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Scène IV

Les mêmes, (K)DFISH, LAHURE, puis BRANGHIN, MARGUERITE, JEANNINE

GoDFisH, à Luce, s'avançant. — J'étais revenu tout exprès de Londres pour vous applaudir, chère madame Brévin...

Luce. — Oh! j'ai vu... vous vous êtes conduit en ami, monsieur le baron... ainsi que Lahure.

Elle leur serre la main.

Lahure. — J'ai beaucoup aimé votre conférence...

GoDFiSH. — Vous savez, comtesse, que j'avais emmené Lahure à Londres, pour le journal... Car je ne peux plus me passer de Lahure... Il sait tout. Il est en train de compléter mon éducation.

Lahure. — Vous en saurez autant que moi dans dix ans, baron!

GoDFisH. — Et puis, vous ne vous doutez pas comme il est bon compagnon de voyage. Il a eu le mal de mer, il était parfait.

Luce, à Lahure. — Oh! vous avez été malade?

Lahure. — D'une façon que le baron m'a fait l'amitié de trouver plaisante.

BRANCHIK, entrant. — Chère COmtCSSC... (.\ Luce.)

Je joins mes modestes félicitations...

Luce. — Merci, monsieur Branchin, merci !

JeaNNINE, après avoir serré la main de la comtesse. A

Luce. — Et moi donc ! Et moi donc !

Marguerite. — Il y avait des choses très bien. Jeannine. — D'ailleurs, vous avez pu voir.

Elle fait le geste (]*applaudir.

Luce, s'éioignant. — Oui... oui.

Marguerite, à jeannine, Godfish et Branchin écoutant

derrière. — Seulement, après la réclame insensée que Bourdolle lui a faite dans Ciel et Terre, il n'y a plus d'erreur possible. Ils feraient mieux d'avouer.

Jeannine. — Alors, on n'en parlerait plus.

Marguerite. — Sans compter que nous voici maintenant en face d'une influence qui n'existait pas autrefois, et d'une influence de femme!

Jeannine. — Moi, je ne vois que deux partis à prendre: ou démolir Lucinde ou être très bien avec* elle.

GoDFisii, s'avançant. — Il faut être très bien, chère amie, je vous le conseille. Pourquoi démolir? Et surtout une charmante petite femme! Promettez-moi de ne pas démolir et d'être pour la conciliation.

Jeannine. — Oh! si vous y tenez...

GrODPISH, à Jeannine, Branchin et Marguerite ayant remonté. — Ainsi, moi, je suis pour la conciliation. Vous avez vu comme j'ai été gentil avec Maugraine? J'ai prié Bourdolle d'insérer un de ses articles, et pourtant il était mauvais. Mais cela vous a fait plaisir, je pense?

Jeannine. — A moi? pas du tout!

Godfish. — Vous ne vous intéressez donc plus au jeune Maugraine?

Jeannine. — Vous me l'avez défendu.

Godfish, froidement. — Bien!

Jeannine. — Que signifie ce: « Bien «f Encore une scène? Toujours, aloi-s! Que je vous parle de Maugraine ou que je ne vous en parle pas! Des scènes ! des scènes ! et des .scènes ! Ma vie est gaie !

G0DFI8H. — Ma chère, je dis: « bien », parce que je vois ainsi que le jeune Maugraine n'est plus votre amant.

Jeannine. — Il ne l'a jamais été!

Godfish. — Il n'est donc plus votre amant. Et je serais encore plus content si vous n'en aviez pas pris un autre. Malheureusement, vous en avez pris un autre.

Jeannine. — Moi!

Godfish. — Vous avez pris Molitor, le comique. Moi, je ne le trouve pas comique, mais, vous, il paraît...

Jeannine, froidement. — Vous êtes fou!

Gk>DiTSH. — Je ne vous ferai pas plus de reproches pour lui que pour Maugraine. Cependant, je dois vous prévenir que Molitor, quand il jouera, sera toujours éreinté^ dans Ciel et * Terre, Que voulezvous? je m'amuse comme je peux. (Pendant ces répliques, successivement, tout le monde est rentré dans le fond. Les trois hommes, Godfish, Branchin et Villerbois restent seuls

en scène. Godfish, aux deux autres.) Remarquez- VOUS, messieurs, que nous sommes exactement à la place où nous avons fondé Ciel et Terre, il y a trois mois?

Branchin. — Ah! c'est une jolie idée que vous avez eue là!

Villerbois. — Oh! oui...

Godfish. — Vous le regrettez?

Branchin. — Si je le regrette! Mais ma vie est un enfer... Je ne suis plus l'amant de Marguerite: je suis son imprésario! Elle me traite comme un directeur de théâtre. Je rédige tous les jours des notes pour Ciel et Terre, Oui, baron, des notes pour le courrier des théâtres, où je suis obligé de dire que Marguerite est une grande artiste... et encoi'e, grande, ça ne suffit plus ! Ça m'attire des scènes !... Et, Dieu merci! elle n'est engagée nulle part... Mais voyezvous ma vie si jamais elle entre à la Comédie- Française !

Godfish. — Nous empêcherons ce malheur, chei ami. Et vous, Villerbois, vous n'êtes pas content?

Villerbois. — Moi !... Oh ! c'est bien simple. Depuis que j'ai épousé Valérie, je suis brouillé ave<' toute ma famille! Epouser sa maîtresse! C'est à se demander s'il ne vaut pas mieux épouser celle des autres !

Godfish. — Eh! messieurs, messieurs, vous exagérez et vous manquez de philosophie. Que nos maîtresses nous attirent quelques petits ennuis, je ne dis pas le contraire... Mais, à un certain degré do fortune, mes chers amis, il n'y a plus d'autre luxe que d'accepter en souriant les caprices et les trahisons de la femme... Sourions donc, messieurs, sourions. (A la comtesse qui s'avance.) N'cst-CC J^as, COm-

tesse, qu'il faut sourire?

Entre le valet de pied qui remet une carte à la comtesse.

La Comtesse lit la carte et fait un mouvement. — Ah !

(A Branchin.) Branchin... Eh bien, et cette note?... On vous attend pour la rédiger!...

Branchin. — Ah! oui... QuVst-ce que je vais mettre ?...

Godfish. — Nous allons vous aider.

Ils sortent tous les trois.

La Comtesse, au vaict de pied. — Fermez la porte et introduisez cette dame.

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