Scène XI
ALINE, M"* BRANCHIN, puis BOURDOLLE,
puis PROSPER
Aline, riant. — Si je vous disais que tout à Theure, quand votre mari a prononcé le nom de cette femme, j'ai eu la gorge serrée!
M"* Branchin. — Je m'en suis bien aperçue !
Aune. — J'ai éprouvé le besoin immédiat, impérieux, de les voir tous les deux là, ensemble! Maintenant, je suis tranquille.
M"" Branchin. — Il n'y a pas Tombre d'un doute.
Aline. — Mais j'ai eu peur! Car je m'étais déjà demandé depuis quelque temps s'il n'y avait pas, sous cette attitude nouvelle de mon mari vis-à-vii? de moi... (Geste de M"* Branchin.) Oh! je n'ai rien à lui reprocher, remarquez, mais il a une désinvolture, une indépendance... il me semble que je ne le tiens plus comme autrefois. Alors, je me demandais s'il n'y avait pas là-dessous une influence de femme.
M"' Branchin. — Allons donc ! Je m'y connais... Votre mari est incapable, vous entendez, incapable de vous tromper! Il vous adore, ma chère... C'est une question qui ne se pose même pas entre vous. Vous seriez folle de vous inquiéter.
Aline. — Non... il n'est pas incapable de me tromper... Il ne faut jamais dire ça... Mais je le crois incapable de me tromper avec la perfidie et la rouerie terribles de certains hommes... Il me trom- ])erait en mari et non en amant, vous comprenez? avec bonhomie, avec naïveté, et aloi's, il se troublerait à chaque allusion. C'est un menteur, ce n'est pas un cynique. Tenez! dans la conversation de tout à l'heure, s'il avait été l'amant de cette femme, comme je l'ai cru un instant, je ne m'en cache pas, eh bien, il lui aurait été impossible de conserver son sangfroid... Aussi, je le sun^eillais.
M"* Branchin. — Voulez-vous que je vous dise? £t moi aussi, je le surveillais !
Aline, riant. — Son affaire était bonne!
Revient Bourdolle avec un paquet d'épreuves à la main.
BouRDOLLE. — Un dernier coup d'œil là-dessus et
je suis à vous... (Il s'assied et fait quelques corrections à une feuille d'épreuve. Tout en écrivant) VouS ne VOUS êtes
pas trop ennuyées?
M"* Branchin. — Pas du tout.
Bourdolle. — Là, j'ai fini !... (ii appelle, entre Pros-
pcr et lui remet les épreuves.) VoUS allez prendre CCS
épreuves et les porter à la composition... Donnezmoi mon pardessus. Mesdames, passez devant, je vous suis... le temps de dire un mot à mon secrétaire... Prosper va vous montrer le chemin.
M°* Branchin. — Dites donc... amenez mon mari...
Bourdolle, riant. — Nous vous rejoignons.
I^es dames sont sur le seuil de la porte entr'ouverte, presque dans le couloir. Bourdolle entre chez Cuillonet. Prosper, après avoir remis le pardessus à Bourdolle, a pris les épreuves et passe devant ces dames.
Aline, montrant les épreuves. — Alors, ça, c'est ce que nous lirons demain dans le journal?
Prosper. — Oui, madame. Ils appellent ça des épreuves.
Aline. — Je sais, Prosper, je sais. (Regardant machînaiement.) « Conférence sensationnelle », Tiens! c'est une conférence de M"* Brévin qu'on annonce! On peut lire?
Prosper, lui remettant l'épreuve. — Si ça peut faille plaisir à madame. Il n'y a aucune indiscrétion. Je porte le reste du paquet à la composition I... Madanif n'aura qu'à remettre cette feuille sur le bureau... Je la reprendrai.
Il sort.