LE FAUNE
A Pierre Loiiys.
Toutes les femmes, je les veux.
Rompus les fers qui le rivaient aux anses de Tunique amphore, tant pleurée néanmoins, l'esclave se déchaîne par la cité, tumultueux comme une force longtemps comprimée.
A la chrétienne solitude si coupable en péchés succède la païenne multitude où la vertu c'est de pécher beaucoup, la morale différant selon les angles au point de hacher menu sur le billot ce chenapan alors que cet autre on Vérige sur l'abaque d'une colonne triomphale.
112 LES REPOSOIRS DE LA PROCESSION
Parmi la céramique humaine, me voici, corps cambré de façon pompéienne, mes yeux pers dardant leurs flèches à travers la coifFure de pampres dont ma bouche tette les grappes frivoles, et çà et là je vendange l'éparse folie de la vie.
Vestales, matrones, patriciennes, lesbiennes, hétaïres, nymphes, histrionnes, bacchantes, joueuses de flûte...
A Taff'ranchi toutes paraissent belles diversement, jusques aux vilaines que farde ma pitié, toutes me dévoilent ou me vantent leur publique ou mystérieuse argile, et dans ce grandiose épanouissement je répudie la farouche égérie qui sur moi tint si longtemps les persiennes closes, et je me rue vers une orgie divine tant elle est multiplement humaine, et, en une danse canaille de pressoir, parmi la giration de mes^ désirs, j'épreins des seins, des joues, des ventres, des cuisses — des âmes — cependant que, stérile ou féconde, ma joie se dépense éperdument sous les abeilles et les guêpes du soleil
LES FÉERIES INTERIEURES Il3
qui vibre entre mes cornes piquées dans le ciel d'antimoine.
Toutes les femmes, je les ai !
Paris, 1890.
LES FÉtRIES INTÉRÏliURES