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II. — Les UNIoNs D'ACHAT

La Fédération de Hambourg a cru opportun de placer entre elle et les sociétés coopéralives, des organismes intermédiaires qui opèrent un premier groupement des commandes ; ces organismes se nomment des Unions d'achat ; elles existent actuellement au nombre de 43 en Allemagne.

Ces Unions d'achat, la deuxième base de la Fédération d'achat, sont pour la plupart antérieures au Zentral-Verband; elles ne sont pas à proprement parler dépendantes de cette Union, cependant elles sont directement patronnées par elle. En définitive, le Zentral-Verband n’a pas seulement une grande importance pour la Fédération d'achat, à la raison de la propagande qu’elle organise en sa faveur ; elle présente pour le Magasin de gros de Hambourg un intérêt considérable à raison de l'appui qu'elle donne aux Unions d'achat (2).

Celles-ci sont, en principe, des sociétés régionales autonomes ; chacune d'elles est constituée par la réunion des sociétés distributives de la région qui se proposent de s’approvisionner en marchandises auprès de la Fédération ; plutôt que d’adresser directement leurs commandes à la Fédé-

(1) Kaufmann, p. 246.

(2) Le Zentral-Verband für 1907, p. 232-2417.

ration, les sociétés transmettent leurs ordres à l'Union d’achat dont elles dépendent.

Les Unions d’achat s'appartiennent à elles-mêmes, s'administrent en {oule indépendance, cependant leur autonomie est plus nominale que réelle ; en réalité, destinées à souder étroitement le Zentral-Verband à la Fédération d’achat, elles sont sous la dépendance directe de l’une et de l’autre de ces deux organisations. D'une part, elles sont sous l'hégémonie du Zentral-Verband ; en effet, ces Unions d'achat qui sont très nombreuses, se rattachent aux différentes Unions régionales de l’Union centrale et rentrent dans le cadre même de ces Unions régionales ; d'autre part, elles sont en relation extrêmement étroite avec la Fédération de Hambourg. « Les Unions d'achat et la Fédération d'achat s’appartiennent mutuellement comme la peau et les os » (1).

Les Unions d'achat concentrent les commandes et stimulent le zèle des coopératives, elles peuvent être considérées comme les pourvoyeuses de la Fédération ; elles assument les fonctions de nutrition et d’alimentation du Magasin de gros ; la plupart d’entre elles ont été suscilées depuis 1894 par la Fédération d'achat.

À l'instar des Unions régionales du Zentral-Verband, les Unions d'achat du Magasin de gros divisent l’Allemagne en un certain nombre de circonscriptions ; 43 à l'heure actuelle. Ces 43 Unions d’achat sont groupées sous la direction de 7 Unions régionales ; leur nombre par Union régionale varie de 2à11.

Les 7 Ünions régionales englobaient 900 sociétés et 776.999 membres en 1906 ; les 43 Unions d’achat comptaient 794 sociétés affiliées et 712.011 sociétaires à la même époque (2).

L'existence de ces Unions d'achat permet de grouper sous trois chefs différentsles 1.404 sociétés quis’approvisionnent auprès du Magasin de gros. 448 sociétés sont adhérentes et

(4) Le Zentral-Verband für 1907, p. 232-247.

(2) Consulter la statistique allemande n° 5, p. 305.

clientes à la fois du Magasin de Hambourg ; ce sont de beaucoup les plus importantes, elles englobent 695.647 sociétaires ; 346 sont adhérentes aux Unions d'achat el non à la Fédération ; enfin 610 sociétés clientes sont absolument indépendantes des Unions d'achat comme du Magasin de gros.

Les 346 sociétés qui adhèrent aux Unions d'achat, sans adhérer au Magasin de gros, ne se sont pas décidées à entrer de plain-pied dans l'édifice fédératif ; toutefois, elles sont entrées comme dans le vestibule du Magasin de gros.

L'importance de ces Unions d'achat peut être difficilement exagérée ; ces sociétés groupent à l'heure actuelle 90 0/0 des commandes adressées au Magasin de gros. Les 794 sociétés qu'elles comprennent n'ont, en effel, pas acheté moins de 41 millions et demi de marks en 1906 ; les 610 sociétés clientes du Magasin de gros qui sont restées en dehors de ces Unions d'achat n’ont acheté en 1906 que 5 millions de marchandises, le total général des ventes de la Fédération cette même année ayant été de 46 millions et demi. Les Unions d'achat montrent ainsi leur capacité et leur valeur en Lant que facteurs nutrilifs de la Fédération d’achat.

SECTION IV. — Résultats généraux de la coopération en Allemagne.

Rechercher le degré de fédéralisalion d’un pays revient à comparer l'importance des sociétés distributives de ce pays à celle de la Fédération d'achat qui s'y est constituée; nous connaissons le second,mais non le premier de ces deux termes, l'importance du mouvement coopéralif allemand à l'heure actuelle est même assez malaisée à apprécier à raison d’une difficulté qui se présente pour l'Allemagne, à savoir la répartition des coopératives allemandes en deux groupements différents. A partir de 1902, le Zentral-Verband est venu faire à l’Allgemeine-Verband une concurrence victorieuse.

Le mouvement coopératif allemand se divise en deux pé-

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riodes, l’une antérieure, l’autre postérieure à 1902. Jusqu’en 1902, les principales coopératives allemandes étaient rattachées à l’Allgemeine-Verband ; il suffit de consulter l’annuaire de cette Union, pour apprécier les progrès du mouvement coopératif allemand ; au contraire, à partir de 1902, les coopératives allemandes se répartissent en deux Unions opposées; il faut additionner les résultats fournis par les rapports des deux Unions rivales, pour apprécier les progrès du mouvement coopératif en pays allemand.

$ 1. — L’Allgemeine-Verband.

Jusqu'au Congrès de Kreutznach, 1902, l’Allgemeine-Verband — à l’époque,la seule Union coopérative de l'Allemagne — voit le nombre des sociétés adhérentes grossir régulièrement chaque année ; puis brusquement, à la fin de 1902, une chute profonde s’observe. Du 1° janvier au 31 décembre 1902, le nombre des sociétés affiliées tombe de 638 à 332 ; l'effectif de ces sociétés s'effondre de 630.785 membres à 300.721 ; le chiffre de ventes de 1901 dépassait 155 millions de marks ; celui de 1902 atteint seulement 69 millions de marks (1).

Ce n’est pas un déclin, c'est un effondrement. Les années qui suivent n'apportent aucun progrès à la situation de l’Union.

De la fin de 1902 à 1906, elle perd 54.000 sociétaires ; les 246.000 sociétaires qui lui restent fidèles consomment en 1906, 61 millions de marchandises, ce chiffre est en diminution de 8 millions sur celui de 1902. L’Allgemeine-Verband se trouve très sensiblement retombée au point où elle se trouvait en 1890. Le coup d'Etat de Kreutznach lui a fait perdre le bénéfice des 15 dernières années. Cette chute est d’autant plus sensible que ces années sont précisément celles qui ont marqué, dans l’histoire coopérative de tous pays, l’exten-

(4) Consulter la statistique allemande n° 3, p. 303.

sion et la croissance la plus rapide. La déchéance de l’Allge-

meine-Verband, en tant qu'Union coopérative, semble définitive.

S 2. Le Zentral-Verband.

Si nous jelons les yeux à la même époque, en 1906, sur l'organisme coopératif rival, le Zentral-Verband, brusquement le tableau change du tout au tout. Au lieu d’une Union tombée en décrépitude — du point de vue coopératif, s'entend — nous trouvons une Union coopérative déjà fort puissante et en plein développement.

Le Zentral-Verband se forme dès 1902 avec l’aide de 585 sociétés ; l'immense majorité d’entre elles sont des distributives. 480.916 membres, 147 millions de marks de ventes annuelles sont les bases sur lesquelles repose le Zenlral-Verband à ses débuts (1).

Ses progrès sont rapides. A la date du 31 décembre 1906, l'Union centrale ne compte pas moins de 900 sociétés distributives adhérentes ; 865 d’entre elles comprennent 776.999 membres et font un chiffre d'affaires de 207 millions de marks. Ces 865 sociétés ont ouvert 2.324 magasins de vente et possèdent 124 dépôts généraux de marchandises ; elles réalisèrent en 1906 près de 19 millions de bénéfices et avaient un capital social de 15 millions 1/2 de marks. Leur réserve proprement dite et leur réserve spéciale se montaient à 8 millions de marks ; leurs immeubles d’une valeur approximative de 34 millions étaient grevés d’une dette hypothécaire de 18 millions (2).

Les sociétés affiliées au Zentral-Verband ont manifesté la même prévoyance, le même esprit d'organisation pratique que les coopératives anglaises. La très grande majorité des sociétés membres du Zentral-Verband a pris soin de s’assurer contre un certain nombre de risques ; la presque totalité

(1) Le Zentral-Verband für 1907, p. 186.

(2) Statistique allemande n° 2, p. 302.

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d'entre ces sociétés (745.039 sociélaires sur 776.999) s'est assurée contre l'incendie des marchandises en stock et autres objets inventoriés. Les assurances contractées atteignent 39 millions de marks, dépassant de 11 millions la valeur des biens assurés. 64.184 marks de primes ont été payés.

Plus de la moitié des coopérateurs affiliés au Zentral-Verband (445.345 sur 776.999) ont assuré les immeubles des sociélés coopératives jusqu’à concurrence de 24 millions de marks ; 23.830 marks de primes ont élé versés.

Le tiers des coopératives adhérentes s’est assuré contre les vols avec effraction dont elles pourraient être victimes, les assurances contractées se montent à 5.305.197 marks, en échange 6.888 marks de primes.

Près de la moilié des sociétés a contracté une assurance contre le bris de vitres et glaces, jusqu'à concurrence de 164.404 marks (5.056 marks de primes).

Enfin la moitié des sociétés a versé 39.455 marks de primes pour s'assurer contre les accidents dont pourraient être victimes les 5.118 employés ou ouvriers occupés par elles.

Il est difficile de découvrir un risque contre lequel ces sociélés distributives ne se soient pas assurées.

Au total, 158 428 marks de primes,soit 196.000 francs sont payés annuellement à litre d'assurances par les sociétés adhérentes au Zentral-Verband (1).

L'importance réelle des assurances contractées par les sociélés allemandes contribue à prouver combien sage et prévoyante est leur administralion.

Le Zentral-Verband, à cette date du 31 décembre 1906, avait acquis sur l’Allgemeine-Verband une prépondérance écrasante. Les chiffres du Zentral-Verband sont approximativement triples de ceux de l’Allgemeine-Verband, Lels les chiffres exprimant le nombre des sociétaires et le montant des ventes annuelles des sociétés.

(1) Le Zentral-Verband für 1907, p. 17983 : chiffres et indica-

tions y sont fournis,

L'hégémonie écrasante du Zentral-Verband semble encore destinée à s'accroilre tous les jours ; l'heure parait Lout à fait proche où l'Allgemeine-Verband ne comprendra plus que

des sociétés syndicales, agricoles ou industrielles.

Résultats actuels de la coopération en Allemagne. — Le développement actuel de la coopération en Allemagne s'obtient par l'addition des chiffres du Zentral-Verband et de ceux de l'Allgemeine-Verband.

Le Zentral-Verband comprend 776.999 membres ; l’Allgemeine-Verband, 246.945 membres, au total 1.023.944 sociétaires.

Les ventes du Zentral-Verband se montent à plus de 207 millions ; celles de l’Allgemeine-Verband à 61 millions, au total 269 millions de marks. Si l’on a soin, en outre, d'évaluer approximalivement le nombre des sociétaires et l'importance des ventes des coopératives, qui restent en dehors de ces deux groupements, on arrive pour l'année 1906 à un tolal général de 2.100 sociétés distributives comprenant 1.200.000 membres et effectuant environ 300 millions de marks, soit 360 millions de francs d'achats coopératifs (1).

$ 8. — La production coopérative allemande.

Pour apprécier l'importance de la coopération allemande, il importe de considérer un dernier point de vue, celui de la production coopérative. La Fédération allemande n'a pas encore abordé la production directe, mais les coopératives distributives et les coopératives incorporées ont réussi à pro: duire en 1906 des objets fabriqués pour une valeur assez considérable (2).

a) Coopéralives distribulives. — Le nombre des sociélés

(1) Statistique allemande n° 2, p. 302.

(2) Le Zentral-Verband für 1907, p. 206.

distributives qui exploitent un atelier ou une branche de production est assez considérable. On estime que 162 distributives allemandes exploitent elles-mêmes; toutefois, ce chiffre aurait besoin d'être réduit, car, dans la statistique, chaque société est comptée pour autant d'entreprises distinctes qu'elle exploite de branches de production diverses ; telle coopérative, comme la coopérative de Leipzig-Plagwitz figure dans la statistique sous 5 ou 6 chefs différents ; elle est donc comptée 4 ou 5 fois en trop.

Il est probable qu'il n’existe pas plus de 120 à 140 sociétés distributives exploitant elles-mêmes une branche de production. L’immense majorité de ces coopératives a entrepris la fabrication du pain ; 132 sociétés s'occupent de cette fabrication; 21 exploitent un établissement de charcuterie; 8 ont ane fabrique d'eaux minérales, 4 une rôlsserie de café.

La production totale de ces 120 à 140 sociétés affiliées au Zentral-Verband a été de 20 millions de marks en 1906. Les sociélés membres de l’Allgemeine-Verband ont produit de leur côté 6 millions de marchandises ; soit au total, 30 millions de marks, 37 millions de francs, si l’on fait la part des sociétés inconnues ou mal recensées.

b) Coopératives incorporées. — Le Zentral-Verband compte une vingtaine de coopératives incorporées, en plus de 8 ou 10 associations ouvrières de production. Ces coopératives incorporées distribuent les unes et les autres à leurs acheteurs tout ou partie de leurs bénéfices, aucune de ces sociétés n’est bien importante.La plus connue est la Coopérative des ouvriers en labac de Hambourg ; cette société est à tel point une coopérative incorporée qu'elle apparaît déjà à plusieurs égards comme un simple atelier de production du Magasin de gros de Hambourg (1).

La société a été fondée par des ouvriers en tabac qui dési-

(1) Le Zentral-Verband für 1907, p. 228.

raient assumer eux-mêmes le risque commercial, mais peu à peu, coopératives et Magasin de gros ont souscrit des actions de la société, ils ont acquis des représentants directs à son conseil d'adminislration. Les bénéfices de la société sont divisés en deux parts égales ; la première est affectée indifféremment aux ouvriers sociétaires et aux simples salariés employés dans l’entreprise ; la deuxième est répartie entre les acheteurs au prorata des achats.

La société est donc une coopérative incorporée qui,jusqu’à concurrence de 50 0/0, répartit aux acheteurs les bénéfices réalisés ; elle attribue le restant aux ouvriers sous forme de participation aux bénéfices. Cette société a alteint en 1906 une produclion lolale de 728.000 marks.

L'Union régionale de Saxe comprend 5 coopératives incorporées ; l'Union coopéralive du Nord-Ouest en comprend 8 autres (1). A elles toutes, ces sociétés semblent avoir produit en 1906, de 3 à 4 millions de marks de marchandises. Au total, distribulives et coopératives incorporées produisent annuellement en Allemagne environ 35 millions de marks, soit 42 millions de francs de marchandises.

Neutralilé politique parfaile des coopératives allemandes. — Les sociétés distribulives allemandes sont réparties en deux groupes opposés; cependant les coopératives de l’un et de l’autre groupe s’absliennent de s’ingérer dans le domaine des luttes politiques: une absolue neutralité est le mot d'ordre partout respecté. Cependant on qualifie parfois les coopératives du Zentral-Verband, de l’épithète de socialistes, tandis que l'on réserve la qualification de bourgeoises ou de conservatrices aux sociétés de l’Allgemeine-Verband. Semblable usage est inadmissible. Sans aucun doule, les éléments ouvriers sont en énorme majorité au Zentral-Verband ; alors qu'ils sont en minorité à l’Allgemeine-Verband. En 1906,

(1) Le Zentral-Verband für 1907, p. 231.

75.34 0/0 des sociétaires du Zentral-Verband sont des ouvriers ou employés industriels ; la proportion équivalente au sein de l’Allgemeine-Verband tombe à 29,44 0/0 (1) ; la différence est des plus appréciables. La plupart des sociétaires du Zentral-Verband adhèrent personnellement aux doctrines et aux partis socialistes allemands,cependant lessociélés dont ils sont membres, observent une parfaite neutralité politique. Les coopératives allemandes font la preuve manifeste que l’action économique el coopérative peut et doit être absolument séparée de l’action politique.

$S 4. — La fédéralisation de l'Allemagne.

Une double proposilion résume clairement l'opinion que l’on peut avoir du mouvement fédératif allemand : en ces dernières années, les progrès du mouvement coopératif allemand ont été tout à fait hors de pair avec ceux du mouvement coopératif allemand en général; cependant, malgré le développement rapide du Magasin de gros de Hambourg, le mouvement fédératif n’atteint pas en Allemagne un degré bien élevé. Il reste encore à la Fédération allemande beaucoup de progrès à réaliser pour être à la hauteur de la Wholesale anglaise ou écossaise ou de la Fédération danoise.

a) Progrès rapides de la Fédération allemande. — En ces dernières années, le mouvement fédératif s'est développé plus vite que le mouvement coopératif ; cette démonstration résulte de la comparaison des mouvements fédératif et coopératif à 10 ans d'intervalle, en 1895 et 1905.

Les ventes annuelles de la Fédération n’atteignaient que le total de 1.878.000 marks en 1895; 10 ans après, elles s'élevaient à 38.780.000 marks. Il y avait donc eu majoration dans la proportion de 1 à 21. Dans le mème laps de temps, le

(1) Statistique allemande n° 6, p. 306,

chiffre d'affaires des sociétés adhérentes aux deux Unions coopératives rivales s'était élevé de 82 millions à 246 millions. Ces chiffres marquent une majoration de 1 à 3 seulement.

Le capilal social de la Fédération a subi une croissance assez rapide, bien que très insuffisante encore ; en 11 ans, de 1895 à 1906, il s’est élevé de 34.500 marks à 1 million de marks. Pendant le même laps de temps, le capital social de toutes les sociétés adhérentes aux deux Unions s’est très médiocrement accru de 7 millions à 20 millions. L’accroissement est environ 10 fois plus faible.

b) Fédéralisalion assez faible de l'Allemagne. — Les progrès de la Fédération allemande, si considérables soient-ils, n'ont pas encore amené l'Allemagne à un degré bien élevé de fédéralisation.

Un peu plus de la moitié des coopérateurs allemands adhèrent à la Fédération ; 695.647 sur 1,200.000, exactement 58 0/0. Cette proportion n’est pas très élevée ; cependant le jugement que nous sommes obligés de formuler est moins favorable encore, si nous considérons la fédéralisalion du chiffre des ventes coopératives : 18.5 0/0 seulement de toutes les marchandises vendues par les coopératives distributives d'Allemagne ont été fournis à ces sociélés par le Magasin de gros de Hambourg. Cette proportion n’est pas très satisfaisante. Non seulement les Fédérations d’Ecosse et d'Angleterre (proportion de 61 et 55 0/0),mais encore celles du Danemark et de Hongrie (85 0/0 et 40 0/0), réalisent un degré de fédéralisation beaucoup plus élevé.

A ce dernier point de vue, l'Allemagne doit êlre mise exactement sur le même rang que la Suisse (18 0/0) : elle ne l'emporte que sur la Belgique (6 0/0) et la France (6. 0/0) (1).

L'exemple des Iles Britanniques, du Danemark et de la Hongrie nous fournit la preuve qu’il n’est pas très malaisé à

(1) Statistiques générales n°5 2 et 3, p. 158 et 169,

une Fédération d'achat d'intervenir jusqu'à concurrence de moitié dans l’approvisionnement des sociétés distributives du pays. La Fédération allemande qui ne fournit que 18.5 0/0 des marchandises écoulées par les sociétés distribulives, a une grande marge pour étendre ses opérations ; aussi a-t-elle réussi à doubler son chiffre d’affaires une première fois de 1901 à 1904, une seconde fois, de 1904 à 1907.

Rien ne prouve davantage l'insuffisance du chiffre d’affaires actuel du Magasin dé gros que ce doublement régulier, semble-t-il, de ses ventes tous les trois ans. La fédéralisation de l'Allemagne laisse encore beaucoup à désirer ; toutefois, les progrès qu'a réalisés le Magasin de gros de Hambourg demeurent absolument remarquables.

$ 5. — La coopératisation de l’ Allemagne.

1.200.000 coopérateurs sur une population totale de 60 millions d'habitants ; 360 millions de francs de ventes coopéralives annuelles, tels sont les résultats généraux du mouvement coopératif allemand : ils demeurent encore fort peu satisfaisants. Estimons, selon notre habitude, que chaque coopérateur inscrit représente en réalité 4 personnes ; la population coopérative de l'Allemagne équivaut seulement à 8 0/0 de sa population générale, le principe coopératif a reçu jusqu’à ce jour en Allemagne une extension extrêmement faible.

La coopéralisation très faible de l'Allemagne. — Cette impression défavorable s’accentue encore, si l'on a soin de rechercher quelle est en Allemagne la consommation annuelle coopérative par lête d’habitant. Cette consommation ne s'élève en pays allemands qu'à 6 francs par an.

La France et l’Allemagne doivent être étroitement rapprochées l’une de l’autre, sous le rapport du degré de coopératisalion qu'elles ont réalisé. La Hongrie exceptée, la France et l'Allemagne sont les deux pays d'Europe qui, dotés d’une

Fédération d'achat, présentent le degré le plus faible de coopéralisation : 6, 5 0/0 de la population totale de la France sont intéressés au principe coopératif ; 8 0/0 en Allemagne. La Belgique s'élève à la proportion de 11 0/0 ; les autres pays ont une populalion coopérative beaucoup plus importante. Celle-ci représente 20 0/0, 27 0/0, 25 0/0 et 33 0/0 de la population générale en Suisse, en Danemark, en Angleterre et en Ecosse (1).

La consommation annuelle coopérative par tête d'habitant se monte à 5 francs seulement en France ; la consommation allemande ne s'élève qu'à 6 francs ; la consommation belge est de 8 francs; les autres pays, Suisse, Danemark, Angleterre, Ecosse ont une consommation bien supérieure qui s'élève par habitant à 20, 25, 30, 36 et 77 francs ; la coopératisalion de l'Allemagne est encore extrêmement insuffisante ; elle est à peine supérieure à celle de la France ; à ce point de vue, la Belgique l'emporte légèrement sur l'Allemagne.

Concluons d’un mot: la fédéralisation de l'Allemagne est peu considérable, mais sa coopératisation est bien moins salisfaisante encore.

L'Allemagne qui a acquis assez tardivement une économie industrielle importante, n'a donné naissance à un mouvement coopératif prospère qu’à partir de 1875. Depuis cette date, la courbe ascensionnelle de la coopération allemande s’est rapidement élevée, les organismes coopératifs rattrapent tous les jours le retard qu'ils avaient à l'endroit des groupements syndicalistes agricoles ou industriels ; cependant la coopération reste en pays allemands encore très insuffisante.

(1) Statistique générale n° 3, p. 160.

$S 2, — Danemark.

BIBLIOGRAPHIE

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Séverin Jœrgensen. — Haandbog for Brugsforeninger, Copenhague, 1901.

Rosenquist. — La coopération au Danemark, Rev. d'Econ. polit.,

octobre-novembre 1904.

Les Congrès de l'Alliance coopérative internationale ; notamment le Vade-mecum du Congrès de Crémone,1907 (7e Congrès del’Alliance, p. 63, 118 et 205),

L’Andelshbladet, organe du Comité central (Andelsudvalget) des Fédérations coopératives et syndicales du Danemark.

Rapports sur les 47 et 2° Congrès du Comité central danois. (1 S'® og 2 te danske Andels Kongress\, Copenhague, 26 septembre 1903 et 30 novembre 1906.

Le Danemark est, après le Royaume-Uni, le pays du monde qui a donné au principe coopératif la plus large extension : toutefois la littérature coopérative danoise n’est pas très riche, et à l'étranger, peu d'ouvrages et de documents ont été publiés sur la coopération danoise, Nous devons à l'obligeance de M. Pedersen, l’un des deux directeurs du Magasin de gros de Copenhague, d’avoir pu étudier sur place le développement de la Fédération danoise; qu’il nous permette de lui en exprimer toute notre gratitude.

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