‹ Les féeries intérieures, 1885-1906Chapitre 20 sur 53 · LE PETIT VILLAGE · texte numérisé non relu

LE PETIT VILLAGE

A Henry Bataille.

0 ce village avec ce g-éant coquillage en guise de clocher coiffant l'église dont le prêtre au blond visage a des airs de porcher !

On dirait ces joujoux des grands bazars à treize où les bourgades sont en bois, et l'on a peur, à le toucher, qu'un jus de fraise ou d'épinard vous reste aux doigts.

Des blouses, des sabots, des quenouilles d'aïeules, des vergers pleins de fruits, des dindons et des oies, des charrues et des meules, des mamelles, des puits.

Le cadran, tout là-haut, vire ses deux mous-

I 22 LES REPOSOIRS DE LA PROCESSION

taches et les frise et les noue, geste lent qui commence ou termine les tâches et courbe les g'enoux.

Voici la place où le rouliervend des éponges, de la toile, des chaudrons, où le noir charlatan agite ses mensonges devant les yeux tout ronds.

Près de cette fontaine une chaste promise rêve du tourlourou qui, lui, sourit en ville aux femmes sans chemise peintes sur saindoux.

Non loin notre fermière aux mouvements de poule raccommode son coq qui, le dimanche après lagrand'niesse,se soûle et va ronfler près de son soc.

Et vous, grêles anciens aux creuses joues d'ivoire en ronron sur ce banc, tournez pour les gamins vos rouets de mémoire enchevêtrés de cheveux blancs.

Jadis ce fut un cru de servantes urbaines et de cochers aussi qui reviendront un soir, chargés d'ans et d'aubaines, finir maîtres ici.

On n'assiste céans qu'à de naïves choses, on

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s'émerveille d'un tambour; quand le clos du notaire a ses plus belles roses, c'est un événement au bourg-.

Pourtant, dit-on, parfois un masque à l'heure brune épie les filles en retard. « Maman ! » et l'ogre emporte un honneur sous la lune, mais laisse en échange un bâtard.

Ou bien c'est des marmots fuyant à toutes jambes l'ire d'un guêpier, ou bien c'est une meule de paille qui flambe et fait sortir les casques de pompiers.

Hormis ces riens, tout est sourire à la mairie de ce frais patelin, on comprend qu'une fée règne sur la prairie, du lavoir au moulin.

Le bon Dieu fait son nid dans ton front sans idées, paysan préférable au savant, tu fais du blé tandis qu'en ces tempes ridées on ne s'occupe que de vent.

Oh vivre ici longtemps parmi quatre murailles avec de l'ardoise dessus, puis s'en aller au son des célestes ferrailles dormir sous ces cailloux moussus !

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