‹ Les fédérations d'achat & de production des sociétés coopératives distributivesChapitre 47 sur 81 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le Danemark nous a donné l'exemple d’un pays quia atteint un grand développement coopératif, bien qu'il possède une économie industrielle très faible ; l’industrialisme d’un pays ne nous apparaît plus comme une condition nécessaire à l’extension du principe coopératif.

La France et la Belgique nous ont prouvé que,même en un pays très industrialisé, le mouvement coopératif pouvait rester enserré dans des limites extrêmement étroites ; en pays lan, le principe coopératif a toujours élé étouffé par les tendances corporatives et politiques à la fois que la Révolution de 1848 avait insufflées à la classe ouvrière française et belge : une très forte économie industrielle n'apparaît pas non plus comme une condition suffisante à la prospérité du mouvement coopératif.

La Hollande nous fournit une nouvelle preuve du même fait. Disons d’un mot que l'industrialisme n’est pas plus une condition suffisante que nécessaire à l'extension du principe coopératif ; en fin d'analyse, l’économie industrielle d’un pays apparaît simplement comme un facteur favorable, mais non essentiel à l'extension du principe coopératif.

Une classification absolument logique aurait exigé que nous disposions l’étude de la Hollande après celle de la France et de la Belgique, deux pays, comme elle, industrialisés, mais qui, pour des raisons différentes, n’ont pas non plus donné naissance à un mouvement coopératif prospère ; toutefois à raison de l'ignorance où nous sommes des causes, pour lesquelles la Hollande est restée réfractaire au principe coopé-

ratif — tout comme les pays d'Europe qui ont acquis une économie industrielle très tardive ou encore embryonnaire — nous aurons l’impolitesse de disposer son étude après celle des pays qui appartiennent au type syndicaliste el n’ont pas encore donné franchement leur adhésion au principe coopératif.

$S 1. — L’économie nettement commerciale et industrielle de la Hollande.

L'Europe centrale constitue avec la Grande-Bretagne la terre de prédilection du mouvement coopératif ; si l’on étudie au point de vue qui nous intéresse la carte d’Europe,on constate aisément que le mouvement coopératif, dépouillé de tous les mouvements connexes dont il a pu s'accompagner et avec lesquels on l’a si souvent confondu, est l'apanage — à peu près exclusif — des pays de grande industrie et de vie commerciale intense. Les Iles Britanniques et les pays de langue ou de civilisation germanique qui s'étendent des bords du Danube jusqu’à l'embouchure du Rhin et la presqu'ile de Jutland, sont les foyers les plus intenses de vie coopérative.

La Hollande, partie intégrante de cette vaste plaine du nord de l'Europe, si riche du point de vue industriel et commercial — l’un des plus beaux champs de travail qu'il ÿ ait au monde — devrait, pour répondre aux prévisions les plus raisonnables, avoir déjà atteint un assez grand développement coopératif. Depuis longtemps, en effet, son industrialisation est un fait accompli; dès maintenant, son économie industrielle est plus exclusive que celle de la France et de l'Allemagne ; sa population commerciale et industrielle équivaut à 172 0/0 de sa population agricole, au lieu que la France et l'Allemagne n’atteignent qu'à la proportion de 112 0/0 et 129 0/0.

En Hollande, le commerce, à défaut de très grandes industries, s’est énormément développé; de grandes aggloméra-

tions ouvrières, Rotterdam, Amsterdam, La Haye, se sont constituées qui offrent un terrain tout préparé au germe coopératif.

$ 2. — La faiblesse du mouvement coopératif hollandais.

Malgré l'économie profondément industrielle du pays, le principe coopératif a jusqu'ici complètement échoué en Hollande : telle est la vérité qu’il faut avoir toujours présente sous les yeux, quand on parle de coopération aux Pays-Bas.

Il est d'autant plus difficile d'expliquer le retard que présentent les Pays-Bas sous le rapport coopératif que nous n'avons pas la ressource de dire que le mouvement corporatif a jamais atteint en Hollande une grande intensité et a ainsi absorbé les instincts d'association et de groupement de la classe ouvrière hollandaise ; les associations ouvrières de production y sont presque totalement inconnues.

Il semble donc que le peuple hollandais n'ait pas encore saisi quelle utilité sociale et économique présentaient les sociétés distribultives ou ne possède pas complètement les qualités de discipline et de zèle qui sont nécessaires à la pratique du principe coopératif.

De quelque façon qu’on explique cette anomalie, la classe ouvrière des Pays-Bas n'a pas su tirer parti des admirables conditions de développement coopératif que contient l’économie nationale du pays. Tout au plus, peut-on dire que la Hollande fournit aux partisans de la coopération attristés, un motif de consolation ! Elle n'a pas ménagé au principe syndicaliste un sort plus favorable qu'au principe coopératif: le mouvement syndicaliste agricole ou industriel des Pays-Bas est resté peu conséquent (1); la Hollande n'appartient pas au type syndicaliste des pays européens. Sans doute, elle n’a pas profilé de la faculté que son économie nettement indus-

(4) Congrès de Crémone, 1907, p. 260-262,

trielle Jui donnait de devenir, comme l'Angleterre ou la Suisse, une des « reines » de la coopération ; du moins, son industrialisation avancée l’a-t-elle empêchée d'accorder au principe syndicaliste un développement important.

Les origines du mouvement coopératif aux Pays-Bas. — Les premières sociélés coopératives hollandaises remontent, semble-t-il, à 1866 ; elles sont donc apparues sur les bords du Zuyderzée sensiblement à la même époque qu’au Danemark, en Allemagne ou en France. Pourtant la Hollande, avec ses 240 ou 250 coopératives distributives, ne peut assurément pas soutenir la comparaison par exemple avec le Danemark dont la population de moitié plus faible a institué plus de 1.250 sociélés semblables. En 1892, les Pays-Bas ne possédaient que 34 coopératives, 92 en 1897, 123 en 1900 ; enfin 229 en 1906.

Quelques essais de coopération ont été faits en 1866 à Delft, Deventer, Zaandam ; ces premières sociétés étaient dues à l'initiative de quelques philanthropes dévoués ; le mouvement de 1866 était prématuré, il échoua. Vers 1878 1880, nouvel effort en vue de donner une impulsion définitive au mouvement coopératif. Nous constatons si ce n’est un échec, du moins un succès très modéré (1). La Hollande peut servir d'exemple à la vérification de cet axiome qu'un mouvement économique, pour être viable et fécond, doil reposer sur une véritable « masse économique », sur toute une classe d’acheleurs ou de bénéficiaires ; les efforts de quelques hommes de cœur peuvent réussir momentanément à mettre sur pied une entreprise économique, mais non à la faire vivre et prospérer. Le principe coopératif n’a jamais rencontré en Hollande de classe sociale qui lui soit dévouée ; aussi n’a-t-il jamais réussi à y prendre pied.

(1) Hayem, Rev, d'Econ. politique, 1903, p. 238.

$ 8. — L’Eigen-Hulp : 1878.

Les coopératives hollandaises, depuis leur origine, jusqu'à ces toutes dernières années, ont été fermées, en fait, et même pendant longtemps, en droit, aux membres de la classe ouvrière ; il faut remonter à 1889 pour voir se constituer en Hollande la première coopérative ouvrière. La responsabilité de cette exclusion incombe à la direction de l'Union coopérative, l'Eigen-Hulp — textuellement : Aide-toi toi-même — célèbre en Hollande, pour avoir eu une période de prospérilé assez grande.

Cette Union, constituée dès 1878, a été pour ainsi dire le mauvais génie de la Hollande coopérative. « L'esprit qui animait cette Union était tellement antidémocratique, au début, que les ouvriers se trouvaient tous statutairement exclus des coopératives de l'Union » (1).

A son origine, en 1878, l'Union n’admettait comme membres «que les hommes dont les ressources anciennes et acluelles provenaient totalement ou partiellement du travail cérébral » (1). Il fallait être membre de l'Union pour avoir le droit de se faire inscrire comme sociétaire de l'une des coopératives affiliées à l'Union ; les ouvriers ne pouvant être membres de l'Union n'étaient pas admis par les coopératives affiliées,

Cette exclusion a été abolie depuis ; mais l'entrée dans les coopératives reste assez difficile aux ouvriers ; elle est subordonnée au paiement de 4 florins 1/2; d'ailleurs, les ouvriers se sentant dépaysés dans un milieu aussi bourgeois, évitent de s’affilier à l'Eigen-Hulp.

La mentalité coopérative des membres de l’Eigen-Hulp est très pauvre ; ceux-ci songent uniquement à toucher les plus forts dividendes possibles ; ils ne se préoccupent en rien de constituer peu à peu ce capital impersonnel,libre de toutes

(1) Hayem, ibid, p. 242.

charges d'intérêt qui, progressivement grossi, serait l'apanage collectif des générations successives de consommateurs.

L’Eigen-Hulp, sans jamais avoir élé inféodée,comme l'AIlgemeine-Verband de Schulze-Delitsch, à l'idéal syndicaliste, n'en est pas moins demeurée toujours hostile au socialisme coopératif ; le génie propre à celte Union a toujours été l’esprit d’exclusivisme et le préjugé aristocratique.

Heureusement, son influence coopérative est-elle toujours allée en diminuant; l'Eigen-Hulp est tombée aujourd'hui en un tel discrédit qu’on peut dire qu’elle a cessé d'exister ; c'est à peine si, de nos jours, sur 250 sociétés existantes, une dizaine se rattachent encore à elle; la grande coopérative de La Haye s’est détachée tout récemment, les coopératives hollandaises semblent définitivement libérées de son empire funeste.

Tentative de Fédération d'achat, en 1879. — Dès le début du réveil coopératif de 1879, quelques sociétés affiliées à l’'Eigen-Hulp tentent un essai de Wholesale ; « elles songèrent à se mettre en rapports plus étroits pour acheter en commun et de première main les marchandises qui leur faisaient défaut. Quatorze coopératives s’entendirent dans ce but et chargèrent en 1882 la coopérative d'Amsterdam d'acheter en bloc les marchandises commandées par elles ; mais en fait, les commandes qui furent adressées à la coopérative d'Amsterdam furent si faibles que l’on renonça à pousser plus loin l’expérience » (1).

La coopérative de Rotterdam reprit sans plus de succès la même proposition.

$ 4. — L'Union coopérative néerlandaise : 1889.

Nous arrivons à 1885 sans qu'aucun organe fédératif ait encore été créé ; à celte époque, le Comité directeur de l'Ei-

(1) Hayem, ibid., p. 246.

gen-Hulp estima qu'il y avait lieu de faire aboutir cette idée de Fédération émise sans succès par différentes coopératives affiliées à l'Union. Un projet de statuts fut mûrement étudié ; il fut même décidé d'admettre dans ce groupement fédératif, toutes les distributives hollandaiïses, qu'elles fussent ou non affiliées à l’Eigen-Hulp. C'est ainsi que prit naissance le 29 novembre 1889 l’Union coopérative Néerlandaise : le « Nederlandsche Cooperatieve Bond ». Cette Union est en quelque sorte double, elle fait fonction de Bureau d'achat, comme d'Union coopérative, à proprement parler. Elle se compose de deux sections, un Secrétariat ou Chambre Consultative, la « Raadgevende Kamer » ; elle doit essentiellement donner des consultations et organiser l'instruction et la propagande coopératives ; elle est dirigée par une commission qui siège à La Haye.

La seconde section est la Chambre Commerciale pour l'achat en commun : la « Handels Kamer », la commission spéciale qui la dirige a son siège à Rotterdam.

Le Conseil de l’Union, le « Bondsraad » dont le siège est à La Haye, a pour mission de coordonner les efforts de ces deux organisations.

Le Magasin de gros embryonnaire que possède actuellement la Hollande a pris naissance sous la forme d'une simple section du Cooperatieve Bond : décrire l’histoire de cette inslitution revient à tracer les origines mêmes du Magasin de gros néerlandais.

L'Union coopérative sous la dépendance de l'Eigen-Hulp. — Longtemps la situation exacte de l'Union coopérative néerlandaise est restée difficile à préciser. Pendant bien des années, le Cooperatieve Bond a gardé l'empreinte de sa filiation el s'est ressentie d’avoir pris naissance sous la forme d'une section de l'Eigen-Hulp ; l'Eigen-Hulp, en constituant le Bond en 1889, avait entendu se réserver tous droits sur lui; il restait le maître, l'organe principal ; le Bond ne devait être

compris que comme l'accessoire, le complément de l’Eigen- Hulp ; c'est ainsi que la colisalion exigée par l'Eigen-Hulp de toutes ses sociélés adhérentes élait de 1 florin par membre, alors que le Bond, dans ses débuts tout au moins, ne prélevait sur les sociétés affiliées qu'une cotisation de 10 cents ou 21 centimes par membre.

L'Eigen-Hulp avait affirmé son hégémonie par une disposition célèbre — et scandaleuse à la fois — dans l’histoire de la coopération hollandaise : le fameux article 43 des statuts du Bond stipulail que « des changements aux statuts du Bond ne seraient pas valables, à moins d’être approuvés préalablement par l'assemblée générale de l'Eigen-Hulp ». Cet article était d'autant plus inadmissible quel’Union était ouverte même aux coopératives tout à fait en dehors de l'Eigen-Hulp ; l'Eigen-Hulp voulait ainsi rendre dépendantes d’elle des sociétés qui lui étaient étrangères. Cette situation était intolérable ; aussi l’histoire du Bond n’a-t-elle élé, pendant toute cette période, que l'histoire de sa séparation toujours plus profonde d'avec l'Eigen-Hulp, une rupture absolue est intervenue qui a mis fin à cette union boiteuse.

La différence de points de vue et d’aspirations s'était tout de suite révélée ; le Bond était dirigé par des hommes comme M. Gœdhart, profondément épris de l'idéal coopératif : suppression des intermédiaires et abolition progressive des revenus sans travail. L’Eigen-Hulp, au contraire, fidèle à ses traditions aristocratiques et à sa passion des gros dividendes, restait aussi éloignée que possible du désir de porter atteinte aux revenus patronaux et capitalistes.

Rupture entre l'Eigen-Hulp el l'Union coopérative (seplembre 1905). — Le Congrès de l'Alliance Coopérative Internationale, tenu à Delft en 1897, a donné une impulsion énergique aux idées coopératives en Hollande ; il a en même temps accéléré le mouvement de scission entre l’Eigen-Hulp et le Bond, l'opposition de vues entre ces deux organismes devint absolue ; la rupture s’imposa.

Déjà pareille tentative avait été faite en 1898; le Conseil directeur du Bond avait proposé en assemblée générale de répudier ce fameux article 43 qui établissait limmutabihité des statuts du Bond, sans autorisation préalable de l'Eigen- Hulp ; c'était la rupture complète. La majorité de l'assemblée préféra ajourner celte décision ; l’article 43 fut maintenu par 93 voix contre 75; mais la rupture, pour être repoussée,. n’était que différée, elle devait se réaliser à l'assemblée générale du 23 septembre 1905 par l'abolition du même article 43. Elle est donc aujourd’hui consommée ; on ne peut que s'en féliciter, elle a définitivement libéré le Bond de toute attache avec les pratiques mercantiles de l'Eigen-Hulp.

Un phénomène est propre à montrer jusqu'à quel point la nécessité de posséder en Hollande un organe coopératif central, dégagé de toute compromission avec l’Eigen-Hulp, était impérieuse ; nous voulons parler de la création dès 1899 du Bureau central des Avis sociaux : ce bureau avait pour but de centraliser tous les renseignements concernant les mutualités, les établissements d’assistance, les syndicats, les coopératives et de donner des consullations juridiques. Il faisait presque double emploi avec le Bond ; sa création était dictée par le désir d’avoir un organe de renseignements absolument indépendant de l’Eigen-Hulp. Longtemps, il a été dirigé par M. Treub, professeur d'économie politique à l'Université d'Amsterdam, qui s’est placé par son enseignement et son dévouement à la cause coopérative, tout à fait à la tête du mouvement coopératif en Hollande. Ce bureau de renseignements a eu rapidement une grande activité. La rupture du Cooperatieve Bond en 1905 avec l'Eigen-Hulp marque le développement moderne de la coopération en Hollande; c’est cette phase qu'il nous faut étudier maintenant.

$ 5. — Développement actuel de la coopération en Hollande.

L'Eigen-Hulp qui, pendant longtemps, a été le seul organisme central des coopératives hollandaises, est remplacée aujourd'hui dans ce rôle par le « Nederlandsche Cooperatieve Bond»; cette Union s’est efforcée de dresser la statistique des coopératives du pays.

11 semble que le nombre total de ces sociétés s'élève environ à 250 , mais il s’en faut de beaucoup que toules ces coopératives aient une vie économique véritable ; la moitié au moins d’entre elles refusent obstinément de faire acte de vie civile ; elles ne se laissent point recenser et ne répondent pas aux questionnaires qui leur sont adressés par le secrétariat de l'Union : sur ces 250 sociétés, 70 seulement adhèrent au Cooperatieven Bond.

Ces 70 sociétés adhérentes comprennent, à elles toutes, en. viron 42.000 membres à la date du 1° janvier 1907. Elles font à peu près 10 millions d’affaires par an ; presque loutes sont situées dans des villes.

Il n’est pas suffisant de connaître ce résultat d'ensemble, il importe de voir entre quelles tendances ces sociétés se répartissent : ces 70 coopératives, si peu nombreuses soient-elles, représentent trois types différents de sociétés (1).

1° Les coopéralives eigen-hulpiennes.

Une dizaine des sociétés adhérant au Bond sont en même temps affiliées à l’Eigen-Hulp ; leur importance est fort restreinte, encore convient-il d'ajouter que l'influence que l’Eigen-Hulp exerce sur elles est tout à fait nulle, elles vivent chacune d'une vie autonome, se désintéressant de toute action commune : il n'ya presque rien d'exagéré à dire que

(4) Rapport de l’Union coopérative néerlandaise (Verslag over het Bondsjaar) 1906-1907, p. 22 à 29.

l'Eigen-Hulp a vécu, el n'est plus qu’un souvenir du passé. Un seul trait reste commun à ces 10 sociétés groupées sous le nom de l'Eigen-Hulp; c’est d’être très aristocratiques et de comprendre principalement parmi leurs membres des fonctionnaires ou employés de l'Etat et des communes et des membres des professions libérales ; en fait, aucun ouvrier n’adhère à ces sociétés eigen-hulpiennes.

Ces 10 sociétés ne sont pas importantes ; elles n'atteignent pas à elles toutes, le total de 7.000 membres ; la société d'Amsterdam qui compte 2.547 membres au 1° janvier 1907 et atteint un chiffre d’affaires de moins de 900.000 francs, est la plus considérable d’entr'elles. Ces sociétés ont été justement qualifiées de « chasseurs de dividendes » ; un mot les définit et les juge : elles n’ont aucun idéal coopératif et ne voient que le profit immédiat de fin d'année.

20 Les coopératives diles neutres. P

La seconde catégorie des coopératives adhérentes au Bond est constituée par les sociétés distribulives dites neutres ; elles comprennent à la fois dans leur sein des ouvriers et des bourgeois — nous donnons à ces mots leur sens trivial ; — elles ne s'occupent point de politique : c’est la fraction la plus importante des coopératives adhérentes à l'Union ; on en compte actuellement plus d'une quarantaine. Elles ont dans le Bond la majorité et atteignent les plus forts chiffres d’affaires des coopératives hollandaises ; au premier rang se placent les deux coopératives de La Haye, la société distributive autrefois membre de l'Eigen-Hulp, et le Volharding, « La Persévérance» (1).

L'une et l’autre comptent plus de 8 à 9.000 membres ; mais la première de ces sociétés, l’ancienne distributive eigen-

(1) La société de La Haye convaincue de l'absolue inutilité qu'il y avait pour elle à faire partie d'une Union dont l’activité était si faible, s'est retirée de l'Eigen-Hulp au commencement de 1907 ; il n'y a pas d’autre raison, paraît-il, à attribuer à cette démission.

hulpienne, a le plus fort chiffre d’affaires ; elle a atteint en 1906 un chiffre de ventes de 2.150.000 florins, c'est-à-dire de plus de 4 millions 1/2 de francs ; son capital social se monte à environ 475.000 francs ; enfin elle a réalisé en 1906 630.000 francs de bénéfices ; elle a donné une ristourne de 12 5 0/6 du prix d'achat des marchandises, ce qui est trop (1).

Le Volharding -— la Persévérance — est la deuxième coopérative de La Haye ; elle compte 500 membres de plus que la société de la Haye autrefois eigen-hulpienne, mais elle n’a atteint en 1906 qu’un chiffre d’affaires de plus de 3 millions de francs ; elle est presque exclusivement composée d'éléments ouvriers ; elle borne sa principale activité à fabriquer du pain, cet élément essentiel de l’alimentation des classes ouvrières.

Les deux coopératives distributives de la Haye s'adressent chacune à une classe sociale différente ; le Volharding, fondé en 1882 par une centaine d'ouvriers, s’était autrefois occupé de politique ; la société, tout en restant favorable aux idées socialistes, a résolu depuis quelque temps de se désintéresser de l’action politique et de restreindre son activité à sa gestion économique.

Aucune autre société coopérative neutre adhérente au Bond ne mérite de mention ; les sociétés de Rotterdam et d’Amsterdam sont peu conséquentes.

30 Les coopéralives socialistes.

Le troisième et dernier groupe des coopératives affiliées au Bond est constitué par les coopératives socialistes ; elles ont tout récemment adhéré à l’Union ; ces sociétés sont au nombre d’une vingtaine.

Des considérations financières et commerciales ont seules entraîné leur adhésion : une coopérative ne peut adhérer à la Chambre commerciale du Bond, sans adhérer au Bond lui-

(4) Rapport pour 1906-07 du Cooperalieve Winkelvereeniging van Het districl's Gravenhage der Vereeniging Eigen-Hulp, p. 1.

même ; ces sociétés s'affiliant à l'Union n’ont pas entendu adhérer au principe de neutralité du Bond; elles ont voulu simplement bénéficier des avantages qu'offre la Chambre commerciale.

Ces sociétés s’inspirent du type belge des coopératives socialistes ; elles entrent ouvertement dans l'arène politique et soutiennent les ouvriers en grève; leur nombre va sans cesse en augmentant ; ces distributives sont d’ailleurs en Hollande les seules à posséder un véritable esprit coopératif, 1l semble qu’en ce pays comme en tout pays coopératif, seules les classes ouvrières soient capables de comprendre ce qu'il y a de grand et de noble dans les institutions coopératives.

Les coopératives eigen-hulpiennes el les coopératives neutres de la Hollande présentent presque toutes à des degrés différents le caractère d'entreprises mercantiles ; ces sociétés manquent d'âme et d'énergie; les coopératives socialistes, au contraire, petites et énergiques, sont des noyaux de propagande ardente socialiste et coopéralive tout à la fois ; elles servent de centre de ralliement et d'école à la classe ouvrière de la Hollande.

Ces 25 coopératives socialistes adhérentes au Bond, toutes inspirées du même idéal politique, forment entr’elles une Union et luttent d'accord les unes avec les autres sur le terrain polilique et électoral.

Au total les 70 sociétés adhérentes au Bond ne comptent que 42.000 membres et effectuent 10 millions d'achats par an.

Il importe maintenant, que nous avons étudié la base sur laquelle repose le Cooperatieve Bond, d'en examiner la struclure et le fonctionnement,

S6.— A. — Fonctionnement du Bond ou de la Chambre consultative.

1° Composilion du Bond. — Le Nederlandsche Bond se compose de sociétés distributives, de sociétés syndicales et d’as-

sociations ouvrières de production (1) ; ces sociétés syndicales et associations ouvrières élaient au nombre de 80 au début de 1907, alors que 70 sociétés distributives avaient fait adhésion au Bond. L’exclusion des sociétés syndicales et associations ouvrières, dans un avenir assez rapproché, semble probable ; en tout cas, dès maintenant, la majorité dans le Bond appartient à l'élément coopératif (2).

2 Administration du Bond. — La structure de l'Union néerlandaise rappelle beaucoup celle de l'Union coopérative française : la Chambre consultative de l’une et de l’autre de ces Unions a pour mission essentielle de donner des consultations juridiques à ceux qui les sollicitent et d'organiser la propagande ; l'organe commercial, l'Office coopératif ou la Chambre commerciale, constitue de part et d’autre un embryon de Magasin de gros.

Les deux Chambres dont se compose le Bond sont dirigées par deux comités, nommés l’un et l’autre par l'assemblée générale de l'Union; par leur réunion, ces deux comités forment le Bondsraad ou Conseil directeur de la Fédération : il se compose de 7 membres élus par les sociétés affiliées.

Il est intéressant d'étudier selon quels principes, différents chiffres de voix sont attribués aux sociétés adhérentes ; les sociétés comprenant de 50 à 500 membres auront droit à autant de suffrages qu’elles comprennent de fois 50 membres ; mais au-dessus de 500 sociélaires, les sociétés adhérentes n’augmentent d'une unité le chiffre de leurs voix qu’autant qu’elles ont 500 sociétaires en sus des 500 précédents (3). Les petites el moyennes distributives sont ainsi fortement avantagées au détriment des grandes : il est très facile de posséder 10 suffrages, mais très malaisé de dépasser ce chiffre de voix. Des 70 sociétés adhérentes, il n’y en a que 8 qui jouissent de

(4) Article 6 des statuts.

(2) Rapport du Bond pour l’année 1906-1907, p. 26-27, (3) Article 41 des statuts et Rapport du Bond pour 1906-1907,

plus de 10 voix, les deux grandes distributives de la Haye possèdent chacune 22 voix ; c’est le maximum atteint jusqu à ce jour.

3° Revenus du Bond.— Les revenus annuels de la Chambre consultative, disons du Bond, pour simplifier, ont une double origine.

a) Le Bond commence par prélever 1 0/00 sur le chiffre des ventes de la Chambre commerciale aux sociétés adhérentes, durant la pénultième année. Dans l'exercice 1906-1907, la Chambre commerciale a eu un chiffre d'affaires de 1.639.000 florins,soit 3 millions e demi de francs environ,le prélèvement de 1 0/00 à opérer en 1908-1909 sur ce chiffre d'affaires déjà ancien sera de 1.369 florins, soit 3.441 francs (1).

b) À côté de ce prélèvement de 1 0/00, la Chambre consullalive perçoit une cotisation annuelle de 5 cents ou 10 centimes par membre des sociétés adhérentes. Dans le budget prévu pour 1908-1909, celle source de revenus est évaluée à la somme totale de 2.451 florins, soit 5.147 francs. En effet, à côté des sociétés distributives, le Bond comprend des sociétés syndicales et des associations ouvrières que cette taxe a principalement pour but d'imposer,

c) Beaucoup de ces associations ouvrières de production sont peu nombreuses ; on a jugé qu’il n’était pas suffisant de leur faire payer 10 centimes par membre et par an. On a fixé pour toute société adhérente au Bond une cotisation minimum de 10 florins par an ; il importe peu que cette somme ait été payée ou non sous un seul chef de recettes (1). Cette disposition a pour principal résultat de porter à 10 florins la colisation de la plupart des associations ouvrières ; elle a produit au Bond un supplément de recettes de 500 florins environ,

(1) Article 46.

Les deux sources de receltes, avec adjonction de la règle de la cotisation minima de 10 florins, produiront pour 1908- 1909 une somme totale de receltes de 4.613 florins, soit 9.687 francs. Le budget de l'Union s’élèvera donc en 1908- 1909 à moins de 10.000 francs, on voit la faiblesse de ces recettes ; toutefois on n’en demeurera pas surpris, si l’on songe que l’Union n’embrasse qu’une population coopérative de 42.000 membres.

Le système actuel de fixation de ressources du Bond est tout récent ; il ne date que de 1906 et 1907; auparavant, l'Union avait pour unique ressource, un prélèvement de 1 0/00 du chiffre d’affaires des coopératives adhérentes avec leurs propres membres. A ce titre furent prélevés en 1905-1906, 3.966 florins ; le chiffre d’affaires des 46 sociétés adhérentes à cette époque se montait en 1904 à près de 4 millions de florins : la somme prélevée en applicalion de ce système était sensiblement égale à celle que produit le double prélèvement actuellement en usage (1). 2

$ 7. — B. — Fonctionnement de la Chambre commerciale,

A côté de la Chambre consultative, simple organe de propagande et de renseignements, fonctionne la Chambre commerciale de la Fédération : c’est à elle qu’incombe la tâche fondamentale d'organiser dès maintenant aux Pays-Bas l'achat et la production coopéralifs. A l'heure actuelle, la Chambre commerciale a disparu en tant que simple section du Bond, elle a donné naissance à dater du 1 mai 1907 à un véritable Magasin de gros. La transformation de la Chambru commerciale, simple commissionnaire en un Magasin de gros, doué de personnalité juridique et pourvu de capitaux, a eu pour résultat de séparer nettement les deux sections de Bond, la Chambre consullative et la Chambre commerciale ; à par-

(4) Rapport du Bond, pour 1906-1907, p, 27, En 25

ler plus exactement, il ya maintenant deux institutions parallèles mais distinctes, d’une part le Bond, l’Union coopérative néerlandaise constituée seulement par la Chambre consultative, organe de propagande ; d'autre part, le Magasin de gros ou Fédération d'achat, entreprise essentiellement économique et commerciale. La Chambre commerciale en acquérant une certaine influence, s'est progressivement détachée du Bond. La plupart des pays coopéralifs manifestent un processus tout à fait similaire. Normalement c’est au sein de l’Union que prend naissance la Fédération ; celle-ci une fois devenue assez forte, se met à vivre d’une vie propre.

1° Composition de la Chambre commerciale. — La Chambre commerciale ne comprend que les sociétés coopératives adhérentes au Bond ; une trentaine de sociétés syndicales ou d’associations ouvrières de production adhérentes au Bond en 1906 restent en dehors de la Chambre commerciale ; toutefois celui-ci n’a pas à déplorer l'absence de ces sociétés anticoopératives ; elles ne lui apporleraient ni force morale ni puissance d’achat.

2° Son administration. — La Chambre commerciale est administrée par un comité siégeant à Rotterdam, tandis que ie Comité directeur du Bond tient ses assises à La Haye.

3° Son capital social. — Dès le début de son activité, la Chambre commerciale a eu besoin de capitaux assez importants. Son capital social était constitué par les souscriptions des sociétés adhérentes qui étaient obligées à un minimum de versement de 1 florin par membre ; au 1% janvier 1907, les 67 sociétés distributives rattachées à la Chambre commerciale comprenaient 42.035 membres; elles avaient souscrit 88.200fr. de parts sociales, dont un peu plus de la moitié était versée, exactement 45.150 francs (1).

(1) Statistique de Hollande n° 2, p. #17.

L'assemblée générale du 27 avril 1907 qui évigea la Chambre commerciale en Fédération d'achat, a décidé de porter à ? florins la souscription minima de chacun des sociétaires des coopéralives adhérentes ; la Fédération va entrer en possession d’un capilal double de celui de la Chambre consultative.

Les revenus annuels du Magasin de gros sont ses bénéfices commerciaux : nous voudrions apporter ici des chiffres ; malheureusement la chose est impossible.

La Fédération d'achat ne remonte qu'au 1° mai 1907 ; jusqu'à celle date, la Chambre commerciale ne pouvait avoir de véritables bénéfices ; elle faisait seulement fonction de commissionnaire et de courtier agissant pour le compte des sociétés clientes ; la Fédération est de création trop récente pour avoir déjà publié de bilan financier.

Il est intéressant de constater de quelle manière seront réparlis les bénéfices ultérieurs de la Fédération. Avant tout prélèvement, 10 0/0 des bénéfices doivent être affectés au fonds de réserve du Magasin de gros ; ce fonds de réserve esl, pour le moment, tout entier à créer. 10 0/0 sont attribués à la caisse du Bond ; 8 0/0 sont répartis entre les employés du Magasin de gros ; le reste des bénéfices est partagé par parlies égales entre la Fédération et les sociétés clientes (1).

Ce mode de répartition est très sage : plus de la moitié des bénéfices est socialisée, affectée à différents fonds collectifs. De pareilles disposilions révèlent chez ceux qui les ont préconisées et adoptées un véritable esprit coopératif ; nous ne pouvons que les en féliciter et souhaiter au Magasin de gros de connaître bientôt une heureuse prospérité.

4 Développement de la Chambre commerciale (1889-1907). — La Chambre consullative n'a encore pris qu'un développement presque négligeable ; depuis sa constitution, elle n’a jamais réussi à réaliser de progrès satisfaisants. Fondée le

(1) Articles 22 et 29 des statuts.

29 novembre 1889 en même temps que l'Union coopérative, elle ne comprenait que 13 sociétés en 1890 : 12 sociétés eigenhulpiennes et une coopérative neulre ; elle reçut fort peu d'adhésions. Elle ne comptait encore que 18 sociétés à la fin de 1895, 26 à la fin de 1900 ; 46 en 1904 et 67 à la fin de 1906, son chiffre d’affaires n'était que de 2 461.200 francs en 1902- 1903 ; il atteignait 3.441.000 francs durant l'exercice 1906-

Ce chiffre d’affaires esl bien peu considérable ; il est notablement inférieur à celui de la plus grande coopérative de Hollande, la coopérative de la Haye anciennement affiliée à l'Eigen-Hulp et dont le débit annuel dépasse 4 millions 1/2 de francs. Encore faut-il observer que la Chambre commerciale n’a jamais pratiqué que l'achat par voie de commission; les 3 millions 1/2 de francs de marchandises commissionnées dont il s’agit, représentent une activité économique presque insignifiante.

Les achats des sociétés auprès de la Chambre commerciale se répartissent d'une manière très inégale ; 4 grandes sociétés, sur les 67 qui sont adhérentes, ont acheté à la Chambre commerciale en 1906-1907 des marchandises pour une valeur totale de 952.000 florins, les coopératives de La Haye, Amsterdam, Utrecht et Rotterdam ont acheté,à elles quatre 58 0/0 des marchandises totales vendues parla Chambre commerciale cette même année. La grande majorité des sociétés adhérentes n’a donc effectué auprès de la Chambre que des achats de très faible importance.

La Fédération d'achat qui a succédé le 1°" mai 1907 à la Chambre commerciale semble avoir toutes chances de réaliser dès sa première année de fonctionnement 4 ou 5 millions de ventes, l’organisation à laquelle elle succède ayant réalisé l’année précédente un chiffre d'affaires de 3 millions et demi.

(1) Statistiques de Hollande n°$ 4 et 2, p.417, et Rapport du Bond pour 1906-1907, p. 25.

$ 8. — Fédéralisation et coopératisation de la Hollande.

Il serait intéressant d'examiner si le développement encore si restreint de la Chambre commerciale est en rapport avec le mouvement coopératif du pays ; malheureusement les chiffres statistiques font presque complètement défaut ; aucune statistique ne relate le nombre des coopératives qui existent en Hollande, moins encore leur chiffre d’affaires ; nous possédons seulement quelques renseignements sur les sociétés affiliées à l'Union. |

En 1904, les 24.000 membres qu’englobaient les 46 sociétés adhérentes à la Chambre commerciale, faisaient un chiffre d'affaires de 7.423.500 francs ; la Chambre commerciale leur avait vendu par commission plus de 33 millions de marchandises.

A la fin de 1906, 67 sociétés avec 42.000 membres avaient fail adhésion ; l'effectif des sociétés affiliées avait donc doublé en deux ans, leur chiffre de ventes atteignait 10 millions ; et celui de la Chambre commerciale s'élevait à 3.441.000 fr. La fédéralisation des coopératives hollandaises ne marque pas des progrès très satisfaisants.

La Fédération d'achat néerlandaise a disposé dès sa création en mai 1907, d’un embryon de clientèle, d’un petit noyau de sociétés dévouées ; elle repose sur des principes coopératifs très exactement élablis, et peut prétendre à un certain essor, toutefois la faiblesse du mouvement coopératif général de la Hollande ne lui laisse pas une marge de développement bien grande. Le tiers des marchandises vendues en 1906 par les sociétés affiliées provenait de la Chambre commerciale, ce taux de 33 0/0 qui marque la fédéralisation des coopératives hollandaises est assez appréciable, l'essor du Magasin de gros de Rotterdam dépend essentiellement de la croissance du mouvement coopéralif général en Hollande.

La Hollande, pas plus que la France ou la Belgique, n’occupe la place qui devrait lui appartenir dans le monde coopé-

ratif ; ces {rois pays, depuis longtemps industrialisés, n'ont “pas su profiter des éléments si favorables que leur économie nationale offre au principe coopératif ; les classes populaires qu'ils contiennent n'ont pas fait preuve de cette énergie, de cette constance qui assurent le succès aux intrépides : toutefois certains présages semblent annoncer un profond travail ausein de ces masses ouvrières encore si inconscientes deleurs destinées et de leurs intérêts ; des progrès semblent imminents qui marqueront. l'entrée de ces pays dans la phase triomphale de leur mouvement coopératif.

Page 1