LE RETOUR DES ORPHELINS
A M. Frédéric Raisin
C'est des plus mornes soirs que reviennent mes rêves, Ils ont vogué longtemps, ils sont très fatigués ; Leurs pieds fleuris ont saigné sur toutes les grèves. Ils grelottent sous le manteau des destinées.
Pauvres enfants perdus ! ils frappent à ma porte, Honteux et redoutant l'accueil du mauvais chien, — Entrez, réchauffez-vous et comptez-vous, c'est bien, Ils entrent, orphelins heureux qu'on les supporte,
Et moi je les contemple et les reconnais mal,
Il me faut écouter d'absurdes confidences,
Un récit de naufrage expliquera l'absence
Des plus beaux, l'un est mort d'amour ou du haut mal.
Voici que tout à coup ils bavardent en chœur Et ces mauvais enfants, triomphant de l'oubli. Connaissant qu'il me faut élire un favori Mentent éperdument en s'arrachant mon cœur
« Souvene{-vous du jour ou vous m'ave^ aimé l Je naquis virginal et frais comme ses lèvres ! Je naquis reposant dans la moiteur desjièvres, Quand la chambre fleurait l'anémone fanée ! »
« Cest moi qui t'apportai le glaive des victoires t C'est moi qui couronnai d'un bandeau d'or ta tête ! J'ai sonné pour ta joie ! »
— Les cloches sont muettes Et le glaive est brisé,
« Moi je t'offris à boire ! »
« Aux plaies des vagabonds vois rutiler ton sang, Tu nous avais perdus un soir dans la tourmente ^