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LE TZIGANE

J'aurais voulu mourir, satisfait du destin, Comme mon ours d'Asie qui mourut l'an passé, En me léchant les mains, Ayant dansé pour ceux que j'avais fait danser.

Ma mémoire est pareille à la route suivie

Et pareille à la vie,

C'est la route incertaine, au loin point un village...

Et vieilli maintenant j'y reviens pas à pas

Et d'âge en âge,

Pour l'amour d'un clocher ou d'un canard sauvage.

Il y avait un petit traktir en bois sur le bord du chemin.

La jument grise mâchait son foin,

La cheminée fumait au toit de la carriole,

Un ruisseau de mika flattait le tronc des saules

Et, du plus haut d'un talus

Fleuri de pierres et d'herbes folles,

Tout nus

Mes quatre frères et mes deux sœurs

Et moi glissions dans l'eau avec douceur ;

Mon père tondait son chien, ma mère faisait la soupe.

Deux voyageurs français considéraient la troupe.

Ils souriaient et ils causaient de nous, dans leur langage.

L'un d'eux nous donna de l'argent, à tous les sept,

L'autre m'offrit des cigarettes

Et ses yeux frémissaient ainsi qu'un ciel d'orage.

Il trouva pour mes sœurs jalouses deux mouchoirs roses.

Ça n'est pas très intéressant

Mais, voyez-vous, c'est de ces choses

Que s'alimente notre sang.

Et maintenant tout est fini,

Je me suis arrêté.

Or jamais le marcheur

Qui a rompu son pacte

Ne saurait retrouver la route dont son cœur

Rêva, belle comme un lac,

Aux rives d'à-jamais et d'immortalité

Et qui porte à nos lèvres pour manger et pour boire

L'haleine du matin et le soupir du soir.

Déguisé en baron polonais d'autrefois

Avec quatre Hongrois,

Deux Serbes, trois Roumains et le Juif au piano

On peut me voir jusqu'à minuit

A Torchestre du Casino.

Pour mes yeux pleins de tous les horizons du monde,

Pour mon col de victime et mes mains de bourreau

Des filles tièdes parfois caressent mes poils gris.

Et meurtri de baisers en des lits merveilleux

J'évoque les amours des bois et des prairies

Et les nuits où les loups veillaient sur les fiers jeux

Delà souple passante et du meneur de ronde.

Cherchant sans la trouver l'énigme du martyre

J'aurais voulu mourir

Gomme meurt, sous le flot de clarté blanche et dure,

La note déchirée qui jugule l'espace

Et se brise en chantant sur la corde qui casse.

Je voudrais être mort depuis déjà longtemps.

Pauvre vieux poème ambulant,

Riche de tous les chants par quoi l'homme respire,

Qui s'est un jour fixé dans l'âme des moins purs.

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