Scène IX
Les mêmes, GODFISH, puis LAHURE
Godfish. — Dites donc, Bourdollef... Je reçois un télégramme de Londres... Ce n'est pas Gibacier qui va former le cabinet. C'est vous, mon ami, c'est vous!
BouBDOLLE. — Est-ce bien certain?
Gk>DFiSH. — De Londres! comment douter f Mais, alors, il faut songer à Ciel et Terre \
BouBDOLLE, machinalement, à I«uce. — Qu'est-Ce (|Ue-
je te disais?
Godfish, les regardant. — Ah!... Ah! bon!... Merci de cette confiance. Alors, mes enfants — permettezmoi de vous appeler mes enfants — occupons-nous du journal' tous les trois... Il s'agit de trouver un rédacteur en chef. C'est très délicat!... Ohl
BOUBDOLLE. — Quoif
Godfish. — J'ai une idée, mes amis, j'ai une idée!
Lues, tout i coup. — Je parie que c'est la même que la mienne!
BouBDOLLE. — Voyons f
Godfish. — Lahure!
Luge. — J'allais le dire...
BouBDOLLE. — Moi aussi... Lahure est un homme éminent, malgré tout!
LucB. — Et puis, c'est un de mes admirateurs.
BouBDOLLE. — Nommons Lahure! !
GrODFiSH. — C'est entendu... il est nommé ! Ce cher Lahure! Je l'aime beaucoup et je vais l'étonner... (Allant au fond.) Lahure! chcr Lahure... approchez.
Lahube. — Qu'y a-t-ilt
Gk)DFiSH. — Venez voir un homme heureux?
Lahube. — Vous?
Godfish. — Non, bon Lahure, c'est vous-même...
Lahube. — Moi!
Godfish. — D'abord, une question. Vous sentezvous les reins solides f
Lahube. — Ça dépend. Pourquoi faire?
Godfish. — Pour devenir rédacteur en chef de Ciel et Terre.
Bourdolle. — Je donne ma démission, Lahure.
Vous serez mon successeur.
Lahure. — Est-ce possible?...
L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE
LncE. — Ce sera le cour»iitiement de votre car-
Lahdbb. — Mes amis, mes eliers amis.., mon émoliod est eajis bomes; Seulement, j'ai des surupulea. Je suis un historien, je ne suis pas un journaliete. KvidenuBent, je ne me crois pas indigne... Mais j'aurai besoin de votre indulgence, mes amis, de votre
UoDFiSH. — N'ayez pas peur. Ou voua dira ce i|u'il faut faire.
BouRDOLLB. — Les opinions politiques que vous
LucB. — Et les rédacteui-s que vous devrez garder.
Lahure. — Dans ces conditions-là, j'acceptel
BouRTKJLLB. — Seulement, rappelez-vous ce que Je vous ai dit. Il ne faut plus sortir Bianca.
GoDFiSH. — Vous devriez prendre une maîtresse plus conforme à votre distinction naturelle.
IjAHURE. — Oh! cela, baron, impossible!... Pourlant, il y aurait un moyen... Je n'ose pas vous le soumettre, cher baron.
(ÎODPI3H. — Osez tout avec moi, Lahure.
LAHtmE. — Alors, voici... C'est curieux comme je suis devenu timide pour certaines cboses... Oui.., il y aurait une façon pour Bianca,.. (.a Luce.) Figurezvous... elle a un rêve, cette femme.
Luce. — Lequel î
Lahure, — C'est de tenir une petite table d'hôte i)ù elle donnerait à jouer au loto.
Luce. -^ Je comprends ça.
Lahure, i Codfiaii. — Alors, si, sur mes appointements futurs, vous pouviez m'avancer de quoi acheter un fonds de table d'hôte à Bianca... je suis convaincu que le plaisir de jouer au loto compenserait jusqu'à un certain point...
BouRDOLLE. — La douleur de vous perdre.
Lahure. — C'est çal
GODPisH. — Lahure, dites de ma pai-t à Bianca qu'elle aura une table d'hôte et un loto...
BOURDOLLE, aux dames qui psraisscnl. — Mesdames,
je vouB présente le nouveau rédacteur en chef de Ciel et Terre] La Comtebse. — Vous, Lahure! (A BourdoUe.) Et
VOUSÎ
GoDPiSH, — Appelé à des fonctions plus importantes!
Loge, désignant BourdollE. — Monsieur le président du conseil.
BouRDOLLE. — Chut! chut! pas encore!
OODFisH. — Si! si!
Tous, s'iiiciinini., — Monsieur le président...