‹ Les féeries intérieures, 1885-1906Chapitre 19 sur 53 · LA CHARMEUSE DE SERPENTS · texte numérisé non relu

LA CHARMEUSE DE SERPENTS

A Alfred Jarry^

Sur l'orteil, nichons de proue, publique, elle se cambre, à poils : diadème à ses pieds, sedélovanl au déclic de son geste, lascivement jaillissent vers les yeux d'aiguail les serpents tout à l'heure assoupis, et la fille aussitôt s'abandonne au brasier de spirales que la foule pressent de rubis sous l'écaillé^ ce pendant que Satan, maître du cirque, renifle le festin en apprêts au fond de la crapule, car déjà les reptiles ont envahi la chair ciselée de flèches vives et vont consumer l'âme de l'idole qui se pâme.

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symbolique, en sa malig-ne apothéose de révolutions, un sifflet de vipère entre ses lèvres de cerise.

Foire de Montmartre, 1890.

L'ÉTERNEL INGESTE

A Eagenio de Castro.

Théa l'Arcencélesle est le centre du monde.

Plus grandiose que l'impératrice des montagnes, mais parée d'invisibilité dive, elle triomphe, universelle.

Et vers sa gorge d'avril ascendent, émanées de son ventre, diverses, les Races.

L'une après l'autre, la prunelle ébriée par le passer brusque de la ténèbre aux épines de la rose claire, elles gravissent, de leurs pas incertains et menus, gravissent, comme assises sur deux bras qui les élèveraient, le buste, et, se

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LES REPOSOIRS DE LA PROCESSION

divisant aux mamelles, chacune alors épanouit sa bouche imperlée.

Dès que ses lèvres cajolent ses fraises, Théa de pâmer son haleine sur les deux flûtes de Pan piquées dans ses gencives; et cette harmonie demande :

— « 0 Race, ta nuance ? »

Si répond la Race :

— « Rouge. »

Théa, matriale, épand un lait rouge emmi la bouche.

Si orangée se dit la Race, un lait orangé. Si jaune la Race, un lait jaune.

Si verte, un lait vert.

Si bleue, un lait bleu.

Si indigo, un lait indigo.

Si violette, un lait violet.

Pour que chacune perçoive selon sa destinée. Et, durant la procession des théories, la géante chante, juvénile:

— « Venez, parvules multitudes, venez, à l'ombre de ma chevelure de cèdre, puiser l'ave-

LES FÉEHIES Ix\TÉl\IEUI\ES

iiir 1 Venez, mes puériles, que je leste du viatique vos chétivités et que, blocs de marbre, mes g-outtes citadellent vos espérances ! De mes seins gonflés recevez l'énergie originelle, enfants^ avec, en germe, les instincts inhérents à votre apanag-e de soleil I »

Or les Races tettent leur somme respective, cependant que^ cils, d'altiers aigles s'entrecroisent d'aise sur les lacs jumeaux de la nourrice.

L'enfance révolue, les Races s'accordent à descendre, lente adolescence, jusqu'aux orteils pour de là s'épivarder vers les variés diadèmes de sueur.

Mais, arrêtant les pèlerines au ravin de ses cuisses, Théa, les flancs éclos, leur bêle :

— « Venez, multitudes robustes! L'heure est de me restituer un rai de la force que je vous fournis, car, telle une outre de caravane aux confins de l'octobre, voilà pauvre la créancière initiale. Tandis que vous florissiez, je me fanais, et, depuis mes fraises délaissées par vos lèvres, des rides sépulchralisentma face. Voyez.

LES REPOSOIHS DE LA PUOCESSION

Au cèdre a succédé le saule qui pleure d'argent, et je chancelle sur mes ors anciens en danse macabre dans les âges. Aussi, m'étayant d'une caresse, daignez, de par Amour, ressertir en mes flûtes moroses la joie ! Viriles , fécondez TEpouse-Mère ! »

Et, successivement, avant l'adieu, les Races amantes sèment l'épithalame, afin que d'entre les augustes cuisses jaillissent, violette, indigo, bleue, verte, jaune, orangée, rouge, des générations neuves — demain.

Théa l'Arcencéleste est le centre du monde.

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