‹ Les fédérations d'achat & de production des sociétés coopératives distributivesChapitre 35 sur 81 · RACE D · texte numérisé non relu

RACE D

défendus,voire même desservis par l’'Allgemeine-Verband (1).

Nous voyons là le commencement du mouvement de scission qui devait aboutir à la séparation aujourd'hui absolue de l'Allgemeine-Verband et de l'ensemble des coopératives allemandes.

La constitution de ces Unions régionales eut pour résultat de faire échouer les efforts des détaillants et petits commerçants qui, lésés par la concurrence des sociétés coopératives, s'étaient ligués et avaient entrepris de boycotter ceux d'entre leurs fournisseurs qui procuraient également des marchandises aux coopératives ; ces tentatives d’affamer les distributives échouèrent piteusement, mais elles firent comprendre aux coopérateurs quel intérêt ils avaient à se liguer à leur tour et à pourvoir en commun à l'achat des objets de consommation nécessaires. ,

La Sociélé de Brême (1892).— L'année 1892 marqua la constitution de la société coopérative d’achat en gros de Brême. Le député Parisius (qui s'était élevé avec tant de vigueur en 1867 contre les projets fédératifs des coopératives de l’Allemagne du Sud), crut le moment venu de fonder une société coopérative d'achat en gros ; ce faisant, Parisius agissait, il est vrai, en son nom personnel et non à titre de délégué de l’Allgemeine-Verband. La loi de mai 1892 sur les sociétés à responsabilité limitée venait d’être votée, Parisius crut qu'elle fournirait une base excellente à une coopérative d’achat en gros (2).

Essentiellement préoccupé d’agir vite, redoutant avant tout l'hostilité de l’Allgemeine-Verband, Parisius demanda à un certain nombre d’amis et de coopérateurs dévoués, de souscrire personnellement des sommes importantes. Les coopératives elles-mêmes ne versèrent presque rien. Des négociants el fabricants, tout à fait éloignés des idées coopératives,

furent amenés à souscrire ; il était entendu que les actions acquises par les parliculiers seraient transmises aux coopératives, dès que celles-ci seraient en état de les payer. La plus grande partie du capital souscrit appartenait à des particuliers ; la société n’en était pas moins une entreprise coopérative, non seulement elle se transforma rapidement en un pur organisme coopératif par l’adhésion des distributives, mais, dès l'origine, les profits, défalcation faite des intérêts fixes payés au capital, étaient répartis au prorata des achats (1).

Le contrat de société fut signé immédiatement, en août 1892. Le capital souscrit se montait à 64.500 marks. Ainsi dès 1892, les coopératives allemandes pouvaient s'adresser à une véritable société d'achat en gros, mais un résultat bien plus surprenant encore est à observer.

Les tentatives dé M. Hugo Pabst. — Les distributives allemandes de 1892 n'avaient que l'embarras du choix: un homme véritablement extraordinaire s’élait rencontré sur leur route, M. Hugo Pabst, un homme d’affaires habile et à esprit très inventif; malheureusement, son but n'était rien moins que désintéressé. Il désirait se faire une situation avantageuse, comme directeur d’une agence centrale d’achat des coopératives. Pendant près d’un quart de siècle, il assiège, sans se décourager jamais, les congrès coopéralifs pour leur faire ses offres de services. Dès 1886, il se présente au congrès de l’Allgemeine Verband, tenu à Teuchern.

En 1891, nouveaux efforts de Pabst ; il se rend, sans y être davantage invité, au congrès de Géra et présente à nouveau ses projets magnifiques. Nouvel échec. Mais il devait être dit que Pabst ne connaîtrait pas le découragement. Cette même année 1891, il abandonne sa maison de Gotha, court à Hambourg et y installe de sa propre aulorité « l'Agence d'achat

des coopératives allemandes » — die Einkaufsagentur deutscher Konsumvereine (1).

Il se déclare, de lui-même, l’agent général des coopératives allemandes. Noussommes en 1892. Dans des articles parus dans l'organe de l'Allgemeine-Verband, les « Blätter für Genossenchaftswesen », il affirme que l'entreprise fondée par lui réalise à la perfection l'idéal coopératif de l’achal en commun, qui est de supprimer tous les intermédiaires ; il oubliait qu’en vérité, il n’était lui-même qu’un de ces intermédiaires abhorrés. Il se proposait de prélever seulement une commission de 1 à 2 0/0 du prix des ventes effectuées. Ce système qu’il avait l’audace de dénommer une découverte, n’était autre que le système de l'achat en gros par un agent unique, commissionnaire des coopératives.

En fait, Pabst rendit quelques services, il proposa aux sociétés, sans jamais se lasser, des échantillons et des marchandises de toutes sorles. Il acquit un certain crédit et oblint des commandes. Depuis le 1° avril 1892, il faisait parailre un journal, les « Handels und Coursblätter » où il tâchait de renseigner le mieux possible, disait-il, les coopératives sur le cours du marché

Dès l’année 1892, les coopératives allemandes étaient donc sollicitées pour leurs achats, par deux sociélés à la création desquelles elles n'avaient nullement coopéré. L'une des entreprises, celle de Pabst, élait une pure et simple entreprise privée; elle appartenait à un négociant qui se prétendait l'ami le plus désintéressé et le plus avisé des coopératives allemandes, c'était son seul caractère remarquable,

La seconde de ces deux sociétés, le magasin de gros de Brême, était véritablement dirigée par les principes de Rochdale de répartition des bénéfices. Il suffisait d'un peu de bonne volonté de la part des coopératives pour faire de cette entreprise leur propriété pleine et entière.

Cet empressement chez un simple négociant d'une part, chez un coopéraleur ensuite, d’édifier par eux-mêmes un magasin de gros, prouve que l'idée était mûre, que le projet était depuis longtemps dans la logique des choses ; seule, l’occasion propice manquait.

Les Unions des coopératives de Silésie, de Lausitz, de Saxe, se montrèrent tout de suite favorables à la société d’achat de Brême. Pabst, se voyant peu encouragé dans son entreprise par les coopératives, s’efforca de fondre, disait-il, son agence avec la société de Brême; en réalité, il désirait l'englober dans sa propre entreprise. Des pourparlers s’engagèrent, mais les négociations entre les deux sociétés furent vite rompues ; d'ailleurs, la société d'achat de Brême qui n'était pas arrivée à prendre un véritable développement, n'eul pas une existence bien longue ; elle disparut bientôl. Ses actionnaires touchèrent 72 0/0 de leur mise (1). La situation défavorable de Brême (Hambourg se trouvait bien mieux situé), la méfiance des coopératives, leur participation très restreinte au capital de la société furent les causes de cet échec. La tentative de 1892

ne devait donc pas avoir un sort plus favorable que celle de

SECTION I. — La Fédération d'achat et de production de Hambourg.

$ 14. — La constitution du Magasin de gros de Hambourg (1894).

Nous arrivons à l’année 1894, sans qu'aucune Fédération ait été constituée en Allemagne; à cetle époque, le chiffre d’affaires des coopératives allemandes se montait à 80 millions ; ces sociétés comptaient près de 300.000 membres, ce développement coopéralif permettait la constitution d'une Fédération d’achat.

(1) Kaufmann, p. 93.

L'initiative de cette entreprise devait revenir à Hugo Pabst ; ce dernier, dénué de tous capitaux, proposa de transformer sa propre agence centrale en une Fédération d'achat qui serait véritablement la propriété exclusive des coopératives adhérentes. Pabst demanda t seulement que lui-même et son associé Schrüffer fussent nommés gérants de la société nouvelle, avec des appointements pouvant atteindre jusqu'à 20.000 marks par an (1). Pabst constituait en même temps un comité de fondation de 20 membres, composé des principaux coopérateurs allemands (2).

Les coopératives de Saxe tinrent un congrès extraordinaire à Chemnilz le 27 novembre 1892, pour prendre position au sujet de la Fédération d’achat projetée (3). M. Hoppe, président de l’Union des coopératives de Saxe, se prononca neltement en faveur de la constitution de la société. Une résolution conforme fut prise. Le 11 novembre 1892, second congrès des coopératives de Saxe ; une commission fut nommée dont les membres n’arrivèrent pas à se mettre d'accord sur le point de savoir quelle forme juridique donner au Magasin de gros (4). En même temps le comité de 20 membres nommé par Pabst se saisit de la question. Finalement, toutes les sociétés coopératives allemandes furent invitées à se faire représenter à l'assemblée constitutive de la société qui devait se tenir à Leipzig, les 6 et 7 avril 1893.

Le président du comité d'organisation était M. Hoppe,l'un des chefs les plus connus de la coopération allemande ; son autorité dans les milieux coopératifs importa pour beaucoup au succès de l’entreprise.

94 coopératives furent représentées à l'assemblée de Leip- Zig, la plupart appartenaient à la région saxonne ; c'est donc à la Saxe, le véritable cœur industriel et coopératif de l'Alle.

(1) Kaufmann, p. 99.

(2) Kaufmann, p. 96.

(3) Kaufmann, p. 104-108, (4) Kaufmann, p. 413.

ALLEMAGNE o27

magne, que revient l’honneur d'avoir constitué la Fédération d'achat de Hambourg, la troisième Fédération coopéralive du monde.

Les 94 coopératives représentées à l'assemblée de Leipzig appartenaient à la Saxe,au Brandebourg, au Lausitz, à la Silésie, à la Thuringe, au Brunswick et à la Bavière. L'avocat Schenck invité à prendre part à l'assemblée, à titre de représentant de l'Allgemeine-Verband, avait refusé (1).

La première question qui se posa fut celle de la forme juridique à donner à la Fédération. Par 53 voix contre 17, on décida qu'on adopterait la forme non d’une société coopérative, mais d'une société ordinaire à responsabilité limitée. Une commission de 7 membres fut nommée qui devait réunir les fonds nécessaires. On avait l'intention de débuter dès qu'on aurait réuni un capital de 100.000 marks. Le 8 juin 1893, la commission déclara, d’après les indications fournies par Pabst, que 80. 000 marks avaient ji souscrits, dont 56.500 avaient été versés.

Le 26 juin 1893, se tint à Hambourg la deuxième assemblée constitutive de la Fédération,on s'aperçut alors que Pabst avait trompé les membres de la commission ; il n'y avait que 45.000 marks souscrits, dont 29.750 versés, néanmoins on décida de repousser les capitaux privés. Tout le capital social devait provenir uniquement des coopératives . Les statuts préparés furent définitivement adoptés. Il fut procédé à l’élection des membres du comité d'administration ; Hoppe en fut nommé président. Pabst et Schrüffer, après bien des hésitations, furent nommés gérants.

On voit avec quelles difficultés s’est constituée en 1894 Ja Fédération d’achat des coopératives allemandes. L'Allemagne nous offre l’exemple absolument unique d'un pays dans lequel la Fédération d’achat a été conslituée par le groupement volontaire des différentes coopératives distributives, mal-

(1) Kaufmann, p. 113-117.

gré l'opposition directe de l’Union coopérative nationale : l’Allgemeine-Verband qui existait depuis 35 ans déjà.

Le docteur Crüger, président du comilé de direction de l’Allgemeine-Verband, critiqua vivement le Magasin de gros de Hambourg ; il prétendit qu’il convenait de constituer non pas une société de gros pour toute l’Allemagne, mais plusieurs unions d'achat dans les différentes régions coopératives (1).

Quant aux congrès régionaux, tous, sans aulre exception, croyons-nous,que celui de Saxe (Congrès de la Werdau,5 août 1893), se montrèrent très peu bienveillants, vis-à-vis de la G. E. G. Peut-être convient-il d'expliquer cette attitude désobligeante par l'esprit particulariste encore très développé de l'Allemagne. La Saxe exceptée, tous les congrès régionaux parlèrent d'organiser des unions régionales d'achat en commun ; pourtant, la G. E. G. devait prospérer et prendre un très rapide essor; la Wholesale anglaise elle-même, à sa 14° année d'exercice, n'atteignait pas un chiffre d'affaires supérieur à celui de la Fédération allemande, au bout du même laps de temps.

Rarement, on a vu un Magasin de gros coopératif débuter dans des circonstances aussi malencontreuses ; le fonctionnement de la Fédération de Hambourg fut tout d'abord retardé par le départ presque simultané des deux gérants, nommés par le congrès de Leipzig. Pabst, loin d’inspirer une confiance plus grande, se refusait à remplir les conditions de son engagement ; il ne versait pas les 5.000 francs de marks de caution, mais demandait en revanche une augmentation de trailement. Il fut révoqué par une assemblée générale convoquée spécialement à cet effet par le conseil d’adminis tration. M. Schrüffer démissionna peu de temps après. Tous ces remaniements décidèrent quelques coopératives à se retirer du Magasin de gros.

(1) Kaufmann, p. 119.

17 sociétés démissionnèrent diminuant ainsi de 17.000 marks le capital social primitif. La société ne comptait que 47 coopératives adhérentes, lorsque celle-ci fut inscrite le 29 mars 1894, au registre du commerce de Hambourg.Ces 47 coopératives adhérentes avaient souscrit 34.500 marks dont 25.700 avaient été versés. Ces 47 coopératives appartenaient presque toutes exclusivement à la Saxe et à la Thüringe (1).

$2. — Le fonctionnement du Magasin de gros.

19 La composilion de la Fédéralion. — La Grosseinkaufs-gesellschaft deutscher Konsumvereine de Hambourg, la G. E. G. la Société d'achat en gros des coopératives allemandes, est une sociélé à responsabilité limitée, constituée entre coopératives distributives ou incorporées,dans le but d’acheter ou de produire en gros les articles de consommation dont ces sociétés ont besoin. Toute coopérative allemande, pourvu qu'elle mérite ce titre par le procédé de répartition adopté par elle, est admise sans autres conditions à envoyer son adhésion à la Fédération. En l’absence de toute distinction scientifique, les associations ouvrières, tout comme les coopératives incorporées, sont autorisées à entrer dans la société du Magasin de gros. De fait, aucune association ouvrière n’est membre, croyons-nous, de la Fédération (2).

20 L'administration de la Fédération. — La société de Hambourg répond au type normal des Fédérations coopératives ; elle est gouvernée par l'assemblée de ses membres. L'assemblée générale se réunit au moins une fois par an. Des assemblées exceptionnelles sont tenues aussi souvent que le conseil d’administralion, le gérant ou le dixième des coopératives adhérentes le jugent utile. L'assemblée des membres

(1) Kaufmann, p. 132 et 136.

(2) Article 2 des statuts. —Voir le Jahrbuch des Zentral-Verbandes

deutscher Konsumvereine, 1907, p. 162,

examine et approuve, s’il y a lieu, les bilans et rapports présentés sur la marche de la société ; elle nomme les membres du conseil d'administration et les gérants. Elle possède le pouvoir souverain dans la société (1).

Quel que soit le nombre des parts sociales souscrites ou l'importance de la société adhérente, chaque coopérative n’a droil qu'à une seule voix dans les assemblées générales. Ce principe de l’égalité absolue dans la représentation des sociétés ne peut pas être condamné, du point de vue des principes coopératifs, mais il n’est nullement impliqué par eux (2).

Le conseil d'administration se compose en principe de 9 membres, mais ce nombre peut être porté à 15, par l’assemblée générale des sociétaires. Les membres du conseil d’administration sont élus à la majorité absolue pour deux ans; 3 membres supplémentaires sont élus chaque année ; ils sont appelés par ordre d'élection à remplacer les membres du conseil qui sont démissionnaires, exclus ou défunts.

Le conseil d'administration a le devoir de surveiller et de contrôler l’administration des gérants et de se tenir au courant de la marche générale de la société ; il a le droit de suspendre complètement les pouvoirs d’un gérant, s’il le juge nécessaire, en attendant que l’assemblée générale prenne une décision définitive. Le conseil d'administration examine le bilan et l'inventaire dressés par les gérants ; il a le droit de prendre les décisions qui engagent gravement la société (3).

‘Le conseil d'administration tient parfois des séances, de concert avec les gérants. Les résolutions sont prises à la majorité simple des votants. Il est entendu que les membres du conseil et les gérants sont appelés à exprimer leur opinion par des scrutins séparés, chacun votant selon la catégorie à laquelle il appartient (4).

1) Articles 46 à 55 des statuts.

2) Article 46.

3) Articles 30 à 44.

( ( ( (4) Articles 44-45,

Les gérants ou directeurs du Magasin de gros sont des hommes d’affaires, des commerçants ou industriels élus par l'assemblée générale. Sous la surveillance du conseil d'administration, ils dirigent souverainement la société ; ils sont personnellement et solidairement responsables sur leurs biens, des dommages qui résultent pour la société de la violation de leurs obligations. Ils fournissent tous les mois au conseil d'administration un rapport détaillé sur la marche de la Fédération.

30 Le capital de la Fédération. — Le capital de la société est constitué par différentes souscriptions consenties par les sociétés adhérentes ; toute société affiliée doit prendre au moins une obligation de 500 marks ; si elle possède plus de 500 membres, elle doit souscrire autant d'obligations qu'elle comprend de fois 500 membres ; toute fraction supérieure à 250 sociétaires compte pour l'unité entière (1).

La société adhérente n’est pas forcée de verser la valeur intégrale des parts sociales souscrites par elle, la Fédération se borne à retenir les bénéfices afférents à chacune des coopératives, jusqu’à ce que celles-ci possèdent à leur actif une somme égale au capital souscrit.

La répartition des bénéfices est tout à fait conforme aux principes de Rochdale : un intérêt fixe de 5 0/0 est attribué aux obligations ; ce prélèvement nécessaire diminue d'autant les bénéfices véritables de la société. 5 0/0 des bonis au moins sont attribués au fonds de réserve, jusqu’à ce que ce dernier atteigne 30 0/0 du capital social; 35 0/0 des bénéfices au moins sont affectés au fonds d’accroissement ; le restant, soit 80 0/0 des bénéfices sont répartis entre les sociétés au prorata de leurs achats. Celte répartition des bénéfices ne laisse pas d’être tout à fait théorique ; la pratique en a profondément modifié les termes et a beaucoup augmenté la part de bénéfices affectés au fonds de réserve (2).

(1) Article 11.

(2) Article 55.

Avant l'assemblée de Halle, septembre 1902, les gérants et le conseil d'administration se répartissaient entr’eux 15 0/0 des bénéfices. Les sociétés adhérentes ont jugé avec raison que cette attribution des bénéfices aux directeurs de la société était contraire aux principes de désintéressement qui président à l’action coopérative : la disposition fut supprimée.

La Fédération vend aux coopératives non associées comme aux sociétés affiliées ; les coopératives non adhérentes ont le droit de toucher l'intégralité des ristournes, à condition de se déclarer prêtes à souscrire des parts sociales au cas d’élévation de capital social, ou au cas où des obligations déjà émises viendraient à être disponibles. Les coopératives non adhérentes qui ne prennent pas pareil engagement, sont réduites au droit de toucher la moitié des bonis qu'elles prélèveraient si elles étaient membres (1).

$ 3. — Le développement du Magasin de gros.

La Fédération allemande a joui jusqu’à présent d’une croissance aussi rapide, en valeur absolue, que la Fédération anglaise, la plus puissante des Fédérations coopératives du monde. Abstraction faite des trois derniers mois de l’année 1893, l'année 1894 a été la première année de fonctionnement du Magasin de gros de Hambourg ; les 47 sociélés adhérentes firent cette année-là, 541.000 marks d'achats à la Fédération. Quatorze ans plus tard, en 1907, la Fédération comprenait plus de 450 sociétés, effectuant 60 millions de marks, soit 75 millions de francs d'achats (2).

La Fédération anglaise constiluée en 1864 atteignait à sa quatorzième année d'existence un chiffre d’affaires légèrement inférieur aux 75 millions du Magasin de gros de Hambourg.

(1) Articles 56-57,

(2) Pour tous les développements qui vont suivre, consulter p. 301 la statistique allemande ne 1,

Les deux phases de développement de la Fédération allemande. — L'histoire de la Fédération allemande se divise en deux phases bien tranchées, selon que l'on considère son activité, avant ou après le début du xx° siècle. La Fédération a pris un essor brusque à dater de l’année 1901.

Avant 1901, la Fédération ne possédait aucun entrepôt et disposait d’un capital fort peu important ; elle achetait cependant à son propre compte, mais elle attendait d'habitude d'avoir la commande, pour faire l'achat : les marchandises étaient directement expédiées par le fournisseur à la coopérative qui les avait commandées (1).

L'année 1901 marque le doublement subit du chiffre des ventes de la Fédération ; ce chiffre s’éleva de moins de 8 mil- - lions de marks à plus de 15 millions, le nombre de sociétés clientes doubla également, le capital social fut porté de 200 à 300.000 marks, les fonds en dépôt ou empruntés doublèrent et au delà, montant brusquement de 104.000 à 238.000 marks. Le xx‘ siècle a véritablement marqué le début de la période triomphale de la Fédération allemande.

La rapide augmentation du chiffre des ventes en 1901 doit être attribuée pour une grande part à la crise économique, qui prit naissance en Allemagne au commencement du xx° siècle ; les masses ouvrières, pour n'être pas obligées de trop restreindre leur consommation, durent élever artificiellement leur puissance d’achat ; elles y réussirent par le moyen de la coopération (2).

a) Nombre des sociétés adhérentes. — De 1894 à 1906, le nombre des sociétés adhérentes a sensiblement décuplé — 47 en 1894, 448 en 1906 — cependant, les sociétés affiliées représentent à peine le tiers du nombre des sociétés clientes ; sur 1404 sociétés clientes, en 1906, 448 seulement avaient adhéré à la Fédération ; ilest vrai, beaucoup de sociétés non

(4) Kaufmann, p. 145, (2) Kauffmann, p. 223,

334 TROISIÈME PARTIE. — CHAPITRE Xi

adhérentes sont fort petites et effectuent de très faibles achats auprès de la Fédération. La fraction de beaucoup la plus importante des ventes de la Fédération est consentie aux sociétés adhérentes. En 1906, les 448 coopératives affiliées se sont procuré auprès de la Fédération 40 millions de marks de marchandises ; les 956 sociétés simplement clientes n’ont acheté que pour une valeur totale de 5 millions de marks (1).

b) Effectif des sociétés adhérentes. — Les 448 sociétés clientes comprenaient au 31 décembre 1906, 695.647 membres, soit en moyenne 1.552 membres chacune ; les 956 sociétés simplement clientes ne renfermaient que 211.116 sociétaires, soit en moyenne 220 chacune, il est donc bien clair que les coopératives affiliées sont de beaucoup les plus importantes (2).

c) Ventes annuelles. — La progression suivie par les ventes annuelles est des plus remarquables ; de 1894 à 1901, à 1906 et à 1907, les ventes de Ja société de Hambourg se sont accrues dans la proportion de 1 à 30, à 86 et à 136. Les ventes se sont élevées à 541.000 marks en 1894, à 15 millions en 1901, à 46 millions 1/2 en 1906 et à 60 millions 1/2 en 1907, soit approximativement 75 millions de francs. La société de Hambourg est donc, de par son chiffre d’affaires, la plus forte Fédération du monde, après celles de Manchester et Glascow.

d) Capital social. — Le capital de la Fédération allemande ne s’est pas accru dans la même proportion que son chiffre

(1) Jahrbuch des Zentral-Verbandes deutscher Konsumwereine, 4907, &. I, p. 671 et 678, Bericht über das 13 Geschäfls jahr der G. E. G.

(2) Ces chiffres globaux ont été obtenus en totalisant les chiffres qui indiquent l'effectif de toutes les coopératives adhérentes ou simplement clientes du Magasin de gros. Voir le Jahrbuch des Zentral- Verband, 1907, p. 683-701.

d'affaires ou son effectif. La Fédération a réussi à emprunter et à recevoir des fonds en dépôt importants, mais son développement reste encore entravé par l'insuffisance de ses capitaux.

Le capital-obligations de la Fédération qui était initialement de 34 500 marks, a été porté en 1906 à 1 million de marks ; sur cette somme, 219.500 marks restent à acquitter, c’est dire que 780.500 marks ont été versés à la Fédération comme à-comptes sur les obligations souscrites.

De 1894 à 1906, le capital social de la Fédération augmentait dans la proportion de 1 à 28, landis que son chiffre de ventes s’accroissait dans la proportion de 1 à 86. Aussi le rapport entre le chiffre des ventes annuelles et le capital social est-il devenu très défavorable. En 1894, les 34.500 marks de capital souscrit représentaient 6, 4 0/0 du chiffre d’affaires ; en 1900, les 200.000 marks souscrits équivalaient seulement à 2, 5 0/0 des ventes; en 1905 et 1906, les rapports correspondants étaient seulement de 1, 90 0/0 et 2,15 0/0.

La société de Hambourg est loin de partager les craintes de la Wholesale de Manchester ou de Glascow : la pléthore de capitaux !

e) Fonds empruntés ou en dépôt. — La Fédération de Hambourg a obvié, dans une certaine mesure, à celte pénurie de capital social par l'extension assez rapide qu'elle a donnée à ses fonds en dépôt ou empruntés. Elle ne possédait, à vrai dire, aucun fonds en dépôt, en 1894 ; la somme de 4.120 marks qu’elle avait empruntée en 1894 était (out à fait insignifiante ; En 1906, elle n’avait pas moins de 2.193.000 marks en dépôt ou empruntés.

Nous voyons la Fédération faire application de cette politique tout à fait rationnelle qui consiste à drainer l'épargne tant des coopératives distributives que de leurs membres individuels ; la Fédération d’achat apparait comme la caisse d'épargne spontanée et, seule, légitime du monde coopératif,

L'assemblée générale de la société, tenue à Géra en 1900, estima qu’il convenait d'accroître la somme des dépôts faits auprès de la Fédération , dans ce but, les membres des coopéralives, comme les coopératives elles-mêmes, furent autorisés à déposer leurs économies sans limitation aucune dans les caisses de la Fédération. L'intérêt alloué était de 4 0/0. Toute diminution d'intérêt est annoncée dans l'organe officiel de la Fédération, un délai de 6 semaines est imparti aux prêteurs, pour retirer leurs fonds.

Cette disposition eut les plus heureux résultats ; il convient de lui attribuer, en grande partie, l’augmentation très sensible des capitaux, prêlés à la Fédération à partir de 1901.

L'étude des bilans révèle que l'extension de la Fédération, sur ce chef comme sur tous les autres, date seulement du xx° siècle. Avant 1901, la Fédération n'avait emprunté que 104.000 marks, la somme des fonds en dépôt ou empruntés s'est accrue de 600.000 marks en 1903 et s'accroît assez régulièrement de 500.000 marks par an, depuis cette époque.

Le résultat de ces différentes opérations a été de fournir à la Fédération, en 1906, 3 millions de marks de capitaux ; elle disposait, en effet, de 780.500 marks d'obligations versées et de 2.193.500 marks de fonds empruntés, soit au total 2.974.000 marks ou 3.716.000 francs, Ces 3 millions de marks représentaient en 1906, 7 0/0 des ventes annuelles de la Fédération, le capital circulant du Magasin de gros a donc été investi ‘14 fois dans les opérations de la société au courant de l’année 1906, ce chiffre des rotations annuelles du capital est beaucoup trop élevé.

f) Fonds de réserve. — Les fonds de-réserve de la société a bénéficié d’une rapide croissance ; il a atteint 382.397 marks en 1906 ; il était demeuré absolument insignifiant jusqu’en 1904; cette même année, il a triplé, et de 1903 à 1906, il a sextuplé.

g) Bénéfices. — Les bénéfices de la Fédération se sont

accrus avec la même rapidité que le chiffre d’affaires de la société. En 13 ans, ils ont augmenté dans la proportion de 1 à 82, les ventes ayant augmenté dans la proportion de 1 à 86.

La pratique a amené les sociétés adhérentes à supprimer presque totalement toute répartition des bénéfices au prorata des achats ; peu à peu, les sociétés se sont imprégnées davantage de l'esprit coopératif et ont vu la nécessité de consentir à des sacrifices présents en vue de progrès à venir.

Les sociétés adhérentes diminuèrent progressivement le taux de la ristourne affectée aux achats ; ce taux élait de 7 0/00 en 1894 ; il est tombé à 4 0/00 en 1900 et à 2 0/00 en 1905. En 1906, les 2/3 des bénéfices véritables de l'exercice furent consacrés au fonds de réserve ou d’agrandissement de la société. Les 281.070 marks de bénéfices se réduisent à 246.470 marks, une fois que l'intérêt de 5 0/0 sur les obligations versées en est retranché ; or 84.432 marks, soit 34 0/0 seulement des bénéfices réels furent répartis au prorata des achats ; les 2/3 restèrent la propriété de la Fédération et devaient faciliter son extension : 59 0/0 d’entre eux furent affectés au fonds d’agrandissement ou à des fonds spéciaux ; 5 0/0 furent affectés au fonds de réserve ; 1,2 0/0 furent consacrés à des buts d'éducation ou de bienfaisance, au total 65 0/0 des bénéfices reçurent une affectation collective (1).

h) Immeubles, et entrepôts. — La Fédération possède un assez grand nombre d'immeubles ; leur valeur présente est évaluée à 779.780 marks ; la dette hypothécaire qui les grève a légèrement diminué depuis 1902 ; elle n’atteint plus aujourd'hui que 266.000 marks.

La Fédération a constitué peu à peu, dans différentes régions de l'Allemagne, des entrepôts de marchandises ; au début, elle ne possédait que l’entrepôt de Hambourg. Elle

(4) Jahrbuch des Zentral-Verbands, 1907, p. 678. Hrieer22

achelait la plupart des marchandises seulement, après avoir reçu la commande ; ces marchandises étaient envoyées directement par le fournisseur aux coopéralives clientes.

Le docteur Crüger, président du conseil d’administralion de l'Allgemeine-Verband, en prenait prétexte pour dire, que la Fédération n'était qu'une agence de courtage. Assurément ce reproche portait à faux : la position de courtier résulle, en effet, d’une situation de droit, absolument indépendante de toute situation de fait ; l’absence de tout entrepôt autre que celui de Hambourg ne laissait pas que d’être gênante pour la Fédération, mais ne faisait pas acquérir à celle-ci la qualité de courtier.

La Fédération a progressivement ouvert des entrepôts dans différentes grandes places commerciales ; en 1899, elle en possédait un à Schedewitz et un autre à Riesa ; en 1901, elle fonde l'entrepôt de Berlin. Depuis, elle acquit ceux de Düsseldorf et de Mannheim ; elle en compte 6 de nos jours (1).

La production de la Fédération. — La Fédération n’a pas encore réussi à aborder la production directe ; sans doute, elle possède une rôtisserie de café, mais il est impossible de dénommer cet établissement, un atelier de production. La rôlisserie du café est le complément obligatoire des achats de café qu’effectue la Fédération ; cette opération est en quelque sorte impliquée par l'emmagasinage et la mise en vente de ces énormes quantités de café, aussi est-il d'un très faible intérêt d'apprendre que la rôtisserie n'a pas traité en 1906 moins de 1.058.909 kilos de café.

Depuis fort longtemps. la Fédération projette l’établissement d'une fabrique de savons ; elle a toujours été empêchée de mettre son projet à exécution, par suite de l'opposition des autorités publiques qui lui ont toujours arbitrairement refusé les autorisations nécessaires. Il demeure donc parfaitement

(4) Kaufmann, p. 165.

exact de dire que la Fédération n'a pas encore abordé la produclion directe ; sous ce chef, elle apparait comme encore bien peu avancée, la pénurie de capitaux dont elle souffre lui interdit à l'heure actuelle presque toute tentative de production directe.

L'étude de la Fédération coopérative considérée en ellemême,abstraction faite de toute contingence, se trouve ainsi terminée ; mais, en réalité, la Fédération allemande, pas plus que toute autre, ne peut être comprise à l’état isolé ; elle doit être rapprochée de deux sortes d'institutions qui en constituent véritablement les deux bases, à savoir le Zentral-Verband et les Unions d’achat. Il nous est absolument nécessaire de voir sur quels supports repose la Fédération.

SECTION III, — Les deux bases du Magasin de gros de Hambourg : l'Union centrale et les Unions d'achat.

[J. — LE ZENTRAL-VERBAND OÙ L'UNION CENTRALE.

L'étude du Zentral-Verband est nécessaire, à raison de l'influence très grande que cette Union exerce sur le Magasin de gros de Hambourg ;les progrès que réalise le Zentral- Verband amènent directement une extension de la Fédération d'achat. Le Zentral-Verband, à raison de sa propagande, est la première base du Magasin de gros de Hambourg.

À un deuxième point de vue, son activité est très favorable à la Fédération allemande ; celle-ci possède, en effet, une organisation essentiellement décentralisatrice ou régionale ; elle a couvert l'Allemagne de tout un réseau d’Unions d'achat qui drainent à son profit les commandes des coopératives : l’organisation régionale de la Fédération est favorisée par l’organisation similaire du Zentral-Verband qui est lui-même divisé en un grand nombre d'Unions régionales. Le Zentral- Verband apparaît donc à ce deuxième point de vue comme un facteur très important de l'extension du Magasin de gros

de Hambourg.

$ 1. — Constitution tardive du Zentral-Verband (1902).

L'étude de tous les pays coopératifs nous montre que l'organe économique et commercial, la Fédération, se double la plupart du temps d'un organe moral ou de propagande : l’Union coopérative. À vrai dire, le plus souvent, c’est cet organe purement moral et éducatif, l'Union coopérative, qui donne naissance à la Fédération d'achat. En Allemagne, les rôles ont été renversés ; l'Union coopérative qui préexistait à la Fédération d’achat de Hambourg, l’Allgemeine-Verband, a fait tous ses efforts pour empêcher la formation de la Fédération. Celle-ci, à peine constituée, a vivement ressenti le besoin de posséder une Union coopérative alliée, qui prenne soin de l'éducation coopérative des sociétés et s'occupe de lui procurer à elle-même les commandes des coopératives. Une Union, pourvoyeuse de la Fédération d'achat, telle est la logique des choses.

Pendant les huit premières années de son fonclionnement,le Magasin de gros de Hambourg en a été réduit à déplorer l'absence de toute Union coopérative alliée. Bier plus, la Fédération allemande constituée en 1894 par 47 coopératives réunies à Leipzig, a toujours été en butte aux critiques de l’Allgemeine-Verband, ses débuts furent particulièrement pénibles.

$ 2. — L’Allgemeine-Verband, de 1859 à 1902.

Quel jugement pouvons-nous porter sur l’Allgemeine-Verband, la plus ancienne des Unions coopératives qui existent au monde ?

L’Allgemeine -Verband (1), constitué dès 1859, est à la veille de fêter son cinquantenaire ; cette Union qui n’a jamais acquis un caractère nettement coopératif, a été constituée à

(1) Le titre exact de l’Union est l'Allgemeine«Verband der deuts= chen Erwerbs und wirtschafts genossenchaften.

l’origine uniquement entre sociétés syndicales de vente ou de crédit. Cependant, depuis longtemps déjà, les trois groupes d'associations que nous avons pris soin de distinguer, voisinent tant bien que mal au sein de l’Allgemeine-Verband ; les sociétés syndicales d’approvisionnement, de vente et de crédit y ont d’ailleurs toujours conservé la prépondérance. L'Union revêt beaucoup plutôt le caractère syndicaliste que le caractère coopératif.

L'Allgemeine-Verband comptait en 1895, 460 sociétés distributives adhérentes, comprenant un peu moins de 300.000 membres et faisant 82 millions de marks d’affaires par an; cinq ans après, le chiffre des sociétés affiliées s'élevait à 568; le chiffre de leurs membres avait presque doublé, l'effectif des sociélés adhérentes dépassait 522.000 membres en 1900, les ventes s’élevaient la même année à 127 millions de marks (1).

Ces progrès sont indéniables; cependant l’Allgemeine- Verband qui confondait dans son sein toutes les variétés d'associations, apportait le plus grand soin à augmenter le nombre des sociétés syndicales adhérentes ; la branche syndicaliste de l'Union reçut une exlension plus rapide que sa branche coopérative.

Pendant tout ce temps, la Fédération de Hambourg commençait à prendre de l’extension et à rendre de véritables services ; les sociélés qui s'y étaient affiliées, faisaient partie depuis longtemps déjà de l'Allgemeine-Verband, mais elles se montraient de plus en plus mécontentes de l’Allgemeine- Verband dont l'attitude ne cessait pas d’être aussi hostile. I était contradictoire d’être à la fois membre de l'Union et de la Fédération de Hambourg ; l’un devait triompher de l’autre. Une rupture était dans la force des choses. Les circonstances allèrent au devant de cette nécessité interne ; le remède devait provenir de l’excès du mal.

(1) Consulter la statistique allemande n° 3, p. 303.

$ 3.— Le « Coup-d’Etat » de Kreuznach (septembre 1902).

Ruplure complèle entre la Fédération de Hambourg et l'AIgemeine-Verband. — Qu’aucun lien véritable n’ait jamais uni l'Allgemeine-Verband et la Société de Hambourg, c'est ce qu'il est très facile de constater ; cependant un lien officiel a éxisté entre ces deux Sociétés. Le Magasin de gros de Hambourg s’est décidé en 1900, six ans après sa création, à s'affilier à l’Allgemeine-Verband (1), l'admission du Magasin de gros fut prononcée par le Congrès de l’Allgemeine-Verband, réuni à Hanovre le 5 septembre 1900. Toutefois, il n'y a pas lieu de faire grand cas de ce lien officiel: tout d'abord, il dura fort peu ; il fut dénoncé avec éclat dès 1902 ; de plus, il n'a jamais impliqué une communauté de vues, ni de tendances. Il est difficile de dire à quelle intention a obéi le Magasin de gros en adhérant à l'Union : en fait, cette affiliation fut politiquement habile ; par ce moyen, la Fédération échappa au reproche qu'on pouvait être tenté de lui faire, celui de vouloir faire bande à part ; de plus, elle obligeait le comité de direction de l’Allgemeine-Verband à adopter à son égard une attitude ouvertement désobligeante qu'il était impossible de justifier.

Cette adhésion de la Fédération eut surtout pour effet d'amener la grande majorité des sociétés, membres de l'AIIgemeine-Verband, à accomplir en 1902 une sorte de coup d'Etat. L'esprit petit-bourgeoïs et foncièrement conservateur des sociétés syndicales adhérentes à l'Allgemeine-Verband, fut si vivement mis en lumière que peu de coopératives purent par la suite, rester affiliées à l'Union du docteur Crüger. Un coup de théâtre mit fin en 1902 à l'alliance des sociétés syndicales et des coopératives distributives que, par un prodige d'illogisme, l’Allgemeine-Verband avait réalisée pendant plus de 40 ans.

(4) Kaufmann, p. 176-177,

Le Congrès de Kreuznach (septembre 1902). — Le congrès annuel de l'Union s'était réuni le 6 septembre 1902, à Kreuznach, en Westphalie (1). Les membres des sociétés syndicales de production et de vente craignaient beaucoup le préjudice causé à leur commerce ou à leur industrie par les coopératives et la Fédération de Hambourg. La très grande majorité d’entre eux avaient une situation indépendante: petits artisans, petits propriétaires, surtout petits commerçants ; la concurrence des coopératives ne pouvait que leur être désagréable. |

Il y a plus à dire : les sociélés de crédit elles-mêmes souffraient directement de la concurrence qui leur était faite par les distributives ; celles-ci avaient institué dans leur sein des caisses d'épargne pour recevoir les économies de leurs membres ; les artisans, petits commerçants, petits paysans qui étaient membres des sociétés distributives et qui apportaient à ces sociétés leurs épargnes, desservaient les intérêts des sociétés syndicales auxquelles ils étaient également affiliés. Les coopératives, en constituant des caisses d'épargne, détournaient à leur profit une partie des fonds qui auraient été apportés aux sociélés syndicales de crédit.

L'hostilité des sociétés de crédit à l'encontre des coopératives était toute naturelle ; celle des associations ouvrières de production qui étaient parfois concurrencées par des sociétés distributives fabriquant elles-mêmes des articles de consommation courante, se justifiait également.

Associations ouvrières et sociétés syndicales avaient d’excellentes raisons de craindre la concurrence des coopératives, il n’en fallait pas plus pour donner aux membres du congrès de Kreuznach l'idée d’exclure de l’Allgemeine-Verband ces coopératives gênantes, en même temps que la Société de Hambourg qui centralisait leur force de résistance. Les so- ciétés syndicales avaient dans l’Union l'immense majorité :

(4) Kaufmann, p. 215-217.

l'exclusion de la Fédération de Hambourg, de l’Union des coopératives de Saxe et de 98 coopératives fut prononcée.

Cependant, ce coup d'Etat tourna à la confusion des sociétés qui l'avaient accompli.

Plusieurs Unions régionales, révoltées de voir que cette exclusion n’était légitimée que par les intérêts propres des sociétés syndicales ou de leurs membres décidèrent de se retirer également de l’Union du docteur Crüger. Les Unions coopératives de l'Allemägne du Sud, de l'Allemagne du Nord, de Thüringe et de Brandebourg envoyèrent leur démission au directeur de l’Allgemeine-Verband ; certaines coopératives des provinces de Saxe, Anhalt et Brunswick démissionnèrent également et constituèrent par leur réunion l'Union des coopératives de l’Allemagne centrale. Enfin, les sociétés distributives des pays Rhénans formèrent l'Union rhénane-westphalienne (1).

La formation du Zentral-Verband en 1902. — Ces Unions régionales au nombre de sept résolurent aussitôt de se grouper et de former une nouvelle Union coopérative nationale ; ce fut le Zentral-Verband Deutscher Konsumvereine. L'Union devait être définitivement constituée par l'assemblée générale de Dresde, le 17 mai 1903. A son origine, cette Union était presque intégralement composée des coopératives exclues de l'Allgemeine-Verband.

En l’absence de toute Union coopérative alliée, la Fédération avait dû organiser un bureau de rédaction et de renseignements pour organiser la propagande coopérative. En guise de cadeau de joyeux avènement, la Fédération — qui tenait en même temps son assemblée générale à Dresde — s’empressa de transmettre la propriété de son bureau de rédaction à la jeune Union coopérative qui accepta ce transfert.

Les sociétés, membres du Zentral-Verband, doivent admet-

(1) Kaufmann, p. 217.

tre, en fait, d’être indirectement rattachées au Magasin de gros de Hambourg. Sans'doute l'affiliation au Zentral-Verband ne saurait impliquer une inféodation au Magasin de gros de Hambourg — ces deux organisations sont de même niveau et traitent de pair à égal — elle suppose cependant un raltachement assez étroit à la Fédération allemande : une étude plus attentive du Zentral-Verband montre surabondamment cette interdépendance des deux sociétés centrales, qui se prêtent un mutuel appui.

$S 4. — Le fonctionnement du Zentral-Verband.

a) La composition du Zentral-Verband. Les 7 Unions régionales et le Magasin de gros de Hambourg. — Le Zentral-Verband se compose de coopératives distributives,de coopératives incorporées et d’associalions ouvrières de production.

A proprement parler, cette formule est inexacte ; le Zentral- Verband se compose à vrai dire de 7 Unions régionales et du Magasin de gros de Hambourg. Aucune société coopérative ou associalion ouvrière de production n'est rattachée au Zentral-Verband autrement que par l'intermédiaire d’une Union régionale, désignée du nom de « Revisions-Verband » textuellement Union de revision ou de contrôle.

Les 7 Unions régionales constitutives du Zentral-Verband. — Ces 7 Unions régionales qui se divisent le territoire allemand, comprenaient, à la date du 31 décembre 1906, 900 coopératives distributives et 28 sociétés différentes — 20 coopératives incorporées et 8 associalions ouvrière des production (1).

Ces 7 Unions régionales sont, par ordre d'importance croise sante : l'Union des pays rhénans et westphaliens : 64 sociétés

(4) Voir la statistique allemande n° #, p. 304 et le Zentral-Verband für 1907, p. 492-497.

adhérentes en 1906, 60.229 sociétaires, 16 millions de marks d’affaires annuelles ; — l'Union de Brandebourg et provinces avoisinantes, 68 sociétés adhérentes, 70.000 membres et 13 millions 1/2 d'affaires annuelles.

L'Union de l'Allemagne centrale : 101 coopératives affiliées 72.266 membres et 22 millions 1/2 de ventes annuelles.

L'Union de Thüringe qui s'étend sur 154 sociétés et comprend 80.629 membres, faisant 23 millions 1/2 d’affaires par an. 1e

L'Union du Nord-Ouest de l'Allemagne qui comprend près de 120.000 membres el fait un chiffre d’affaires de 27 millions 1/2.

L'Union de l'Allemagne du Sud : 180 sociétés adhérentes, 147.000 membres avec 40 millions de ventes annuelles.

Enfin l'Union de Saxe qui occupe une place tout à fait prépondérante dans le Zentral-Verband : les 153 sociétés qu'elle renferme ne comprennent pas moins de 227.580 membres, ayant atteint en 1906 le chiffre de 64 millions d’affaires.

Le chiffre de ventes des coopératives saxonnes affiliées est le tiers du chiffre d’affaires total de toutes les coopératives allemandes adhérentes au Zentral-Verband. La Saxe a donc le droit de se considérer comme le centre coopératif en même temps qu'industriel le plus important de toute l'Allemagne.

Au total, le Zentral-Verband avait réussi au 31 décembre 1906, à grouper 900 coopératives distributives ; les 865 sociélés qui avaient envoyé leur rapport à l'Union comprenaient 776.999 membres réalisant annuellement plus de 207 millions de marks d’affaires.

Les 7 Unions régionales du Zentral-Verband sont la plupart de fondation assez ancienne; elles remontent à 1864, 1867, 1868, 1877, 1886. Les deux dernières datent de 1902. Les o premières d’entre elles ont été constituées dans les cadres même de l’Allgemeine-Verband et sont passées en bloc au Zentral-Verband, après le coup d'Etat de Kreuznach. Quant aux deux Unions régionales constituées en 1902,celles des pays

Rhénans et de l'Allemagne Centrale, elles résultent du groupement de certaines sociétés coopératives de ces régions, qui ont démissionné de l’Allgemeine-Verband, les Unions régionales qui groupaient ces sociélés sont restées au sein de l'Allgemeine-Verband.

L'organisation régionale du Zentral-Verband est nettement élablie. Il reste à rechercher quelles sont les manifestations d'activité de ces Unions régionales. Au degré près, elles sont les mêmes que celles du Zentral-Verband : la propagande, l'éducation coopérative en général. Chaque Union possède un directeur, d'habitude le président d’une grande coopérative de la région; cette société devient pour ainsi dire une filiale du Zentral-Verband; elle tient à honneur de se montrer digne du choix dont son président a été l’objet et se transforme elle-même en un véritable foyer de propagande coopéralive. L'économie très régionaliste de l'Allemagne ajoute encore à l'importance des fonctions de ces organismes locaux. |

Le Magasin de gros de Hambourg, membre du Zentral- Verband, jouit des mêmes droits sur l'Union que les Unions régionales. Les 7 Unions régionales, décrites plus haut, sont les facteurs constitutifs du Zentral-Verband; il convient cependant de leur adjoindre un huitième et dernier élément constitutif : le Magasin de gros de Hambourg qui fait partie du Zentral-Verband au même titre exactement que les Unions régionales.

Ouels sont donc les droits du Magasin de gros sur le Zentral-Verband ? Nous sommes amenés à exposer rapidement le système d'administration de l’Union centrale,

b) L'administration du Zentral-Verband. — Les organes d'administration du Zentral-Verband sont au nombre de quatre ; le Congrès annuel des membres, le comité directeur, le conseil d'administration, le secrétariat (1).

(1) Le Zentral-Verband für 1907, p. 163-164.

Le Congrès annuel se compose de l’ensemble des sociétés adhérentes. Chaque société affiliée ne dispose que d’une seule voix, quelle que soit son importance ; les Unions régionales et le Magasin de gros ne possèdent chacun qu'un suffrage. La majorité appartient donc à des sociétés de moyenne importance. Cependant les dispositions très sages qui règlent la nomination du comité directeur et du conseil d’administration déplacent l’axe de la majorité et assurent la prépondérance aux Unions régionales et au Magasin de gros au détriment des sociétés coopératives elles-mêmes.

Le Comité directeur se compose de 11 membres ; 8 d'entre eux sont délégués par les7 Unions régionales et par le Magasin de gros, chacune de ces organisalions nommant séparément son représentant au Comité. Les 3 autres sont nommés par les sociétés adhérentes au congrès annuel. Les Unions régionales et le Magasin de gros, ayant chacun un représentant au Comité directeur, disposent ainsi des 2/3 des voix.

Le conseil d'administration se compose de 3 membres, élus par le congrès annuel sur la proposition du Comité directeur.

Le secrétariat de l'Union est l'organe exécutif du Zentral- Verband ; c’est au secrétaire général qu'incombe le soin de diriger l'Union dans sa propagande et de régler son activité générale ; cependant le conseil d'administration qui est investi d'un pouvoir de contrôle général, demeure responsable des actes du secrétaire. Il doit notamment observer si ce dernier se conforme aux décisions prises par les Congrès annuels ou le Comité directeur.

Ce rapide exposé montre que l'influence réelle appartient dans le Zentral-Verband aux Unions régionales et au Magasin de gros qui leur est assimilé. En tant que membre du Zentral-Verband, le Magasin de gros délègue un représentant non seulement au Congrès annuel, mais encore au Comité directeur de l'Union ; il est ainsi à même de participer à toutes les délibérations du Zentral-Verband. On comprend facile-

ment qu’une harmonie profonde règne entre l'Union centrale el la Fédération de Hambourg ; ces deux sociétés peuvent être considérées comme des institutions sœurs. L'innovation a son importance ; du temps où le Magasin de gros adhérait à l’Allgemeine-Verband, il était en lutte constante avec cette Union et ne disposait pas du moindre droit de vote aux congrès de l'Union (1).

L'interdépendance du Magasin de gros de Hambourg et du Zentral-Verband ne peut êlre mise en doute par personne, aussi est-il très légitime de considérer cette Union, comme la première base de la Fédération d’achat allemande.

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