‹ Les favorites: comédie en quatre actesChapitre 6 sur 53 · Scène IV · texte numérisé non relu

Scène IV

. VALERIE, LA COMTESSE

Valérie. — J'annve la premitre... Margaierite et Jeannine me suivent. Nous nous sommes donné rendez-vous ici toutes les trois, avant ces messieurs, pour causer un peu de notre affaire... Mais, moi.

pour commencer, j'ai une grosse nouvelle à vous apprendre.

La Comtesse. — Ce que vous espériez?

Valérie. — Je ne le dis qu'à vous... C'est fait! J'ai eu hier avec Villerbois la conversation définitive, celle qui emporte toutes les résistances... Nous nous marions au printemps, dans deux mois.

La Comtesse. — Laissez-moi vous embrasser!... Le mariage ! Ah ! ma chérie, voilà ce que je n'ai jamais pu obtenir de personne... Mais il faut être juste : de mon temps ces choses-là n'étaient pas aussi faciles qu'aujourd'hui.

Valérie. — N'importe, je crois le mériter... huit

ans d'une fidélité absolue... (Sur un regard de la comtesse.) Naturellement je ne parle pas de...

La Comtesse. — Bien entendu.

Valérie. — Ça, c'est une exception... J'étais folle... vous vous rappelez? J'aimais!...

La Comtesse. — Ça ne compte pas.

Valérie. — Villerbois n'en a jamais rien su... D'ailleurs, vous savez... même à ce moment-là, je lui ai fait une vie très heureuse... Quand je l'ai rencontré, il devenait un vieux garçon, il s'ennuyait... Avec son immense fortune, il aurait fîni par être la proie de quelque intrigante. De mon côté, j'étais seule... je sentais l'heure venue de m'appuyer sur un homme raisonnable. Notre liaison a été parfaite. Je n'ai rien à lui reprocher, et ce qu'il aurait, lui, à me rei)rocher, il l'ignore... Aloreî

IjA Comtesse. — Et la famille de Villerbois?

Valérie. — Ça, c'est le point noir. Qu'est-ce qu'elle va dire, je n'en sais rien, mais elle dira certainement quelque chose. Or, je ne veux pas m'imposer à elle; cependant, je n'accepterai jamais qu'elle me tourne le dos. Enfin! tout ça est une affaire de tact. 11 faut du temps... Voyez-vous, ma chère, à Paris, la considération pour une femme, c'est une question de patience.

La Comtesse. — Très vrai... très juste.

Valérie. — Aussi, je pousse beaucoup Villerbois à mettre de l'argent dans ce journal. Voyez-vous, chère amie, un journal qui aurait derrière lui des capitalistes conmie Villerbois, comme le baron Godfish, conmie Branchin, car Branchin en sera à cause de Marguerite Howard qui veut entrer au Français, ce journal présentera une grosse influence, pas seulement politique ou financière, ça, ça m'est égal, mais mondaine, vous comprenez? mondaine.

La Comtesse. — Oui, en effet.

Valérie. — Allez, que ce journal se fonde, qu'il réussisse, et Villerbois lui-même sera stupéfait de la façon dont on m'accueillera dans sa famille... Voici Marguerite.

Entre Marguerite. Poignées de main. « Chère comtesse. — Chère amie. »

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