LE PRISONNIER
Tout en haut du haut donjon Où mon âme fait sa peine.
J'apprivoise des pigeons Qui viennent fleurir ma chaîne.
Je prends assez bien mon mal Et, pour vaincre mes journées, J'ai fait, sur des vers banals, Des chansons aux araignées.
LK PRISONNinil 47
De divertissants geôliers En des robes doctorales, Pour le rhoix de mon collier S'insultent et font scandale.
Ils me permettent le soir D'aller jouer à la drogue Chez le bourreau rouge et noir Qui me promet à son dogue.
Alors je m applique au jeu A la clarté d'un long cierge, Sous les caresses d'un feu Nourri de poignées de verges.
Les yeux m'enseignent prudence, Au mur mon ombre en gaieté M'apprend de sûres cadences, La flamme est la liberté.
Les oisives aux yeux doux Pour qui la geôle a des charmes, Admirent les beaux bijoux Que je forge avec mes larmes.
Ainsi, je tire mon temps De bagnard, comme les autres. Avec les sourds mécréants Et les imprudents apôtres.
El, coiffé d'un bonnet vert, Paradoxale perruque, J'ai bâti pour rien des vers Et fait l'amour en eunuque.
Pourtant, dans un jour ou deux, Cest le bruit qu'on me colporte Et qui me rend malheureux.
On viendra m'ouvrir la porte.
Or, j'ai peur de ce matin, Car la vierge et la putain Attendent ma délivrance Et se font des confidences !