Yillerbois.
Yillerbois, à Branchin et à Bourdolle. — Cliers nniis...
Yalérie, en sortant, à son mari. — J 'espère que vous raconterez ça à votre belle-sœur!
Aline, à Bourdolle. — Tu vois comme c'était facile!... Et nous, est-ce que nous rentrons ensemble?
Bourdolle. — Je veux bien... mais je. n'ai pas fini... j'en ai pour jusqu'à deux heures du matin. C'est effrayant ce qu'il y a à faire dans un journal à cette heure-ci!
Aline. — Tu ne veux pas que je t'attende?
Bourdolle. — Mais si! si! au contraire...
M°* Branchin, à son mari. — Et vous, cher ami, vous rentrez avec moi?
Branchin. - - Si vous le permettez.
Aline. — Je vais rester avec Hélène. Ya! Yaî on ne s'ennuiera pas... l)'ailleui*s. il a l'air très gai. votre journal ! très animé... On entend même, en arrivant, une musique lointaine... Yous avez donc des tziganes?
Bourdolle. — Non ! non ! un piano... un simnle ])iano dans la salle de rédaction.
M"* BbANCHIN, froidement en regardant son mari. —
Les actrices jouent très bien du piano!
Brancqin, froisse. — Ce n'est justement pas une actrice qui joue... C'est un rédacteur. Il est vrai que ce rédacteur est une femme.
Aline. — Une femme?... Et qui?
Branchin. — M"* Brévin, celle qui signe Lucinde.
Aline. — Ah! oui... le collaborateur masqué.
Bbanchin. — Il n'est pas masqué, ce serait dommage.
Aline, à Bourdoiie. — Tu m'avais dit que personne ne savait qui était Lucinde...
Bourdolle, très gai. — Je te l'avais dit dans les commencements et c'était vraL.. Mais, dès que les articles ont eu du succès, la vanité féminine a reparu...
Aline. — C'est très naturel. (A Branchin.) Et elle est jolie?
Branchin. — Charmante.
Aline, très simplement, à Bourdolle. — Puisque c'est
une soirée où je fais des relations, pourquoi ne me la présentes-tu pas aussi? C'est une femme convenable?
Bourdolle, sans aucune gêne. ^- Tout ce qu'il y a de plus convenable. Et elle sera très flattée de te connaître... Veux-tu que je te la présente tout de suite?
Aline. — Ma foi ! j'allais te le demander.
Bourdolle, sonne, entre Prosper.- — Prosper, voyez si M"* Brévin est encore au journal.
Prosper. — Elle y est encore, oui, monsieur.
Bourdolle. — Alors, priez-la de venir. (Sort Prosper laissant la porte ouverte. Bourdolle à Aline.) Oui, figure-
toi, au début du journal, je recevais des articles par la poste... J'en ai trouvé un ou deux assez piquants. Je les ai insérés.
Aline. — Je les ai lus. Ils n'étaient pas mal du tout.
Bourdolle. — Et un jour j'ai vu arriver dans mon cabinet une petite dame qui m'a dit être veuve d'un professeur.., (Entre Luce.) Et mon Dieu, la voici.