‹ Les féeries intérieures, 1885-1906Chapitre 21 sur 53 · GAMMES · texte numérisé non relu

GAMMES

A Louis Damont,

Sur un bris de socle assise, au milieu de la route allant du pleiir au rire et du rire au pleur, elle me sembla, tant le gel du souci la dominait, une statue de chagrin.

Frais arrivé du pleur je m'approchai de ce hasard comme un famélique d'une source où s'émerveille un faisan.

Les étincelles de bruit par mes pas sur les feuilles la dég-elant, ses cheveux de s'envoler de ses doig-ts et l'adieu prompt des ong-lesde m'offrir un simulacre de harpe.

1^6 LES HEl'OSOmS DE LA PROCESSION

Au lever de sa figure, mon cœur s'imagine caille dans les vignes.

0 la splendeur !

Mendieuse, sa main s'instinctivement tendit, et ses yeux m'eurent Tair de deux plaies.

— Si je t'emmenais, miracle en deuil ?

Ses yeux s'illuèrent d'une espérance telle qu'ils s'ébrouèrent en verdiers sur un rosier de mai.

— Je t'offre la métamorphose de ma tutelle. Ses prunelles furent deux cassies de Provence.

— Viens au mien palais qui tien sera.

Ses yeux se changèrent en deux grains de muscat.

— La Châtelaine de mon Ame I héraldai-je parmi l'imagière grand'salle de mes amours anciennes.

Ses yeux devinrent lors un couple d'aigles dans Tespace.

— Merci ! sema son geste harmonieux.

LES FÉERIES INTERIEURES l 27

Mes yeux devinrent lors un couple d'aigles dans Tespace.

Je suis tienne !

Mes yeux se changèrent en deux grains de muscat.

— Le Châtelain de mon Corps, c'est toi ! Mes prunelles furent deux cassies de Pro-

\ vence.

— Dis, si je t'élisais Châtelain de mon Ame encore ?

Mes yeux s'illuèrent d'une espérance telle qu'ils s'ébrouèrent en verdiers sur un rosier de mai.

— Ce serait volontiers, mais ne puis, un infidèle ayant ravi mon Ame.

Dans ma cKute vers son cœur, je n'ouïs en elle aucune ébriété de caille.

— La Solitude m'effrayait, finit-elle, c'est pourquoi j'ai franchi le pont-levis.

Je m'enfuis ; et mes yeux avaient l'air de deux plaies...

Paris, 1890.

Page 1