Scène XJfL
ALINE, M"' BRANCHIN
Aline, revenant en scène et lisant. • — Kll bien! on ne
la traite pas mal, la petite dame! « Le délicieux talent... » on a même effacé « talent » et on a mis (( gfénie » à la place... a Le délicieux pfénie de cette femme... » (Regardant de plus près.) Mais c'est l'écriture de mon mari! (Regardant encore.) Oui... c'cst lui qui a effacé « talent » et qui a mis « ^énie » à la place.
(Allant à M"* Branchin.) Voyez, VOyeZ donc...
M"' Brancîhin. — Oui... peut-être... Qu'est-ce que ça prouve?
Aline. — Ça prouve qu'il lui trouve du jrénie, voilà tout !
M"* Brancjhin, riant. — Mais uou... mais non... on écnt ça...
Aline. — Vous ne le connaissez pas, il est très sincère!... C'est un homme (lui a besoin d'admirer une femme... A moi aussi, il m'en a trouvé autrefois du génie... le génie de la politique. Il me le disait tout le temps: « Tu as le génie de la politique... » Il no me le dit plus... voilà tout... C'est à elle!
M"" Branchin. — Chère amie, ne vous énervez pas pour un mot!...
Aline. — Admirer cette petite femme! C'est que je sais où ça le conduit, l'admiration! (Enervée.) Ah! çà ! il se moque du monde de nous faire attendre ici
;i deux heures du matin. (Elle va à la porte par où est sorti à l'instant Bourdolle. comme pour le chercher, en murmurant:) Ah! elle a du génie! (Alors, elle entr'ouvre la porte, regarde et la referme vivement en étouffant un petit cri.) Oh !
M°" Branctiin. — Eh bien! quoi?
Aline. — Ils sont là tous les deux! Et ils s'embrassent, ma chère... et ils s'embrassent!... Ils ne m'ont même pas vue!... Oh!
M"* Branchin, ahurie. — Par exemple !
Aline. — Et tout à l'heure... ce sang- froid imperturbable, cet air naturel... quel cynisme! Et moi qui croyais!... Peut-on se tromper îi ce point sur le caractère d'un homme!
M"' Branchin. — Etes-vous sûref Est-ce qu'une explication avec votre mari T...
Aline. — Une explication après ce que je viens de voir! Vous ne me connaissez pas!... Non, ma chère, je ne suis pas de l'école de l'explication, moi! Je suis de l'école de l'action...
Elle va au bureau de Bourdolle et écrit.
M"' Branchin. — Qu'est-ce que vous faites f Aline. — J'écris à mon mari.
Entre Branchin.
Branchin. — A vos ordres, mesdames...
Aline. — Merci. On n'a plus besoin de vous... Attendez votre ami et dites-lui que je lui ai laissé une lettre, que voici... Qu'il la lise bien... Elle n'est pas longue.
Branchin, stupéfait. — Mais...
M"* Branchin. — On vous-dit de rester ici, restez ici!
Aline. — Au revoir!... Sur le bureau... n'oubliez pas... sur le bureau, pour mon mari! Et lisez-la aussi si vous voulez !
Klles sortent toutes les deux.