‹ Les favorites: comédie en quatre actesChapitre 39 sur 53 · Scène IX · texte numérisé non relu

Scène IX

Les mêmes, LUCE

Bourdolle, à Luce. — Je racontais, chère madame, la manière dont vous étiez entrée au journal... Permettez-moi de vous présenter à M°* Bourdolle... et à M""' Branchin.

Luce. — Oh! mesdames... trop honorée...

Aune. — Je faisais à mon mari des compliments sur vos articles... mais puisque l'occasion se présente de vous les faire moi-même...

Luce. — J'en suis infiniment touchée, madame.

Aline. — C'est votre début?... Asseyez-vous, je vous prie.

Luce, s'asseyant. — Merci, madame... Oui, ce sont mes débuts... et je n'oublierai jamais que j*en doLs Toccasion à M. Bourdolle.

Bourdolle. — J'ai fait mon devoir de directeur.

Luce, à Aline. — Il y a tant de femmes de lettres, aujourd'hui, n'est-ce pas, madame? qu'on commence à se méfier un peu.

Aline. — Est-ce que vous nous préparez un ou\Tage plus important?

Luce, souriant. — Hum ! j'ose à peine l'avouer

J'ai écrit un livre... un livre sérieux qui va paraître bientôt.

Aline. — Un livre sérieux... et sur quoi?

Luce. — Sur l'éducation des jeunes filles.

Aline. — Vous avez des enfants?

Luce. — Non, madame, non...

AliînE. — Ah!

Un instant de silence.

Luce. — Est-ce que vous étiez, madame, à la répétition générale de ce soir?

Aline. — Non, je n'avais pas pu accompagner mon mari. Et vous?

Luce. — J'y suis allée un instant.

Aline. -^ Qu'est-ce que c'est que la pièce?

Luce. — Oh! c'est une de ces pièces qui vous montrent les choses que l'on voit tous les jours, où les acteurs expriment des sentiments naturels et qui ont la prétention de nous amuser. J'ai horreur de ce genre-là.

Aline. — Et quel genre préf érez-vous ?

Luce. — Je vous avoue, madame, que je préfère les œuvres douloureuses, poignantes, atroces même, celles qui nous font dire: « Si la vie était comme ça, il vaudrait mieux se jeter à l'eau tout de suite. » Alors, je passe une bonne soirée, et quand je rentre chez moi et que je songe aux horreurs que je viens de voir, je trouve tout le monde charmant. Ce n'est pas votre avis, madame?

Aline. — Oh! moi, une certaine ressemblance avec la vie réelle ne me déplaît pas dans une pièce de théâtre.

Luce. — Oh ! mon Dieu ! c'est une théorie qui peut encore se soutenir.

Aline. — Charmée, madame, d'avoir causé quelques instants avec vous.

Luce, se levant. — Je suis confuse, madame,-, de votre bienveillance.

Aline, lui tendant la main. — Au revoir, madame.

M"* Branchin, lui tendant également la main. — Au

revoir, madame.

Luce, à Bourdoiic. — Si vous n'avez plus rien à me dire pour le journal, monsieur Bourdolle, je vais me retirer.

Bourdolle. — Je ne vois plus rien... Ah! n'oubliez pas... remettez vos épreuves à Guillonet... à

Guillonet. il la regarde.

Luce. — Oui, monsieur Bourdolle.

Bourdolle. — Au revoir, chère madame. A demain, peut-être...

Luce. — Probablement.

Elle salue encore et sort.

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