ARTHUR RIMBAUD
A M. Jacques de Boisjoun MorUlf Ange et Démon
Mortel, Ange et Démon, poète et baladin, Casseur de pierres aussi et soldat de fortune, Rimbaud ! frère de ceux qui naissent pour Texil, Tu passas, recelant sous la face commune Le visage d'un dieu honni des dieux voisins Et voulus, dîneur las des festins inutiles, Mordre sans les cueillir tous les fruits du jardin.
Sur tes cahiers d'enfant écrasés de ratures,
Partout enluminés d'énormes caricatures,
Dans l'étude moisie et sous le gaz blafard
Tu griffonnais, petit prodige narguant son art.
De» pamphlets prophétiques que tu signais : Arthur,
N etais-tu que l'enfant maudit de Charleville ? Des mères font crié dans les rues : « Antéchrist ! » Sans savoir quelle aurore illuminait tes yeux Et sans faire baiser tes cheveux à leurs fils. Tu fus le frère lointain des princes douloureux CLui quelque soir, au fond d'une sombre Bavière, Qyand les étudiants chantent autour des pots de bière, Laissent les eaux gardiennes se refermer sur eux, Pour avoir compris l'âme des cygnes et des lys,
Un matin ce fut beau. Au pied d'un sapin rouge Déroulant jusqu'à toi ses bras de palmes vertes, Le voyageur qui va triste de bouge en bouge, De palais en palais et dans les gares désertes S'ennuie à regarder la pluie aux carreaux noirs, L'éternel voyageur cherchant le but de vivre Et ne le trouvant pas et repartant put voir — Et trembla de le voir et de t'avoir surpris — Au pied d'un sapin rouge un poète accroupi, Qiii riait aux éclats et qui brûlait son livre I...
Un empereur casqué de plumes et vêtu d'or T'estimait. Ses sujets disaient : « Rimbaud le Juste ! »