‹ Les féeries intérieures, 1885-1906Chapitre 38 sur 53 · LES POUPÉES DE MA FILLE · texte numérisé non relu

LES POUPÉES DE MA FILLE

A Divine.

Je me lève bien avant que le coq fier ne se gariçarise d'aube sur son haut perchoir.

Il m'est cher de travailler parmi le ronron de mes enfants et de leur maman, et par surcroît présumé-je que ma lucarne matinière sert de phare aux marins de la veille attardés par le courant ou l'accalmie, comme peut-être me fig"uré-je que mon humble lampe activera le soleil en paresse à travers les buissons ténébreux et que tout à l'heure il va surg^ir plus roug-e d'avoir été devancé par le poète.

Une après-minuit donc j'allais mettre le pied

LES REPOSOIRS DE LA PROCESSION

sur le premier degré de l'échelle aboutissant au grenier qui, sous l'ardoise, me sert de cabinet de travail, lorsqu'une sorte de bruit d'insectes dresse mon oreille et m'immobilise sur le palier.

Evidemment il se passait quelque chose dans la chambrette où ma fille Divine réunit ses poupées à distance respectueuse des jouets de ses deux frères.

Intrigué, j'entre sur la pointe...

O miracle !

En espérant le tout petit lever de leur toute petite Mère, ces toutes petites demoiselles de soie, de paillette, de louisine, de surah, de brocart, de dentelles, de velours, d'indienne, de linon, échangeaient des impressions menues dont la mignonne agitation, dégoulinant de ces minimes crânes de bois ou de porcelaine ou de carton par ces bouchettes bées, produisait le singulier babillage que voici :

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